Planète Cinéphile

Cette semaine

@ L'AFFICHE, "QUAND VIENT LA NUIT"

@ L'AFFICHE, "QUAND VIENT LA NUIT"

Du côté des sorties ciné, nous retrouvons cette semaine: "Serena" de Susanne Bier, "La Prochaine Fois Je Viserai Le Coeur" de Cédric Anger, "(REC) 4: Apocalypse" de Jaume Balaguero, "Respire" de Mélanie Laurent, "Love Is Strange" de Ira Sachs, "Qui Vive" de Marianne Tardieu, "Un Prof Pas Comme Les Autres" de Bora Dagtekin, "Marie Heurtin" de Jean-Pierre Améris, le documentaire "Travailleuses" de Catherine Egloffe, l'expérimentation courts d'Alain Cavalier "Cavalier Express", la ressortie de "Trains Étroitement Surveillés" de Jiri Menzel, sans oublier le polar de la semaine (sinon du mois) "Quand Vient La Nuit" de Michael R. Roskam. On vous confie la lecture des notes de production du film qui tournent essentiellement autour de l'adaptation littéraire de cet ultime long métrage interprété par le comédien James Gandolfini.

 

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Le nom de Dennis Lehane est aujourd’hui indissociable d’intrigues criminelles complexes se déroulant dans des milieux populaires, comme en témoignent GONE BABY GONE et MYSTIC RIVER. Auteur de best-sellers et de séries télé, Dennis Lehane signe ici son premier long métrage pour le cinéma, d’après sa nouvelle «Animal Rescue».

 

Chernin Entertainment, société de production fondée par l’ancien PDG de News Corporation Peter Chernin, a acquis les droits d’adaptation de la nouvelle, peu après sa publication au sein du recueil «Boston Noir».

 

«C’est l’histoire d’un type qui découvre un pitbull blessé dans une poubelle», raconte Mike Larocca, producteur chez Chernin Entertainment. «En sauvant la vie du chien, il déclenche une série d’événements qui vont bouleverser son existence. Au bout du compte, il ne s’agit pas tant d’un homme qui sauve un chien, que d’un chien qui sauve un homme...»

 

Au départ, Lehane souhaitait écrire un roman, mais il n’a jamais pu dépasser le stade du premier chapitre, et a donc opté pour une nouvelle. Il a été assez surpris d’être contacté par Chernin Entertainement dans la perspective de transposer son court récit en long métrage – d’autant plus qu’il avait lui-même envisagé d’en tirer son premier scénario pour le grand écran.

 

«C’est le seul livre que j’aie commencé et que je n’aie pas pu finir», souligne-t-il. «Je l’ai mis dans un tiroir, et n’y suis plus jamais revenu, mais je ne cessais de repenser à Bob, au chiot qu’il sauve et à la femme qu’il rencontre. Je crois que c’est resté dans un coin de ma tête parce que j’étais fasciné par la solitude qui se dégageait de ces personnages. On ne dit jamais à quel point cela peut être ravageur. Je fais partie de ces gens qui pensent que cela tue davantage que le cancer. Je suis donc parti de ce type, Bob, qui est un grand solitaire».

 

«La nouvelle était très mince sur le plan dramaturgique», ajoute l’écrivain. «Il y avait Bob, Nadia et Eric Deeds. Le cousin Marv était un personnage secondaire qui est devenu l’un des protagonistes. Je n’avais que le squelette de l’intrigue. Pour moi, la nouvelle est comme un bourgeon, et le film comme une fleur totalement épanouie».

 

Lehane a développé seul la première version du scénario, pendant l’été 2010. «Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est qu’on ne m’a jamais demandé de rendre le film plus accessible au grand public. On a toujours respecté mon point de vue, consistant à parler de personnages en souffrance qui tentent de reconstruire leur vie», dit-il encore.

 

Par la suite, Lehane et Larocca ont retravaillé ensemble le scénario, intégrant de nouveaux enjeux dramatiques à l’intrigue pour lui donner davantage d’envergure. «La première mouture de Dennis était déjà excellente», affirme Larocca. «C’est l’histoire d’un type qui, potentiellement, peut devenir quelqu’un de très dangereux, même si on ne voit pas cette facette de sa personnalité au départ. La question est alors de savoir s’il peut être sauvé de cet enfer dans lequel il s’est lui-même enfermé. On a enrichi la trame criminelle ce qui, du coup, fait monter les enjeux et donne une idée plus précise de l’univers de Bob».

 

Il était essentiel de développer davantage certains personnages, et notamment le cousin Marv. «Dès que James Gandolfini a été retenu pour le rôle, je me suis mis à lui écrire plus de répliques, parce que je suis conscient que, s’agissant de certains personnages, mes dialogues comportent une musicalité particulière», reconnaît Lehane. «C’est très difficile pour la plupart des comédiens, et Jimmy était l’acteur rêvé pour le rôle: je n’aurais pas pu imaginer mieux que lui pour le cousin Marv. Ma dernière contribution au scénario a consisté à lui donner plus d’ampleur et davantage de texte, car je savais qu’il s’en sortirait très bien. C’était un pur bonheur».

 

«Le scénario était magnifique», s’enthousiasme la productrice Jenno Topping,chez Chernin Entertainment. «Ce qui m’a frappée, c’est sa complexité, la force de ses enjeux et l’émotion qui s’en dégage. C’est un sacré exploit ! J’étais très emballée par le personnage de Bob. C’est un rôle formidable, si bien que j’étais convaincue qu’il nous fallait un acteur à la hauteur».

 

L’intrigue, comme le rappelle Lehane, est d’une grande simplicité: «Un type trouve un chien et ce chien lui permet de retrouver un peu de dignité», dit-il. «Mais au même moment, il se retrouve pris en étau par des forces extérieures: les mafieux tchétchènes, propriétaires du bar où il travaille, soupçonnent qu’un cambriolage se prépare. Et le propriétaire du chien veut récupérer son animal et n’est pas disposé à négocier...»

 

Le film démarre le jour où Bob a décidé de s’ouvrir de nouveau au monde, dont il s’était retiré. Et le chiot Rocco est le point de départ. «Bob a choisi, il y a dix ans, de s’isoler du reste de l’humanité et de se protéger contre la moindre émotion», explique l’auteur. «Soudain, quelque chose se met à s’ouvrir en lui. Il rencontre une femme. Peu à peu, il se sent appartenir de nouveau à l’espèce humaine. La question centrale du film est celle de savoir si Bob peut vraiment être sauvé». «Comme la plupart des personnages du film, il court après quelque chose qui a disparu», poursuit Lehane. «Ils cherchent tous à renouer avec un pan de leur personnalité qui n’existe plus. C’est une idée qui m’a fasciné pendant l’écriture du scénario. À mon avis, le spectateur se sentira proche, émotionnellement, des personnages, ce qui l’amènera à se pencher sur sa propre vie et sur les moments où il a lui-même perdu pied. Ceux qui réussissent à surmonter ce genre d’épreuves finissent par connaître le bonheur».

 

Les producteurs ont confié la réalisation du film à Michaël R. Roskam, cinéaste belge et auteur de BULLHEAD, film très sombre autour d’un personnage de dangereux solitaire, cité à l’Oscar du meilleur film en 2011.

 

«C’était un premier long métrage d’une force inouïe», souligne Larocca. «Grâce à sa direction d’acteurs, on voyait bien que Michaël savait s’y prendre avec eux. Le scénario comportait des personnages riches et complexes, si bien qu’il nous fallait un réalisateur dont on était certain qu’il saurait obtenir le meilleur de ses interprètes».

 

Grâce au succès de son premierf ilm,Roskam n’a pas tardé à être sollicité par Hollywood. Mais celui-ci a étudié soigneusement chaque proposition. «C’est la première fois que je réalise un film dont je n’ai pas écrit le scénario», commente-t-il. «Si j’ai accepté de le mettre en scène, c’est que j’aurais aimé l’écrire. Je savais que c’était une intrigue qui me correspondait. C’était très bien écrit, les enjeux dramatiques étaient forts, et les personnages possédaient cette complexité qui me plaît».

 

Grand admirateur de BULLHEAD, Lehane était ravi de voir Roskam s’atteler à son premier projet américain. «Michaël et moi avons beaucoup discuté des thématiques, et notamment celles qui touchent au catholicisme et à la spiritualité», indique Lehane. «On est tombé d’accord pour dire qu’il s’agissait d’un conte de fée urbain, certes très sombre, mais qui recèle une dimension supplémentaire».

 

Lauréat d’un Writer’s Guild of America Award pour SUR ÉCOUTE, et auteur de plusieurs épisodes de BOARDWALK EMPIRE, Lehane a une idée précise des qualités d’un bon scénario, mais il souhaite toujours laisser le réalisateur se l’approprier. «Lorsque j’écris un script, je sais que je le fais pour le confier à un metteur en scène», observe-t-il. «J’écris aussi pour les acteurs. Mais je n’écris pas pour que le scénario soit lu par un lecteur. Un scénario n’est pas destiné à être lu. Ce n’est qu’un projet architectural».

 

«Je fais en sorte de laisser beaucoup de marge de manœuvre au réalisateur pour qu’il puisse interpréter les situations comme il l’entend», reprend-il. «Michaël s’est emparé du script et l’a emmené dans la direction qu’il voulait. Et il a travaillé avec des acteurs hors normes, et formidables. C’est mon scénario. Mais c’est leur film». Roskam a beaucoup apprécié l’approche de l’écrivain-scénariste.

 

«Il ne m’a pas dit, ‘voilà le scénario et surtout, ne t’en éloigne pas !’», relève-t-il. «Il m’a dit, ‘Fais-en ce que tu veux’. Il m’a même laissé développer certaines scènes, qu’il a ensuite adaptées à son style. C’est vraiment un atout de travailler avec un scénariste comme Dennis». Le dispositif du bar comme «plaque tournante» est né de l’imagination de Lehane. En effet, l’auteur s’est inspiré de rumeurs glanées au fil des années pour mettre au point ce système grâce auquel les mafieux changent constamment d’adresse pour y entreposer les recettes de la nuit.

 

«Dennis s’est pas mal documenté sur le crime organisé», remarque Larocca. «Il savait qu’à un moment donné, la mafia se disait qu’il était plus sûr de réunir ses fonds dans un même lieu, quitte à en changer ensuite. Du coup, en cas de vol, les mafieux étaient plus susceptibles de savoir qui avait fait le coup. Dennis s’en est inspiré pour inventer le concept du bar comme plaque tournante».

 

Grâce à ce système, la police ne peut pas mettre la main sur l’argent sale. «Il pouvait s’agir de paris réalisés par des bookmakers, ou de recettes générées par des salons de massage – bref, tout ce qui rapporte de l’argent liquide et qui ne peut pas être consigné dans les livres de compte», explique Roskam. «Le liquide pouvait être une preuve se retournant contre la mafia, et il fallait donc surtout que la police ne mette pas la main dessus. En cachant l’argent toujours au même endroit, les criminels pouvaient être sûrs que la police finirait par le retrouver. Au contraire, en changeant de lieu sans cesse, ils gardaient toujours une longueur d’avance sur les flics».

 

Lehane reconnaît qu’il n’a aucune certitude concernant la réalité des anecdotes lui ayant inspiré l’idée du bar comme plaque tournante. «Mais je m’en suis servi pour l’intrigue», dit-il. «Je suis un grand adepte de cette citation d’Einstein, qui dit que l’imagination est plus importante que le savoir. Je ne me suis pas trop pris la tête pour savoir si tel ou tel élément existait dans le monde réel, car cette histoire relève un peu du conte: un ogre sort de sa grotte et commence à se défaire de sa part animale».

 

Le réalisateur apprécie beaucoup cette approche. Il précise: «C’est une histoire très sombre, très désenchantée, mais qui comporte une part d’optimisme. Je me retrouve totalement dans les thématiques qui traversent le film. Cette histoire parle d’une quête désespérée d’innocence dans un monde foncièrement complexe».

 

Si le film aborde des thèmes très sombres, son point de vue sur le monde est plein d’espoir, selon Jenno Topping. «Au départ, on a le sentiment que les personnages n’arrivent pas à se libérer de leur passé, et que celui-ci risque de se répéter», dit-elle. «Au bout du compte, pourtant, l’amour triomphe». Le film suggère l’idée d’une rédemption possible: comme le souligne Larocca, l’être humain est profondément bon.

 

Courtesy of 20th Century Fox France

 

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