Planète Cinéphile

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CRITIQUE: "007 SPECTRE"

CRITIQUE: "007 SPECTRE"

Synopsis: "Un message cryptique venu tout droit de son passé pousse Bond à enquêter sur une sinistre organisation. Alors que M affronte une tempête politique pour que les services secrets puissent continuer à opérer, Bond s'échine à révéler la terrible vérité derrière... le Spectre."

Sortie (France - IMAX): 11 Novembre 2015

 

Critique

007, numéro 24, prise 1: Action ! Le plus célèbre des espions de la Planète Cinéphile revient sur les écrans ce mois-ci, avec une nouvelle mission attendue, au nom de code sobrement intitulé: "007 Spectre". L'un des évènements cinématographiques de l'année 2015, doté du plus important budget dans l'Histoire de la saga avec 300 Millions de dollars. Pour la deuxième fois consécutive, la réalisation a été confiée à Sam Mendes ("Skyfall") et les principaux rôles confiés à Daniel Craig, Ben Whishaw et Naomie Harris - avec l'arrivée au casting de Ralph Fiennes, Christoph Waltz ainsi que des talentueuses Léa Seydoux et Monica Bellucci. Alors, comment avez-nous ressenti les choses durant ces 148 minutes ?

Tout commence grandiosement, avec une séquence d'ouverture d'exception où James Bond part à la recherche d'un invidu au beau milieu d'une artère de la ville de Mexico, bravant à pied et déguisé la liesse populaire qui fête le jour des morts (Dia de muertos). Une scène haletante, digne d'un péplum contemporain. Non seulement par le grand nombre de figurants, de costumes et de décors présents à l'image, mais également par les moyens techniques mis en oeuvre (grue, steadicam) et le parti pris de filmer en plan séquence durant ces dix premières minutes. C'est évidemment, tout de suite, très prenant et une certaine tension dramatique, voire cinématographique, s'en dégage à l'image. On se retrouve à suivre, à la fois, la performance de mise en scène (Jusqu'où la continuité du travelling d'accompagnement ira ? Quand est-ce que la première coupe du montage aura lieue ?) et, bien entendu, le début des enjeux de la trame narrative (Qui James Bond poursuit-il ? Pourquoi ?). S'en suit, une fusillade puis une une explosion qui se termine par l'une des plus impressionantes scène d'action de l'année, à bord d'un hélicoptère virvoltant au-dessus de la Plaza de la Constitución de Mexico. Le ton est semble t-il donné, tandis que le fameux générique musical, interprété par Sam Smith, "Writing's On The Wall" débute...

CRITIQUE: "007 SPECTRE"

Peut-être est-ce, bien malheureusement, tout ce que l'on retiendra de ce "007 Spectre" qui par la suite, et notamment en troisième partie, s'avèrera tortueux scénaristiquement parlant. Le premier reproche à formuler réside dans sa structure filmique, mal calibrée et quelque peu prétentieuse: entre une exposition très puissante, le développement et ses noeuds secondaires plats, sinon déjà vus, et une conclusion dont on ne voit en revanche plus la fin. Le climax prend trop de temps à arriver, en surenchérissant à l'aide de longueurs narratives dans le but de régler des conflits annexes (arrestation de C et annulation de la mise en marche des Neuf Yeux), mais aussi de se donner des intentions qui, au final, n'ont pas grands intérêts (embuscade et enlèvement de 007). Toujours par rapport au scénario, ce nouveau volet de James Bond s'essaye à maintes reprises, à des traits d'humour, comme s'il y avait une nécessité absolue de suivre la tendance actuelle des productions hollywoodiens ("M.I.5", "Agents Très Spéciaux", "Kingsman: Services Secrets", "Spy"), il n'y arrive que très péniblement. Ainsi, nous avons le droit à des plaisanteries avec Q, ou bien encore de petits sketchs bien clichés, lors de courses poursuites dans les ruelles de Rome. Ce n'est pourtant pas vraiment ce que l'on attend d'un agent spécial en mission, et encore moins du meilleur espion anglais au service de sa Majesté. On aurait, par exemple, préféré découvrir davantage de nouveaux gadgets et inventions. Autre reproche, concernant le personnage de Franz Oberhauser/Blofeld, interprété par Christoph Waltz en leader de l'organisation criminelle internationale Spectre et figure d'ultime méchant. Il y a comme un manque de recontextualisation et de construction autour de son personnage, que ce soit au travers ce film, qu'au travers des derniers volets en date (depuis "Casino Royale"). Aussi, les deux scènes de combats opposant Bond à Blofeld sont très en deçà de ce que l'on pouvait en attendre. Les résolutions d'affrontements apparaissent comme faciles ou peu recherchées, en comparaison aux précédents combats.

Techniquement, c'est ambitieux et maitrisé, bien que l'on ressente trop souvent le poids de la production, en particulier dans le réglage des cascades en Autriche. Tout à l'air tellement bien découpé, préparé et en place qu'il y a comme un manque de marge de manoeuvre et d'authenticité, qui faisait pourtant la particularité des anciens James Bond. Succédant à Roger Deakins, le chef opérateur Hoyte Van Hoytema n'arrive jamais vraiment à se soustraire aux différents décors, en utilisant à tort ou à raison des filtres/lumières jaunâtres. Très déstabilisant également, vers la fin, les enchaînements de plans nuit/jour - peut-être recherché par le réalisateur pour coller au plus près du cauchemar. La partie musicale composée par Thomas Newman, sauve les meubles comme elle peut.

Nous profitons de cette critique pour dire à nouveau qu'il n'est pas normal de ne pas avoir projeté le film en version IMAX lors de la présentation presse. Surtout au cinéma, il incombe au distributeur de projeter l'oeuvre dans sa configuration optimale d'origine, c'est à dire telle qu'elle a été pensée et conçue. Sinon, cela revient à dénaturer la vision de son auteur et, quelque part, se moquer du regard critique de la profession. Comme s'il n'y avait aucun cinéma qui projetait en IMAX sur Paris, ou alors, concevez-en un sur les Champs-Élysées ! Mais le plus grave dans l'histoire, c'est que personne ne semble avoir été gêné. Pour notre part, nous avons trouvé cela plutôt navrant.

La fin d'une époque ? Selon nos dernières informations, étant donné que la reprise des droits d'adaptation de la franchise sont actuellement en pleines négociations par les distributeurs (notamment entre Sony Pictures et Warner Bros.) et puisque Sam Mendes ne réitérera pas l'exercice une troisième fois, nul doute que le meilleur épisode réalisé par le cinéaste restera "Skyfall". Là où on lui aurait allégrement accordé un 4/5 trois ans auparavant, on se situera largement en dessous avec un 2,5/5 pour ce nouvel opus fantomatique de la saga bondienne. Reste maintenant à savoir si l'on reverra Daniel Craig dans le costume de 007 au prochain épisode.

 

Note: (2,5/5)

 

​Courtesy of Metro-Goldwyn-Mayer Pictures & Columbia Pictures

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