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"THE LAST MOVIE": EN VERSION RESTAURÉE 4K, CET ÉTÉ!

"THE LAST MOVIE": EN VERSION RESTAURÉE 4K, CET ÉTÉ!

Le 18 juillet prochain, Carlotta Films proposera pour la première fois au cinéma, la sortie en version restaurée 4K du film mythique "The Last Movie" (1971).

L’idée de "The Last Movie" est venue à Dennis Hopper lors du tournage du western de Henry Hathaway, "Les Quatre Fils de Katie Elder" (1965), dans lequel il avait un petit rôle. L’acteur est alors frappé par l’empiètement du tournage sur le village mexicain où il avait lieu. Il se met ainsi à imaginer des autochtones dans l’incapacité à retrouver leur vie d’avant, ne parvenant plus à distinguer la réalité de l’imaginaire. Il confie l’écriture du scénario à Stewart Stern, mais le projet n’intéresse guère les studios... jusqu’au triomphe du premier long-métrage de Dennis Hopper, "Easy Rider".

Universal accepte alors de financer "The Last Movie" pour 850 000 dollars. Le tournage débute en janvier 1970 dans le village péruvien de Chinchero, qui voit débarquer toute une galerie de vedettes hollywoodiennes – pour la plupart des proches de Hopper – comme Samuel Fuller, Kris Kristofferson, Peter Fonda ou la chanteuse Michelle Phillips des Mamas and the Papas, à laquelle il avait été brièvement marié. Aux dires de l’acteur-réalisateur lui-même, "le tournage n’était qu’une longue orgie de sexe et de drogues" – il faut dire que la région était alors la capitale mondiale de la cocaïne!

"THE LAST MOVIE": EN VERSION RESTAURÉE 4K, CET ÉTÉ!

"Nous étions peut-être des drogués, mais des drogués avec une éthique de travail. Les drogues, l’alcool, le sexe à la folie, tout ça a alimenté notre créativité." La majorité des scènes sont improvisées car Hopper souhaite raconter quelque chose de vrai, d’anti-hollywoodien, d’où l’absence de structure. Délocalisé au Nouveau-Mexique, la postproduction de "The Last Movie" a elle aussi été une aventure. Dennis Hopper accepte alors d’être la star d’un faux documentaire, "The American Dreamer", réalisé par Lawrence Schiller et L.M. Kit Carson, où il doit jouer un acteur jouant le rôle d’un acteur dans un film censé être un documentaire! Le but était que la sortie soit concomitante à celle du film de Hopper, alimentant par là son statut d’icône de la nouvelle génération. Seulement, Hopper semble plus intéressé par son rôle que par le bouclage de son propre film. En réalité, il fait face à de sérieux doutes et lutte pour monter "The Last Movie". Il a auparavant montré une première version de son film au réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowsky mais celui-ci juge le résultat trop conventionnel, trouvant qu’il n’allait pas assez loin dans la critique hollywoodienne. De rage, Hopper détruit cette version et décide de tout recommencer, optant pour un regard plus "expérimental".

Malheureusement, son regard avisé (et aiguisé) ne séduit pas du tout Universal – qui insiste pour que le réalisateur refasse à nouveau tout le montage – et ne rencontre pas le succès escompté lors de sa sortie ultra-confidentielle, malgré un prix obtenu à la Mostra de Venise en 1971. Malgré – ou grâce à – toutes ces difficultés et obstacles, "The Last Movie" acquiert progressivement le statut d’œuvre culte et fascine des spectateurs de plus en plus nombreux à vouloir découvrir cette aventure cinématographique signée Dennis Hopper!

"THE LAST MOVIE": EN VERSION RESTAURÉE 4K, CET ÉTÉ!

"The Last Movie" est une œuvre éblouissante, chaotique et furieusement libre.
 Co-signée Hopper et Stewart Stern – à qui l’on doit le scénario de "La Fureur de vivre" (1955) –, cette histoire de troupe hollywoodienne venue tourner un film dans les montagnes andines peut se voir comme une allégorie de l’innocence perdue et, bien sûr, comme une féroce remise en question de l’American Dream. Les "Yankees" dépeints dans ce film en prennent tous pour leur grade: cow-boy mythomane, riche entrepreneur alcoolique à l’épouse nymphomane... Les locaux ne sont pas non plus épargnés puisque, à force de les envier, ils ont intégré l’American way of life au détriment de leur culture et de leurs rites – leur tournage en forme de procession se finit en grande fête alcoolisée à laquelle se joint le prêtre. C’est finalement à la mort de Kansas, donc en quelque sorte de leur "envahisseur", qu’ils appellent, à travers leur conception du cinéma.

"The Last Movie" peut également se lire comme un appel à la destruction du mythe hollywoodien. La vision de ce film est, pour le spectateur, une expérience saisissante qui rompt avec la forme et la narration traditionnelles, bouleversant ainsi son rapport au cinéma: refus de la chronologie, négation des raccords, alternance du film dans le film et de la fiction... En souhaitant se retirer du projet de western – réalisé d’une main de fer par Samuel Fuller, bluffant dans le rôle du cinéaste démiurge –, Kansas/Dennis Hopper est l’outsider de son « film dans le film », prophétisant sa propre position en tant que réalisateur, lui qui, suite à ce long-métrage, sera blacklisté de Hollywood durant près de dix ans. Film-trip sur le processus de création magnifiquement photographié par Lászlo Kóvács, "The Last Movie" reste un véritable ovni dans le paysage cinématographique américain.

Courtesy of Carlotta Films

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