Planète Cinéphile

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INSTANT CINEPHILE: NICOLAS CABELLIC

INSTANT CINEPHILE: NICOLAS CABELLIC

Notre film des 10 ans continue avec une nouvelle personnalité du septième art, sans qui rien de tout ce que vous lisez ici ne serait possible. Nicolas Cabellic, vidéaste, fondateur et rédacteur en chef de Planète Cinéphile. Instant cinéphile: Lights, camera, action!

Quel cinéphile êtes-vous ?

Nicolas Cabellic: "Personnellement, je suis plutôt bon public et j’aime beaucoup de cinéastes assez différents dans leur approche mais j’apprécie énormément le travail de Martin Scorsese, Steven Spielberg, Stanley Kubrick et, d’une manière générale, les cinéastes qui expérimentent et ré- inventent formellement le champs des possibles au cinéma. Je n’ai pas de préférence pour un genre cinématographique en particulier, je dirai que c’est davantage ce qu’un film peut apporter au genre qui va me scotcher au fond de mon siège. Avant-tout, ce qui me passionne, c’est la remise en question technique et/ou artistique. Par exemple, pour ma part, il y a eu un avant et un après "Matrix" des Frères Wachowski."

Les films d’aujourd’hui sont-ils à la hauteur des précédents? 

N.C. "Encore faut-il définir cette hauteur ou plutôt ce niveau. Je dirai que depuis l’existence du cinéma, il y a toujours eu des films plus ou moins qualitatifs - la médiocrité se conjugue, hélas, à tous les temps. Je serai tenter de dire que l’essentiel a déjà été dit ou fait au cinéma - même si certaines années ont été plus propices à la création, à l’imagination (cf. les années 70). Après, la question peut être pertinente pour les remakes: est-ce qu’un remake vaut sa version originale? Pour la plupart d’entre nous la réponse est à priori non. Cependant, on constate que l’industrie hollywoodienne nous a surpris maintes et maintes fois au sujet des remakes (« King Kong », « Superman »), et répondre à la question n’est pas chose si aisée. On peut dire qu’il y a autant de version d’une histoire qu’il y a de talents pour nous les conter."

Avez-vous l’impression que les films se ressemblent tous? 
N.C. "Non, je ne pense pas que toutes les oeuvres filmiques se ressemblent, même si on peut retrouver des similitudes techniques ou narratives. En effet, il arrive que certains schémas scénaristiques ou processus de fabrication - pour le cinéma d’animation, par exemple - soient identiques d’un film à l’autre. Mais un film d’auteur, engagé, n’a rien à avoir avec un divertissement, un blockbuster par exemple. En revanche, que ce soit pour Jacques Tati, Quentin Tarantino ou Hayao Miyazaki, le style de chaque auteur lui est propre et c’est en cela que l’on reconnaît la « patte d’un artiste » - aussi bien dans les récurrences thématiques que visuelles."

Comment voyez-vous l’évolution du cinéma? Pensez-vous qu’il régresse ou, qu’au contraire, il s’améliore?

N.C. "Depuis sa création par les frères Lumières en 1895, il faut bien comprendre que le cinéma s’est bâti sur l’évolution technique, cela fait partie intégrante de son ADN. D’un point de vue strictement technique, le cinéma n’a fait que progressé: le passage du sonore à la couleur, des premières caméras portatives à l’IMAX, de la pellicule au numérique 3D, de la stéréo au son Dolby Atmos et désormais la 4DX. Je reprendrai le témoignage du scénariste Paul Schrader (dans le documentaire « La Nouvelle Vague, vue d’ailleurs » de Luc Lagier), à propos du langage cinématographique inventé par Jean-Luc Godard: « Toutes les vraies évolutions au cinéma viennent de la technologie ». Le cinéma ira là ou la technologie l’emmènera. Moralement, j’identifierai le cinéma comme progressiste."

Qu’est-ce qui fait selon vous qu’un film est réussi?

N.C. "Bonne question, mais qu’appelez-vous un « film réussi » ? Est-ce une oeuvre filmique dont le réalisateur est fier ? Dont la productrice est fière ? Est-ce un film qui a du succès auprès de la critique ? Auprès du public ? Les deux ? Il y a indéniablement une dimension subjective à cette question; Et peut-être alors l’intérêt de la critique intervient pour définir la réussite d’un film. Objectivement, on peut dire qu’un film est réussi lorsqu’il raconte une histoire portant un intérêt certain auprès du public, de la critique et comportant une bonne maîtrise technique. L’occasion de rappeler que dans un film, absolument tout est essentiel (la lumière, le jeu des acteurs, les costumes, la bande originale...), une sorte d’aboutissement créatif reflétant le travail d’une équipe. Cependant, il n’existe pas de recette magique pour créer un « film réussi », sinon cela se saurait et il n’y aurait plus aucune place pour le spectacle."

Comment définiriez-vous un classique du cinéma? Est-ce qu’il en existe des relativement jeunes?


N.C. "Un classique du cinéma n’a pas de définition à proprement parlé, et dans la continuité de ce que l’on a expliqué précédemment, c’est davantage l’historien d’art ou le critique de cinéma qui saura le définir. Mais, lorsque l’on parle de classique, doit-on distinguer l’industrie cinématographique du septième art ? Plutôt « Avatar » de James Cameron et ses 
2 782 275 172 de dollars de recettes ou « Citizen Kane » de Orson Welles, adoubé par la quasi totalité des critiques mondiales ? Force est de constater qu’il n’a pas obligatoirement de prix, de succès critique et/ou public. Une chose est certaine, un « classique » a une valeur intemporelle et internationale. Paradoxalement, cela s’applique même aux « nanars ». 
En existe t-il des relativement jeunes ? Je dirai qu’un classique du cinéma se bonifie et se révèle avec l’âge, un peu comme un bon vin.
"

Pensez-vous que les séries prennent peu à peu la place des films?


N.C. "Je ne pense pas que les séries prennent la place des films de cinéma, sinon qu’il s’agit d’un retour que je qualifierai d’effet de mode comme on a déjà pu le connaître aux Etats-Unis dans les années 40-50, puis 80-90 - à la différence qu’aujourd’hui, elles ne sont plus uniquement télévisées. Tout d’abord, le long métrage est une oeuvre unitaire d’une durée supérieure à 1 heure, en comparaison à la série qui se compose de plusieurs épisodes, voir saisons. Aussi, de part sa durée, la série n’a pas le même coût de production qu’un film de long métrage. Bien qu’ils narrent tous deux des histoires audios et visuelles, le film et la série sont deux propositions de formats différents sinon distincts, la preuve en est qu’il existe des séries et longs métrages sur la même histoire (« Sleepy Hollow »). En revanche, la production cinématographique pour une diffusion inédite sur les services de VOD et VàDA telles que Amazon Prime Video ou Netflix (« Bright » de David Ayer) est une petite révolution en soit car il change la donne. D’une part, avec les modèles de production classiques et le respect de la chronologie des médias (« Okja » de Bong Joon-ho, controversé lors de la dernière sélection du Festival de Cannes) et, d’autre part, avec le rapport personnel à la consultation de l’oeuvre culturelle. L’usage et le mode de consommation diffèrent. Lorsque l’on se rend dans une salle de cinéma, il y a tout un rituel: l’achat des places, l’ouverture des rideaux, l’extinction des lumières, le lancement du film et sa découverte en communion avec les spectateurs de la salle. Tandis qu’avec les services VOD et VàDA, on accède à une librairie de nombreux contenus quand on le souhaite et que l’on consulte instantanément sur un téléviseur ou un mobile - mais ou l’on est confronté plus ou moins seul à l’oeuvre. Même si un sentiment de liberté existe, la salle de cinéma aura toujours une place à part. Mais, l’important n’est-il pas l’oeuvre en soi, qu’importe sa diffusion?"

Que pensez-vous du rapport des moins de 25 ans avec les films?

N.C. "Je ne dispose pas d'assez d’éléments pour pouvoir en parler, peut-être faudrait-il se baser sur des chiffres concrets, des études et sondages réalisés récemment. Après, je pense que la jeunesse actuelle est plus que jamais friande de divertissements et par conséquent de films. Quelques années en arrière, je me souviens qu’une grande partie des gens de mon âge consultaient le cinéma, en le regardant illégalement sur des sites web. Aujourd'hui, je serai curieux de savoir ce qu’il en est advenu de l’usage - notamment, depuis la démocratisation des boîtiers multimédias et l’existence des plateformes de service VOD ou OTT « officielles » telles que Netflix ou OCS. Enfin, je conclurai en disant que la génération Alpha a de meilleurs outils de partage et à un niveau mondial pour parler cinéma - que de chemin parcouru depuis la reconnaissance des blogs ciné par la profession. Happy birthday Planète Cinéphile!"

Interview réalisée dans le cadre de travaux à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, remerciements à Kellol Ba & Justine de "P'tite Cinéphile" - Courtesy of Nicolas Cabellic, Arte et Le Film Français

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