Planète Cinéphile

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GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN

GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN

Nicolas Winding Refn est né en 1970 et est d'origine danoise. Il est le fils d'un monteur et d'une photographe. Il part vivre à New York en, 1978, avec sa mère où il étudie à l'American Academy of Dramatic ArtsIl ne revient au Danemark qu'en 1987, et ce n'est que 9 ans plus tard qu'il réalise son premier film "Pusher". 

Nicolas est un réalisateur qui a un thème réccurent; dans toute sa filmographie, on y voit l'homme face à sa solitude. Chaque film a un héros masculin en quête de rédemption et dans presque la totalité de ses productions le protagoniste ne trouve pas la paix. Sauf dans; "Drive" où Rayan Gosling parvient au nivranna, dans "Pusher III" ou là aussi Milo règle ses problèmes, sans oublier "Inside Job" où là aussi Rayan Cain trouve le repos. Mis à part ces trois films qui bizarrement ont tous les trois en commun la protection d'une femme, il a une obsession; voir ses personnages malmenés pendant leurs péripéties. Une volonté de décrire la faiblesse de l'homme face à ses actes, car jouer avec le feu brûle et c'est exactement ce que Refn démontre dans ses réalisations. Á différents degrés bien sûr.

 La trilogie "Pusher" et "Bleeder" ont comme environnement la banlieue danoise et donc le milieu social qui va avec. La drogue et les petits boulots, c'est dur de s'en sortir... Tourner majoritairement avec une caméra à l'épaule permet d'être au plus près de ses auteurs et le spectateur peut tenter de s'attacher à eux. Par ailleurs dans la mise en scène, il y a une légère touche de David Lynch, par la présence de lumières rouge et l'ambiance que ses films peuvent dégager. Cela se voit encore plus dans le prochain film "Inside Job": l'atmosphère générale fait écho aux films de Lynch, avec ses lieux très stylisés, les personnages énigmatiques et bien évidemment une angoisse durant tout le long, où l'on se pose un tas de questions.

GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFNGRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN
GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN

Dans "Bronson", qui adopte lui un esthétisme très dandy anglais, le protagoniste est à la recherche de la gloire en milieu carcéral, il est prêt a tout pour devenir le plus célèbre détenu de Sa Majesté la reine d'Angleterre. Là aussi, il y a un souci du cadre et de l'espace qui va de paire avec l'esprit tourmenté de Michael dit Charles Bronson. On se retrouve alors dans des cellules lugubres, mais qui lui conviennent avec des couleurs allant du jaune au bleu, mais tout en restant cohérent avec sa psychologie. Un choix atypique pour décrire une prison, mais ces fulgurances visuelles donnent à ces espaces étriqués une autre dimension. L'interprétation de Tom Hardy est à saluer, car c'est une performance qui décoiffe, par l'arrogance et la démesure du personnage. C'est l'un des films de Refn qui a le plus d'impact grâce à son acteur.

"Valhala Rising" opte pour les grands espaces verts et le dépaysement: le changement est radical. Le borgne est un homme qui ne parle pas, mais agit, il se retrouve embarqué avec un gosse qui traduit à peu près ses pensées face à des fanatiques religieux qui pensent avoir trouvés la nouvelle Terre Sainte. Un long-métrage se raconte aussi bien par l'image que par les dialogues et le borgne joué par Mads Mikkelsen est dans la retenue et intimide grâce à son oeil pressant. Une grande partie du récit est donc narré avec des plans qui sont d'un lyrisme troublant. Oui, c'est très, mais alors très symbolique comme film tout en étant cru et violent.

GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN
GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN

Les deux derniers longs-métrages partagent la même tête d'affiche; à savoir Rayan Gossling. "Drive" a reçu la Palme d'Or, en 2011. On considère parfaitement que le film est dans la droite lignée de films comme "Taxi Driver".  L'intro est restée dans les mémoires, car elle est d'une maîtrise hallucinante par la dynamique de sa mise en scène et l'ambiance de nuit qui en impose. La musique NightCall a elle aussi marqué les esprits parce qu'elle est en parfaitement harmonie avec la situation. Le film narre la rédemption (oui encore une fois) du conducteur qui tombe sous le charme de sa voisine. La mafia s'en mêle et de là une poursuite intense s'entame. Tout est rigoureux dans "Drive" et c'est cela qui frappe, la fluidité et la simplicité de l'histoire sont parfaitement gerés.

Alors que dans "Only God Forgives", c'est tout le contraire avec la même histoire... On a là trop de tableaux (qui sont d'une beauté à rendre fou n'importe quel directeur de la photo), mais ils s'enchaînent sans que l'intrigue n'avance. Étirer un récit qui n'en a pas besoin pour montrer de magnifiques décors, cela ne suffit pas à prendre le spectateur pour l'embarquer dans son monde. 

Nicolas est le fils d'une photographe et cela se voit ! Le directeur de la photographie Larry Smith qui a notamment oeuvré sur "Eyes Wide Shut", a travaillé avec lui sur trois de ses longs-métrages et l'on sent l'évolution, car dans "Inside Job", c'est déjà bien plus construit niveau ambiance et lumière. Larry a poursuivi l'aventure sur "Bronson" et "Only God Forgives". Dans ce dernier, c'est ce qui marque, car Bangkok est filmé presque intégralement de nuit et si l'histoire peut sembler très lente, on se raccroche à cette lumière qui envoûte tant, elle est magnétique. Difficile de ne pas être attiré par ce cinéaste si l'on aime sortir des sentiers battus. Il a une vision particulière dans chaque réalisation pour le meilleur comme pour le pire, mais il montre du neuf à chaque fois.

GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN
GRAND ANGLE... NICOLAS WINDING REFN

S'il y a bien un point fort chez Nicolas Winding Refn, c'est sans hésiter l'ambiance qu'il propose. Elle peut être plus ou moins réussie, cela ne nuit que rarement à son oeuvre. Il y a deux phases dans sa carrière: un avant et un après "Inside Job". La trilogie Pusher permet de voir trois hommes dans la même ville et donc d'apporter des points de vue ainsi que des problématiques différentes. La plupart des acteurs se retrouvent dans les trois histoires et l'identification est d'autant plus forte même s'ils ont des rôles différents selon le film. Ses personnages sont nuancés et il n'y a pas de manichéisme, c'est là un détail intéressant qui apporte de la densité au récit. On peut apprecier ou pas, mais il faut reconnaître qu'il a un certain talent en tant que réalisateur.

La plupart des gens l'ont connu avec "Drive", chose normale vu que l'exposition cannoise aide pas mal les choses. En voyant toute sa filmographie, on se rend compte qu'il a plus à offrir. Alors oui, la Palme d'Or est une réussite selon nous, cela n'empêche pas la curiosité de pointer le bout de son nez et de découvrir d'où vient Refn. Voir ce qu'un cinéaste a produit avant son succès permet de constater une évolution et dans ce cas voir une autre facette, car la première partie de sa carrière est bien différente de la deuxième.

En juin 2016 sort "The Neon Demon", son nouveau long-métrage qui a l'air aussi stylisé que son dernier et qui mettra en scène dans les rôles principaux Elle Fanning et Keanu Reeves. Espérons que le scénario soit à la hauteur.

 

Courtesy of Wild Side Films, The Jokers, Le Pacte, Les Acacias, Editions Montparnasse, La Rabbia

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