Planète Cinéphile

Cette semaine

"SCORSESE, L'EXPOSITION", À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE

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La nouvelle exposition de la Cinémathèque Française consacrée au plus cinéphile des cinéastes au monde, ouvre au public ce Mercredi. Scorsese, L'Exposition est l'évènement culturel incontournable de cet Automne, à mettre en parallèle avec le Festival Lumière de Lyon. Retour en images (accompagnées des textes des salles) sur le vernissage de l'exposition en présence de Martin Scorsese, Costa-Gavras & Serge Toubiana, qui s'est déroulé Lundi 12 Octobre 2015. À ne manquer sous aucun prétexte !

"SCORSESE, L'EXPOSITION", À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE
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Inventeur de formes éminemment contemporaines, archéologue du cinéma soucieux de la préservation de son patrimoine, Martin Scorsese figure parmi les plus grands réalisateurs de notre époque. Passionnément engagé en faveur de la conservation des images animées, il aime à jeter un pont entre le passé et le futur du 7ème art. Dans ses films, les scènes et les époques changent, mais ses personnages sont toujours en proie aux mêmes doutes et aux mêmes questionnements. New York, la ville où Scorsese a grandi, constitue le théâtre récurrent de ses fictions, tout particulièrement le quartier de Little Italy, celui des immigrés italiens où sa famille, d’origine sicilienne, s’est installée. C’est également à New York que, le jeune Scorsese a étudié le cinéma. Ses études lui ont permis de développer sa propre écriture cinématographique.

L’exposition montre dans quelle mesure il a marqué le cinéma américain de l’après "Nouvel Hollywood", par des défis esthétique, narratif et intellectuel originaux. Elle révèle en parallèle ses sources d’inspiration, sa méthode de travail, entouré pour chaque nouveau projet de fidèles collaborateurs.

Cette exposition est la plus importante jamais organisée sur le réalisateur de "Taxi Driver" et du "Loup De Wall Street". Elle se compose d’éléments essentiellement issus de la collection privée de Martin Scorsese, complétée par des archives issues de prestigieuses collections privées européennes et américaines. L’exposition a été produite par la Deutsche Kinemathek, Museum for Film and Television, Berlin.

 

PARTIE 1 - DE NOUVEAUX HÉROS

UNE FAMILLE ITALO-AMÉRICAINE

Pour l’adolescent qu’il fut, le clan familial a constitué, avec l’église catholique et le monde des gangs de rue, la première source d’inspiration de Martin Scorsese. L’univers et les expériences des immigrés italiens l’ont profondément marqué et influencé. Au point d’en retrouver des traces explicites dès ses premiers courts métrages.

Cinéphile passionné, le jeune Martin a découvert le cinéma grâce à la télévision en noir et blanc familiale. Plus tard, dans ses propres films, il lui arrivera de faire appel à sa mère pour incarner la "Mamma Italienne" par excellence. Ses parents deviendront le sujet du documentaire "Italianamerican", réalisé en 1974, pour lequel il fut récompensé. Dans les films de Scorsese, la famille ne représente pas seulement un abri, elle incarne aussi un pouvoir réglementé. La tentative de se soustraire à ce pouvoir, en faisant le choix de se consacrer à la pègre, échoue car les règles strictes de la communauté règnent ici en maître: avec "Les Affranchis", réalisé en 1990, par exemple, Scorsese a créé un monument inaltérable à la fois sur les clans familiaux italo-américains et sur le monde de la mafia.

FRATRIES

Frank Scorsese, le frère de Martin, se rappelle: "Mon frère était un petit garçon fragile. J’étais son aîné de six ans, donc je prenais soin de lui." Les fratries sont au cœur de plusieurs des films de Scorsese. D’ailleurs, peu importe qu’ils soient ou non du même sang: tout en apparence les oppose, fondamentalement. Quand l’un se rend coupable d’une faute, c’est l’autre qui porte la responsabilité, tel un ange-gardien contraint et forcé. Comme pour Abel et Caïn, il est question de culpabilité et d’expiation, de loyauté et de devoir. Johnny Boy, tête brûlée de "Mean Streets" (1973), abuse de la confiance de son frère d’armes Charlie, parce qu’il le sait incapable de sortir de cette relation d’amitié. Il en va de même pour les vrais frères Jake et Joey LaMotta, dans "Raging Bull" (1980). Le boxeur Jake (Robert De Niro) est agressif et ne respecte pas les règles, tout en reprochant à son frère (Joe Pesci) de ne pas s’occuper de lui. Dans "La Dernière Tentation Du Christ" (1988), Judas défie Jésus, le provoque dans sa recherche de lui-même et pèse sur sa mission sacrée.

HOMMES ET FEMMES

Alors que Martin Scorsese se voit proposer le scénario d’"Alice N’Est Plus Ici" en 1974, il est reconnaissant de pouvoir montrer qu’il est aussi capable de diriger une femme. Ellen Burstyn a d’ailleurs été récompensée par un Oscar pour son rôle de mère célibataire. Avec "Le Temps De L’Innocence", en 1993, Scorsese dévoile le portrait sans concession d’une femme mariée se battant pour sa liberté dans la société américaine de la fin du 19ème siècle, interprétée par la vibrante Michelle Pfeiffer. Alors que l’amitié masculine chez Scorsese est souvent empreinte de rites et de hiérarchie, les convergences entre hommes et femmes apparaissent comme un tâtonnement incertain. Les exigences de l’église catholique et les désirs des protagonistes seront la plupart du temps inconciliables. Scorsese met en scène des hommes qui veulent mettre à jour leurs faiblesses, mais qui ne connaissent ni les gestes ni le vocabulaire qui pourraient leur permettre d’y parvenir. Qu’ils se retrouvent face à des femmes enfants, tendance Lolita, des épouses hautes en couleurs férocement jalouses, ou des femmes moins émancipées. Dans le cinéma de Scorsese, les rapprochements entre hommes et femmes sont si fragiles qu’ils doivent être constamment réinventés.

"SCORSESE, L'EXPOSITION", À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE
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PARTIE 2 - CRUCIFIXION

La figure héroïque la plus universelle de Scorsese est sans aucun doute Jésus Christ, dans "La Dernière Tentation Du Christ" (1988), film basé sur le roman éponyme de Nikos Kazantzakis. Depuis les années soixante-dix, le projet tenait particulièrement à cœur à Scorsese, qui souhaitait devenir prêtre dans sa jeunesse. De manière plus générale, les notions de faute, d’expiation et de pardon constituent des éléments centraux des films du cinéaste. La plupart de ses héros sont rongés par la culpabilité et recherchent la rédemption. Dans ses premiers travaux déjà, le réalisateur utilise le symbole du Christ crucifié pour mettre en évidence le rapport à l’iconographie chrétienne. Qu’il s’agisse de David Carradine dans "Boxcar Bertha" (1972), Harvey Keitel dans "Mean Streets" (1974), ou Robert De Niro dans "Raging Bull" (1980), Scorsese met sans cesse en scène ses héros solitaires dans la posture de martyres crucifiés. Une autre personnalité religieuse emblématique reprise par Scorsese est le dalaï-lama. De son enfance à son émigration forcée provoquée par l’invasion chinoise du Tibet, l’histoire de sa vie est racontée dans "Kundun" (1997), une fresque en Technicolor.

 

PARTIE 3 - AU CŒUR DE NEW YORK

En 1950, Martin Scorsese, ses parents et son frère vivent au numéro 253 d’Elizabeth Street, dans Little Italy. Le fragile Martin observe la vie qui se déroule sous sa fenêtre. En 1960, il entame des études cinématographiques à l’Université de New York, située à proximité de son quartier. Son professeur, Haig Manoogian, lui conseille vivement de planter le décor de ses films à venir dans cet univers familier. Son film de fin d’études, "Who’s That Knocking At My Door" (1967), se déroulera ainsi au cœur de Little Italy. Mais le spectateur n’y voit jamais aucun panorama spectaculaire de gratte-ciel. A l’inverse, la caméra se meut comme les protagonistes, à hauteur d’homme, dans les rues mêmes du quartier. Dans le célèbre "Taxi Driver" (1976), Scorsese montre les environs de Times Square, gangrénés par la drogue et la prostitution, à travers le regard de son héros Travis Bickle. Dans les films qui suivront, "Le Temps De L’Innocence" (1991) ou encore "Gangs Of New York" (2002), il relate l’histoire ancestrale et originelle de cette ville. Comme Woody Allen, Scorsese est devenu, au cours des dernières décennies, l’un des plus grands chroniqueurs des métamorphoses de New York.

"SCORSESE, L'EXPOSITION", À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE
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PARTIE 4 - INSPIRATIONS

CINÉPHILIES

Une fois achevées ses études à l’Université de New York, le court-métrage "The Big Shave" (1967), hommage précoce et dérangeant à Hitchcock, suscite d’emblée la curiosité. Plus tard, Scorsese profitera de son aura internationale pour contribuer à la sauvegarde du patrimoine cinématographique jugé en danger. Après s’être rendu compte précocement, dès la fin des années 1970, du problème de la dégradation fulgurante des copies de films en couleurs, Martin Scorsese lance un appel au groupe Eastman Kodak pour concevoir des pellicules de meilleure qualité. En 1990, il fonde avec des amis cinéastes, tels Steven Spielberg et Stanley Kubrick, The Film Foundation, dont la mission est la conservation du patrimoine cinématographique mondial. Pour le centenaire de l’invention du cinéma, Scorsese réalise en 1995 le documentaire "Un Voyage Avec Martin Scorsese" à travers le cinéma américain, et révèle ses références hollywoodiennes, telles qu’elles jalonnent son œuvre. De par son engagement militant à l’égard de l’Histoire du 7ème art, Martin Scorsese symbolise à lui tout seul ce pont entre passé et avenir du cinéma.

REVOIR HITCHCOCK

Martin Scorsese ne cesse de manifester son admiration au maître du "cinéma pur" qu’est Alfred Hitchcock, et ce à différents niveaux. Il y fait référence par l’intermédiaire de motifs esthétiques explicites, mais aussi en s’entourant de collaborateurs d’Hitchcock, profitant de leur talent et savoir-faire. Pour la bande originale de "Taxi Driver" (1976), il fait appel au légendaire Bernard Herrmann, compositeur entre autres des musiques de "Vertigo", "La Mort Aux Trousses" ou "Psychose". Pour "Les Nerfs À Vif" (1991), Scorsese engage simultanément plusieurs techniciens ayant collaboré avec Hitchcock, imprégnés de sa méthode: le chef décorateur Henry Bumstead, ainsi que Saul Bass, créateur mondialement célèbre des génériques de nombreux de ses films à partir de 1958. Saul Bass, avec la complicité de sa femme Elaine, concevra par la suite les génériques audacieux du "Temps De L’Innocence" (1993) et de "Casino" (1995). Contacté par une entreprise espagnole productrice de Champagne, Scorsese tourne le court-métrage "The Key To Reserva" (2007), hommage amusé et explicite à Hitchcock, dans lequel Scorsese n’hésite pas à apparaître dans son propre rôle.

HOMMAGES

Cinéphile passionné, Scorsese intègre souvent dans ses films des références au patrimoine cinématographique. "Aviator" (2004) raconte l’histoire du nabab hollywoodien Howard Hughes, à la fois du point de vue de son travail de producteur et de sa passion obsessionnelle pour l’aviation. La première des "Anges De L’Enfer", en 1930 à Hollywood, est mise en scène par Scorsese comme un défilé de la haute société cinématographique de l’époque (Jean Harlow en première ligne), avec comme centre de gravité le flamboyant Hughes interprété par Leonardo DiCaprio, complice de Scorsese depuis 2002 sur cinq de ses films à l’ampleur épique. Quelques années plus tard, le film en 3D "Hugo Cabret" (2011), adapté du roman de Brian Selznick, est dédié à un autre grand cinéaste de son panthéon personnel: George Méliès, pionnier et magicien du cinéma français. Le film se déroule à Paris, au début des années 1930, au moment où Méliès, pauvre, est presque oublié. Afin de créer cet univers passé, Scorsese a eu recours à une équipe de collaborateurs émérites. Dante Ferretti (chef décorateur) et Sandy Powell (costumière) conçoivent des décors et costumes historiques très recherchés et stylisés. Tous deux furent oscarisés à de multiples reprises.

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PARTIE 5 - MAESTRIA

FILMER

Les films de Scorsese se caractérisent aussi par une fluidité, que leur confèrent l’habileté de sa mise en scène et le travail de virtuose effectué à la caméra par ses directeurs de la photographie, tels Michael Ballhaus ("Le Temps De L’Innocence") ou Robert Richardson ("Casino"). Dans le premier, la caméra glisse sur l’opulence des salons mondains pour montrer à quel point la société du 19ème siècle est obsédée par les apparences, jusqu’à l’étouffement final. Dans ses films sur le jeu, comme "La Couleur De l’Argent" (1986) ou "Casino", la suspension des mouvements apparaît comme une sublimation de la tension intérieure des personnages. Le plan séquence de plus de deux minutes des Affranchis (1990), dans lequel la caméra suit le protagoniste Henry et sa femme entrer dans le club Copacabana, est devenu légendaire. Le langage cinématographique sophistiqué de Scorsese, avec ces changements fréquents de vitesse, ces mouvements contraires de caméra et d’acteurs, ces déplacements de Steadicam interminables, a pour unique but d’exprimer la dramaturgie du film et la force suggestive exercée sur le spectateur.

MONTER

Martin Scorsese compte parmi les réalisateurs qui continuent d’élaborer la construction visuelle de leurs films au travers de story-boards, dessinés plan par plan. Il prévoit non seulement les durées des plans et les mouvements de caméra, mais esquisse également l’ordre et le montage des scènes. Tel un architecte, Scorsese planifie à l’avance la structure complexe de ses longs métrages: des plans longs et dynamiques alternent avec des séquences courtes et époustouflantes, dans lesquelles les yeux peinent à suivre le flot d’impressions visuelles. Durant ses études universitaires, Scorsese fit la connaissance de Thelma Schoonmaker, qui devint sa monteuse. Depuis son travail sur "Raging Bull" (1980), qui a valu à Thelma Schoonmaker son premier Oscar, elle a monté tous les films de Scorsese. Une des plus impressionnantes séquences de ce film est celle du combat de boxe de Jake LaMotta contre Sugar Ray Robinson, qui signe le début du déclin de celui qu’interpréta brillamment Robert De Niro. Avec cet art du montage, Scorsese se prévaut d’une des plus célèbres scènes de l’histoire du cinéma, à savoir le meurtre de Janet Leigh dans la douche de "Psychose", film tourné par Hitchcock en 1960.

MIXER

La musique joue un rôle prépondérant dans la vie mais aussi dans l’œuvre de Martin Scorsese. Il raconte qu’il a trouvé l’inspiration, pour "Mean Streets" (1973), dans la musique qu’il écoutait alors, la nuit, dans les bars de Little Italy. Des chansons comme "Jumping Jack Flash" et "Be My Baby", des Rolling Stones, ont littéralement fait naître les images sur l’écran. "Jumping Jack Flash" est également la chanson d’ouverture du concert des Stones donné trente ans plus tard, au New Yorker Beacon Theatre, que Scorsese a filmé avec sa caméra dans "Shine A Light" (2007). Ses documentaires sur Bob Dylan et les Rolling Stones ne relatent pas seulement la carrière de ces musiciens et pop stars, mais dessinent le portrait d’une époque révolue. Dans "Shutter Island" (2010), Scorsese ose une expérience inédite en intégrant exclusivement de la musique contemporaine au sein de l’intrigue du film. L’atmosphère de ce thriller psychologique est imprégnée de la musique abstraite de compositeurs tels que Krzysztof Penderecki ou György Ligeti, qui ont tous deux vécu dans les années 50.

 

Courtesy of La Cinémathèque Française - Photos: Nicolas Cabellic

 

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