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CRITIQUE: "LE PONT DES ESPIONS"

CRITIQUE: "LE PONT DES ESPIONS"

Ce thriller dramatique sur fond d’événements historiques raconte l’histoire de James Donovan (Tom Hanks), un avocat de Brooklyn qui se retrouve plongé au cœur de la Guerre Froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible: négocier la libération du pilote d’un avion d’espionnage américain U-2. Les scénaristes Matt Charman, Ethan Coen & Joel Coen ont intégré cet épisode remarquable de la vie de Donovan à une histoire inspirée de faits réels pour dresser le portrait saisissant d’un homme qui a accepté de prendre tous les risques.

"Le Pont Des Espions" ("Bridge Of Spies") réunit également Mark Rylance, un agent du KGB défendu par Donovan; Scott Shepherd dans le rôle de Hoffman, un agent de la CIA; Amy Ryan, dans le rôle de la femme de Donovan, Mary; Sebastian Koch dans le rôle de Vogel, un avocat est-allemand; et Alan Alda, dans le rôle de Thomas Watters, un associé du cabinet juridique de Donovan.

Sortie (France): 2 Décembre 2015

 

Critique

Après "Spectre" de Sam Mendes, dont nous avions parlé au cours du mois de Novembre, voici un autre film attendu de cette fin d'année mettant une nouvelle fois en scène des agents secrets et espions au cinéma - à ceci près qu'il s'agit ici d'une histoire vraie, inspiré du livre de Giles Whittell. Trois ans après "Lincoln", Steven Spielberg revient sur le devant de la scène, en compagnie de Tom Hanks pour leur quatrième coopération, afin de nous présenter son 28ème long métrage intitulé "Le Pont Des Espions". Le budget de ce thriller d'espionnage, tourné en langue anglaise, est estimé à 40 millions de dollars. Le film est sorti aux Etats-Unis le 16 Octobre 2015.

Pour commencer cette critique, on ne sait pas bien si l'absence de bande son au générique du début est un choix délibéré ou s'il s'agissait d'un problème technique lors de la projection. Vient un fondu sonore diégétique, puis le premier plan demi-ensemble, fixe, intérieur jour, dont le champ s'ouvre sur une pièce d'appartement et où se trouve Rudolf Abel (Mark Rylance) de dos, en train de peindre/reproduire un tableau. Un plan qui, si l'on pousse l'analyse, nous renvoit directement à une vision angélique d'un Steven Spielberg prenant parti en faveur de ce protagoniste. Les plans s'enchaînent, le FBI débarque, la séquence d'exposition évolue. Puis, quelques minutes plus tard, on comprend mieux l'allusion faite par le cinéaste, que l'espion est un artiste (pas) comme les autres, sachant manié avec habileté un certain savoir-faire autour du secret: l'art de la dissimulation. L'art de la dissimulation et de l'illusion, n'est-il pas également celui de l'acteur, du réalisateur ? Le parallèle entre le protagoniste Rudolf Abel - dont on ressent beaucoup de ruse rien que dans le regard - et le cinéaste est établi. Ce parti pris peut aussi être vrai avec le personnage de James Donovan, splendidement incarné à l'image par Tom Hanks, mais dans une moindre mesure (qui peut éventuellement être perçu comme faisant écho avec son rôle dans "Arrête-Moi Si Tu Peux"). Sans allez jusqu'à parler de Théorie du dédoublement, le double dans l'idée de fusion (le pont étant un lien, un passage d'un lieu à un autre), est l'une des pistes thématiques essentielles à explorer tout au long de ce film - les deux camps adverses (américain et soviétique), également signalés sur l'affiche du film avec le double O rouge.

CRITIQUE: "LE PONT DES ESPIONS"

En réalité ce qui frappe le plus en découvrant "Le Pont Des Espions" à l'écran, réside dans l'atmosphère lourde et austère qui s'en dégage ainsi que dans la qualité de sa reconstitution historique. D'une part, grâce à une recherche esthétique et technique de la lumière, de l'image et de l'étalonnage signés Janusz Kaminski qui apporte le cachet nécessaire au style recherché - rappelant, par exemple, le travail de Harris Savides sur "Zodiac" de David Fincher. Et d'autre part, grâce aux nombreux décors, costumes, sans oublier le casting qui contribue grandement à cette retranscription du Monde de la fin des années 50. Pour résumer, tout porte à croire que le film a réellement été tourné à cette époque. De cette justesse en ressort une certaine magie créatrice propre à l'univers de Steven Spielberg. Quant à la bande originale, composée par Thomas Newman, celle-ci reste discrète et se limite à ponctuer, souligner, certaines séquences ou actions du film.

Sans rentrer dans le côté politique du film (le militantisme, la remise en cause de l'idée de frontière), "Le Pont Des Espions" fait parti des oeuvres les plus intimes et sombres de la filmographie de Steven Spielberg ("La Liste De Schindler", "Munich", "Cheval De Guerre"), où ce dernier y délivre un bouleversant message de paix et de fraternité entre les peuples qui, comme l'a précisé dernièrement Barack Obama - lors de la remise de médaille de la Liberté au cinéaste (plus haute distinction civile aux États-Unis) - témoigne de "sa foi en l'humanité". S'inscrivant malheureusement dans la continuité, l'Histoire voudra que quelques heures après la projection de presse parisienne à laquelle nous avons assisté, surviendront les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015. Suite à ces abominations, la rencontre avec l'équipe du film qui était planifiée le Dimanche 15 Novembre sera annulée par le distributeur. Nonfiction.

 

Note:  (3,5-4/5)

 

Courtesy of 20th Century Fox France

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