Planète Cinéphile

Cette semaine

@ L'AFFICHE, "INTERSTELLAR"

@ L'AFFICHE, "INTERSTELLAR"

Reprise de notre rubrique hebdomadaire "@ L'Affiche", avec au menu de ce Mercredi, très chargé au niveau des sorties: "'71" de Yann Demange, "Une Nouvelle Amie" de François Ozon, "Paradise Lost" de Andrea Di Stefano, "Bouboule" de Bruno Deville, "A Girl At My Door" de July Jung, "De L'Autre Côté Du Mur" de Christian Schwochow, le documentaire "Grizzly" de Alastair Fothergill & Keith Scholey, la ressortie de "Le Bon, La Brute Et Le Truand" de Sergio Leone, et bien entendu "Interstellar" de Christopher Nolan.

 

Et pour vous parler de ce film-évènement de 2014, mieux qu'une critique qui ne me paraît pas si pertinente dans le cadre d'une expérience cinématographique et personnelle (c'est en réalité bien plus complexe qu'un "C'est le film de la décennie !" ou "C'est nul, j'ai rien pigé" ... Ça vaut tant, etc.), je souhaite aujourd'hui partager avec vous un document de presse exclusif qui revient sur le processus de conception d'"Interstellar" et qui démontre les intentions premières du cinéaste Christopher Nolan. On vous encourage simplement à découvrir le film dans sa configuration d'origine IMAX (VOST).

 

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À l'Automne 2013, Christopher Nolan se trouvait en Islande. Il avait déjà tourné dans ce pays il y a un peu plus de dix ans – pour BATMAN BEGINS, film de super-héros qui a renouvelé le genre –, si bien qu'il était habitué aux conditions climatiques difficiles et au terrain accidenté. Par ailleurs, il lui fallait un paysage à même de camper les univers fantastiques où se déroule son nouveau film spectaculaire, INTERSTELLAR: une planète recouverte de glace, parcourue de grands massifs montagneux, et une autre entièrement sous les eaux et balayée par d'immenses vagues.

 

"Nous avons tourné là-bas car on y trouve les paysages sauvages dont nous avions besoin", rapporte le réalisateur neuf mois plus tard, installé confortablement dans un studio de la Warner, où il supervise le mixage son du film. "J'avais le sentiment que plus les lieux où nous tournions étaient sauvages, plus l'atmosphère allait être réaliste". Pour se préparer, Nolan avait vérifié la météo auprès de l'équipe islandaise des repérages. Alors que l'hiver se profilait dans cette région du monde très septentrionale, les préoccupations étaient légitimes. "Le temps est en général clément", indique l'un des hommes en charge des repérages, "mais l'an dernier, nous avons eu une redoutable tempête et des vents très violents. Cela a même décollé l'asphalte des routes".

 

À ce moment-là, Nolan a cru que l'homme avait sans doute voulu parler de gravillons ou de petits cailloux, et qu'il s'était agi d'une mauvaise traduction. En tout cas, il est impossible qu'il ait voulu parler d'"asphalte".

 

"C'était à quel moment de l'année ?", demande le réalisateur.

 

 

"Le 14 Septembre", répond l'homme.

 

"Le 15 Septembre, on tournait et le vent s'est levé", se souvient Nolan. "Nous avons subi une tempête hallucinante. Elle a sévi pendant deux jours, à tel point qu'on en perdait l'équilibre. Il a fallu tout mettre à l'abri et se réfugier dans nos hôtels. L'équipe occupait deux hôtels et, tandis qu'on allait de l'un à l'autre, le vent a fait décoller l'asphalte. Ça s'est passé exactement comme le type me l'avait raconté : de gros morceaux de macadam se décollaient. Je ne l'aurais jamais cru si je ne l'avais pas constaté par moi-même !"

 

Malgré la violence de la tempête qui a même arraché la peinture d'une voiture abandonnée, Nolan et son équipe ont décidé de braver les éléments déchaînés. Il a profité des accalmies pour tourner, interrompant le tournage uniquement lorsque les hommes de la sécurité le lui conseillaient.

 

La tempête islandaise est au cœur d'INTERSTELLAR, sans doute l'aventure cinématographique la plus audacieuse de son auteur à ce jour. Le film, qui sort cet automne sur les écrans, dépasse en intensité les affrontements urbains spectaculaires de la trilogie DARK KNIGHT, ou la multiplicité des paysages oniriques d'INCEPTION. Mais tout en nous emmenant aux confins de l'univers, Nolan reste farouchement attaché au réalisme.

 

Lorsqu'on interroge Emma Thomas, productrice du film aux côtés de Nolan et de Lynda Obst, sur l'histoire d'INTERSTELLAR, elle ne parle pas immédiatement de vaisseaux spatiaux et de voyage intergalactique vers des mondes extraterrestres hostiles. Elle préfère évoquer le vrai sujet du film: "Pour moi, INTERSTELLAR parle de ce formidable appétit des hommes pour l'aventure et la découverte. Le film soulève des questions fondamentales, mais au fond, il s'agit surtout d'une histoire centrée sur la famille et les rapports humains. Et je trouve que ça, c'est extraordinaire".

 

Pour le cinéaste, l'attention accordée au réalisme ne se résume pas uniquement à tourner dans des lieux inaccessibles: il s'agit surtout de déceler l'étincelle d'humanité dans toute grande aventure. Dans INTERSTELLAR, on fait la connaissance d'une famille, au cœur du récit : la sœur Murphy (Mackenzie Foy) et le frère Tom (Timothée Chalamet), leur grand-père Donald (John Lithgow), et leur père Cooper (Mathew McConaughey).

 

On rencontre ce dernier, grand et maigre Texan, début juin 2014. Redécouvert grâce à ses prestations mémorables dans MAGIC MIKE de Steven Soderbergh, MUD de Jeff Nichols, DALLAS BUYERS CLUB de Jean-Marc Vallée, qui lui a valu un Oscar, et la série TRUE DETECTIVE, il tient le rôle principal du nouveau film de Nolan.

 

"Je suis pilote, et c'était mon rêve", indique l'acteur, en s'exprimant à la première personne pour évoquer son personnage, Cooper. "Je m'apprêtais à explorer l'univers et à errer là-haut", dit-il, un doigt pointé vers le ciel. "Et puis, je me suis retrouvé cloué au sol. D'abord, par les circonstances de la vie, autrement dit, la famille. Et ensuite, en raison de ce que le monde est devenu dans ce futur inventé par Chris et son frère [Jonathan Nolan, coscénariste du film]. Il s'agit d'un avenir où non seulement l'exploration, l'invention et l'émerveillement n'ont plus leur place, mais où ils sont tout bonnement interdits. Désormais, on se contente de survivre pour éviter que l'espèce humaine ne disparaisse. Et c'est alors qu'on dit à mon personnage, 'Il faut que tu redeviennes pilote. Et ce n'est pas tant pour concrétiser ton rêve – c'est surtout pour endosser une énorme responsabilité. Il faut que tu pilotes notre vaisseau".

 

C'est donc sur Terre que commence l'histoire d'INTERSTELLAR. Sauf que cette Terre, imaginée par Jonathan et Christopher Nolan (les deux hommes collaborent ensemble depuis MEMENTO, qui a révélé le cinéaste), est située dans un avenir proche marqué par une crise qui plonge ses racines spirituelles dans le "Dust Bowl" – cette sécheresse qui, à l'époque de la Grande Dépression, a frappé l'Amérique et a vu des tempêtes de poussière s'abattre sur le Middle-west et ravager les récoltes agricoles. "La grande question qui se pose est celle de savoir comment nourrir toute la population", note Emma Thomas. "On met l'accent sur l'agriculture, mais cela n'a rien de franchement idyllique. C'est une époque difficile".

 

Voilà le monde dont Cooper et sa famille ont hérité. Mais tous n'ont pas baissé les bras. Une équipe de scientifiques a découvert un "trou de ver" – sorte de tunnel à travers l'espace-temps – qui permettrait de parcourir des distances inimaginables. La mission Lazarus est mise sur pied pour découvrir des planètes habitables par l'homme en dehors du système solaire – en d'autres termes, de nouvelles Terres. Le vaisseau est construit, et Cooper est le seul homme suffisamment compétent pour le piloter. Mais en acceptant de participer à une mission destinée à garantir un avenir à ses enfants, il risque de ne plus jamais les revoir ...

 

"J'ai trouvé le scénario très émouvant", confie Jessica Chastain qui campe une scientifique tentant de trouver des solutions à la crise qui frappe la Terre. "Cette histoire m'a bouleversée et je me suis identifiée au calvaire des personnages", ajoute la comédienne qui tourne pour la première fois sous la direction de Nolan. "J'adore la science-fiction, mais à mon sens, l'essentiel du film réside dans les rapports humains qu'il décrit. Et c'est ce qui m'a immédiatement séduite".

 

"J'ai été très émue en lisant le script", renchérit Anne Hathaway, qui avait déjà travaillé avec le réalisateur en incarnant Selina Kyle dans THE DARK KNIGHT RISES. Cette fois, elle interprète la biologiste Amelia Brand, membre de l'équipe d'astronautes aux côtés de Wes Bentley dans le rôle de Doyle et David Gyasi dans celui de Romilly. On trouve encore au casting l'actrice légendaire Ellen Burstyn, le comédien fétiche de Nolan, Michael Caine, Casey Affleck et Topher Grace.

 

"Les rapports familiaux et les enjeux pour l'ensemble des personnages sont extraordinaires", indique Anne Hathaway. "J'ai le sentiment que tous les protagonistes doivent consentir un énorme sacrifice pour poursuivre ce voyage, et je pense que le film rend hommage à ceux qui ont le courage de le faire. Je suis fascinée par la capacité de certains êtres humains à faire passer les autres avant eux-mêmes".

 

Pour Nolan, père de quatre enfants, ce projet est profondément personnel. "Certes, il aborde des sujets importants – la manière dont on se construit et notre place dans l'univers –, mais pour moi, il parle avant tout de la paternité", dit-il. "Je pense que ce sont ces thèmes-là qui nourrissent le récit, et cela m'intéresse bien plus que de me faire plaisir avec de belles images de l'espace".

 

Le tournage a commencé à Okotoks, dans l'Alberta (au Canada), où le chef- décorateur Nathan Crowley, fidèle collaborateur du réalisateur, a supervisé la construction de la ferme de Cooper. "On a même cultivé notre propre maïs", indique, ravie, Emma Thomas. "Sur des centaines d'hectares !"

 

Entre-temps, la production a fait bâtir des vaisseaux spatiaux en dur sur le plateau des studios Sony Pictures à Culver City, en Californie, où Nolan avait installé la Batcave pour BATMAN BEGINS. Une maquette quasi grandeur nature du Ranger – l'un des trois vaisseaux spatiaux imaginés par le réalisateur et Crowley – a été construite à Atlanta, pour être ensuite acheminée en Islande pour les scènes de la lointaine planète recouverte de glace. "Je n'ai jamais souhaité concevoir des vaisseaux en infographie", reprend Nolan. "Et si on prend le soin de tourner en décors naturels, il faut construire les décors qu'on installe ensuite sur le site".

 

Nolan et Crowley tenaient à ce que les éléments de science-fiction soient réalistes et fonctionnels, en s'inspirant du matériel mis au point par la NASA. "On a passé toute une journée à visionner d'innombrables images en IMAX de la Station Spatiale Internationale", raconte Crowley. "Mais ce n'était pas lassant, bien au contraire. C'était exaltant".

 

La production a fait appel à l'astronaute américaine Marsha Ivins, qui a participé à cinq expéditions vers la station spatiale MIR, pour lui servir de conseillère technique. L'équipe s'est également rendue au California Science Center pour observer la navette spatiale Endeavor de près: l'expérience s'est révélée concluante. Marsha Ivins reconnaît qu'elle en a eu les larmes aux yeux en prenant conscience que "des êtres humains avaient réellement voyagé à travers l'espace à bord de cet appareil".

 

Au final, la production a utilisé trois vaisseaux: le Ranger, déjà mentionné, sorte de "vaisseau amiral" censé véhiculer les astronautes d'une planète à l'autre ; le Lander, engin imposant, qui transporte les vivres et autres marchandises ; et l'Endurance – le vaisseau ravitailleur de la mission Lazarus –, roue gigantesque composée de capsules connectées qui tourne pour créer une gravité artificielle grâce à la force centrifuge, à l'instar de Discovery dans 2001 : L'ODYSSÉE DE L'ESPACE de Stanley Kubrick. Outre le Ranger, dont les dimensions représentent 80% de la taille réelle, chaque vaisseau a été construit sous forme de maquette miniature pour les plans d'extérieurs aux New Deal Studios de Los Angeles.

 

Nolan et Crowley ont aménagé ces décors impressionnants de composants d'authentiques avions afin d'accentuer leur réalisme. "Ma priorité absolue, c'était d'éviter à tout prix d'insérer de manière gratuite des décors futuristes", explique le réalisateur. "Il s'agissait, pour l'essentiel, de s'inspirer des technologies actuelles qu'on a adaptées au fonctionnement des vaisseaux et à leur mode de pilotage".

 

Pour le réalisateur, chaque composant devait être fonctionnel, et donc sembler réaliste aux yeux des acteurs. "Ils pouvaient actionner les manettes, utiliser le manche à balai, et avoir le sentiment qu'ils pilotaient vraiment un engin", indique Nolan. "Pour moi qui ai grandi dans les années 70, la dimension réaliste et quasi documentaire du premier ALIEN et du premier STAR WARS m'a profondément marqué et me guide encore aujourd'hui dans mon approche de la science-fiction. Il faut qu'on ait le sentiment que les décors ont servi, comme c'est le cas du monde dans lequel on vit".

 

"Ce n'est pas un monde rutilant", souligne Matthew McConaughey, qui a dû passer de nombreuses heures attaché à un siège ou suspendu à un câble. "C'est un univers abrupt et dépouillé. Lorsqu'un élément lui semble trop lisse, Chris s'emploie à lui donner une patine ou à le déséquilibrer".

 

En d'autres termes, le réalisateur souhaitait avant tout éviter tout esthétisme, et salue la retenue de Crowley. "Nathan n'a jamais cherché à introduire une ligne oblique pour le plaisir gratuit d'avoir une oblique", reprend le cinéaste. "Je trouve qu'en matière de science- fiction, les réalisateurs abusent de boîtiers de couleur argentée, qu'ils collent sur le mur, alors qu'ils ne servent absolument à rien. Nous avons adopté une approche parfaitement à l'opposé, en nous disant, par exemple, que si on devait utiliser un interrupteur pour une raison bien précise, alors on en installerait un. Je voulais que l'ensemble des accessoires aient une fonction, et savoir d'un simple coup d'œil à quoi ils servaient. Je pense que cela a beaucoup aidé les comédiens au bout du compte".

 

Un couple de robots, baptisés CASE et TARS, font aussi partie de l'équipage de Cooper. Pour eux aussi, Nolan et Crowley ont adopté le même principe esthétique: ils ont privilégié la dimension fonctionnelle à un style futuriste clinquant, et la simplicité à une décoration surchargée. Chaque robot ressemble à un rectangle gris anthracite d'1m50 de long, divisé en plusieurs sections de tailles différentes qui tournent, se tordent et sont actionnées pour toutes sortes de situations.

 

Plutôt que d'être créés de manière infographique en postproduction, les robots ont été construits en dur et manœuvrés par Bill Irwin, comédien dont la spécialité est justement d'animer des objets inanimés. L'acteur a prêté sa voix aux deux robots pendant le tournage, mais dans le film que découvriront les spectateurs il n'incarne que TARS. En effet, un autre acteur prêtera sa voix à CASE au moment de la postproduction.

 

"Bill était souvent sur le plateau, en train de manœuvrer les robots", explique McConaughey. "Quand il parlait, il réussissait vraiment à animer les robots, et à esquisser leur personnalité". L'acteur a beaucoup apprécié de pouvoir tourner avec ces énormes jouets grandeur nature. "Chris n'a pas recours aux fonds verts", indique-t-il en souriant.

 

McConaughey n'exagère pas. Si le tournage sur fonds verts est devenu la norme, Nolan, lui, préfère recourir à d'autres moyens. C'est ainsi qu'il a demandé à la société d'effets visuels Double Negative – avec laquelle il travaille depuis BATMAN BEGINS – de concevoir des images de l'espace. Avec le chef-opérateur Hoyte Van Hoytema, qui a éclairé LAISSE-MOI ENTRER et HER, il a ensuite utilisé des projecteurs numériques dernière génération pour diffuser ces images sur des écrans répartis sur les décors. En regardant par la fenêtre, les acteurs apercevaient réellement ce que leurs personnages sont censés croiser sur leur trajectoire – des phénomènes cosmiques étranges comme les trous de ver, et un trou noir.

 

"On obtient par exemple des reflets sur les casques des astronautes", précise le superviseur Effets visuels Paul Franklin, "mais le plus important, c'est que les comédiens puissent réagir à leur environnement puisqu'ils ont vraiment un objet en face d'eux à regarder. Ça a été très éclairant, et je pense que cela préfigure une méthode de travail qui va se répandre à l'avenir".

 

"L'essentiel, c'est ce qu'ont vécu les comédiens, et les images que j'ai filmées", affirme le réalisateur. "Quand on est dans un décor et qu'on distingue par la fenêtre ce que son personnage est censé y voir, c'est beaucoup plus vivant, et plus réaliste".

 

Mais cet environnement n'était pas toujours de tout repos pour les comédiens. La chef-costumière Mary Zophres souligne que ses combinaisons spatiales, mêlant habilement réalisme et esthétisme, n'étaient pas des plus agréables à porter. "Je crois qu'il a fallu un peu de temps pour que les acteurs s'habituent à porter ce costume toute une journée", analyse-t-elle. "C'est encombrant, et la combinaison elle-même, comme le casque, sont très lourds. Je crois que ça représente entre 10 et 15 kg".

 

Anne Hathaway confirme les propos de la chef-costumière, ajoutant même que les costumes sont "claustrophobiques. J'ai décidé de 'faire ami-ami' avec ma combinaison dès le premier jour de tournage", se souvient-elle. "Je l'ai enfilée sous les yeux d'Emma, et elle m'a demandé, 'quel effet ça fait ?'. Je lui ai répondu, 'j'ai décidé que c'était génial !'"

 

Le tournage en Islande n'a fait que renforcer cette sensation. Anne Hathaway raconte une séquence tournée sur un glacier: "On marchait sur la glace dans cette tenue qui pesait des tonnes, et avec des chaussures à crampons, sans compter qu'on ne voyait rien parce qu'à ce moment du tournage, on n'avait pas encore réussi à désembuer les masques". McConaughey acquiesce: "C'était très dur, mais très gratifiant. L'endroit où nous avons tourné est spectaculaire".

 

"J'adore ce type de tournage", renchérit le cinéaste. "Quand on demande aux comédiens et aux opérateurs de prises de vue d'imaginer cet environnement sauvage à partir de fonds verts, on ne peut pas obtenir la même intensité que lorsqu'on est en décors réels".

 

Christopher Nolan est un cinéaste singulier. Il fonctionne comme un réalisateur de blockbusters, tout en bénéficiant d'une liberté artistique absolue et en employant des techniques à l'encontre des tendances actuelles. Il tourne toujours en pellicule – son format préféré étant l'IMAX – et non pas en numérique, et il monte à partir d'un négatif. Il refuse de tourner en 3D, ou de convertir son film en 3D en postproduction. Il évite les fonds verts et les effets numériques omniprésents. Mais il s'agit d'une liberté qu'il a su conquérir. Car il a prouvé qu'il maîtrisait parfaitement son art.

 

"Il est tout le temps calme sur le plateau", indique Emma Thomas. "Et ce qui est extraordinaire chez Chris, c'est qu'il a tout son film en tête, dans ses moindres détails, si bien qu'il est capable de répondre à toutes les interrogations de ses collaborateurs, qu'il s'agisse d'un personnage, ou des effets spéciaux".

 

Anne Hathaway reprend: "Ce que j'apprécie vraiment chez lui, c'est qu'il a toujours raison. Mais ce n'est pas quelque chose qu'il revendique". Malgré son assurance, il privilégie le travail d'équipe et fait régner un esprit démocratique sur le plateau. "On peut lui poser toutes sortes de questions et lui faire part de nos idées et de nos suggestions", poursuit-elle. "Pour un homme de son talent, il est à la fois généreux et détendu. Sur le tournage d'un de ses films, on n'est pas pris en charge, mais on est vraiment gâté !"

 

Pour Jessica Chastain, le plateau d'INTERSTELLAR était très joyeux. "J'ai constamment eu le sentiment qu'il y avait un capitaine à la barre, et que le film n'allait pas prendre forme au moment du montage, mais sur le tournage", dit-elle. "J'avais l'impression qu'on était tous embarqués à bord du même bateau, et qu'il y avait quelqu'un qui menait les opérations. Ce qui m'a fascinée chez Chris, c'est qu'il déjoue tous les stéréotypes qu'on peut attendre d'une grosse production".

 

Tout comme sa partenaire, McConaughey n'avait jamais travaillé sous la direction du cinéaste. Et tout comme elle, il a surtout tourné dans des films indépendants avant INTERSTELLAR. S'il n'avait jamais vécu un tournage d'une telle envergure, il a trouvé la mise en scène de Nolan très proche du cinéma indépendant. "Sur un film de studio, les rapports au sein de l'équipe parfois un peu protocolaires, et cela peut s'avérer inhibant", dit- il. "Et ce n'était pas du tout le cas d'INTERSTELLAR. Chris avance très vite. Il tourne quelques prises, et va de l'avant, sans jamais revenir en arrière".

 

Il se souvient d'une journée de tournage dans l'Alberta où l'équipe filmait une tempête de poussière: "Tout à coup, cette mousson s'est déclenchée. Sur la plupart des plateaux, on aurait attendu que la pluie s'arrête. Mais Chris, lui, fonce. Il est plein de ressources, et il est du genre à se dire, 'bon, je ne m'attendais pas à ce qu'il pleuve, mais nous voilà en pleine tempête. Je n'avais jamais vécu un truc pareil. Tournons la séquence sous la pluie'. Et c'est comme ça que fonctionne les cinéastes indépendants. On doit composer avec les circonstances du moment, quelles qu'elles soient. Il ne se laisse pas freiner par des considérations superflues, en déclarant, 'Non, la lumière n'est pas bonne', ou encore 'Il pleut alors que ce n'était pas prévu'. C'est un fonceur que rien n'arrête".

 

Nolan n'a jamais le sentiment que ses films sont de plus en plus ambitieux financièrement. "On ne dispose pas des budgets de certaines grosses productions", dit-il. "Nous avons certes des moyens confortables, mais je crois que cela vient surtout de l'expérience. Quand on a tourné des scènes en apesanteur pour INCEPTION, c'était un domaine totalement nouveau pour nous. On a fait un gros effort en recherche et développement, si bien que c'était beaucoup plus simple d'entreprendre un nouveau projet intégrant des scènes en apesanteur. J'étais en mesure de dire à mes collaborateurs, 'J'ai besoin de deux décors, et d'un cardan et voilà tout'. Du coup, plus on tourne ce type de films, et plus on se sent à l'aise pour expérimenter des choses nouvelles".

 

Le fait de terminer le tournage en avance permet au réalisateur d'avoir davantage de temps pour expérimenter. "Quand on a achevé le film, il avait deux semaines d'avance", déclare Jessica Chastain. "Les réalisateurs ne finissent jamais en avance sur ce type de production spectaculaire". Nolan confirme sa volonté d'aller vite: "C'était extraordinaire de pouvoir travailler aussi rapidement", note-t-il. "Ce n'est qu'en expérimentant qu'on arrive à se renouveler un peu".

 

À voir les images déjà tournées, INTERSTELLAR promet d'être une œuvre extrêmement novatrice. Le film retrace un voyage extraordinaire d'un réalisme inédit, ce qui est d'autant plus impressionnant qu'il s'agit d'images qu'aucun homme n'avait vues de si près. "Les films de Chris ont toujours une dimension spectaculaire", indique McConaughey. "Et je trouve que celui-ci est plus ambitieux encore que ses œuvres précédentes. Et pourtant, les relations humaines ne sont jamais sacrifiées au profit du grand spectacle. La dimension humaine y est plus palpable car le film ne parle pas de super-héros comme Batman. Il parle de vrais gens".

 

Le réalisateur confirme que le périple retracé dans INTERSTELLAR n'est pas seulement géographique. "Lorsque j'ai commencé à réfléchir à ce film, et que je l'ai tourné, je me suis toujours dit que plus on voyage loin dans l'espace, plus les vrais enjeux concernent notre identité et la place de l'être humain dans le monde", conclut-il.

 

Courtesy of Warner Bros. Pictures France

 

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