Planète Cinéphile

Cette semaine

CRITIQUE #GLASS

CRITIQUE #GLASS

La clôture d’une trilogie, douloureux exercice où nombre de réalisateur se sont cassés les dents. Nous avons les sans-fautes, comme les " Indiana Jones ", " Retour Vers le Futur " (pratiquement, oui), " The Dark Knight ", mais également les fours tels que le troisième " Matrix ", le dommageable " X-Men: l’Affrontement Final ", et même globalement tous les " Terminator " après le deuxième. Pour Shyamalan, c’est encore plus corsé dans le sens où " Incassable " est tout de même sorti en 2000 et qu’il a fallu attendre 2017 pour en avoir le deuxième chapitre. Si le premier avait présenté le héros et l’antagoniste, " Split " s’est chargé de mettre sur le tapis la créature qui servira de liant à l’histoire.

Dix-neuf ans après " Incassable ", donc, M. Night Shyamalan clôture ce qui fut l’un de ses plus gros succès. Après s’être perdu avec des budgets pharaoniques sur les navets que sont " Le Dernier Maître de l’Air " et " After Earth " ou des films plus critiqués sortis avant (comme " Signes " ou " Le Village "), le réalisateur a réussi le tour de force d’opérer un retour remarqué avec le surprenant " The Visit ". En found-footage, sans budget ni acteurs connus, le réalisateur a retrouvé sa patte : de l’horreur sur fond de fantastique, pas gore, mais furieusement malaisant et jouant avec talent sur l’imaginaire. La suite, avec " Split ", nous la connaissons.

L’épreuve de " Glass " sera toute autre. Comment combiner le côté thriller/héroïque de " Incassable " et celui plus horrifique de " Split "? Celui de pousser les crises d’identité de ces personnages jusqu’à leur paroxysme: l’internement dans un asile où les trois personnages-clés de l’intrigue seront soumis à un médecin spécialisé et parfaitement convaincu de l’absence de quelconque super-héros sur notre planète. Un étrange manège à quatre débutera alors: David Dunn (royal Bruce Willis), poursuivi sans relâche par les forces de l’ordre pour faire sa propre justice; Kevin Crumb (magnifique James McAvoy), ses vingt-trois personnalités et la bête, toujours avide de chair fraîche, malgré un côté effrayant plus léger et moins surprenant; Elijah Price (parfait Samuel L. Jackson), catatonique et interné depuis la fin de " Incassable ", mais pourtant plus conscient qu’il ne pourrait en avoir l’air de ce qu’il se passe autour de lui. Face à eux s’élèvera le docteur Ellie Staple (Sarah Paulson, que l’on voit décidément partout depuis " American Horror Story "), usant de stratagèmes mentaux parfois discutables pour venir à bout de ses patients. Les joutes verbales qui en découleront seront pour la plupart succulentes, bien que parfois superficielles.

CRITIQUE #GLASS

Mais ce quatuor ne permettra pas aux multiples seconds rôles de s’exprimer à plein potentiel, ce qui est dommage, car on note, outre le retour évident d’Anya Taylor-Joy (qui crève toujours l’écran), le come-back surprenant de Spencer Treat Clark (souvenez-vous de Lucius dans " Gladiator ") et de Charlayne Woodard, qui reprennent respectivement leurs rôles de fils de Dunn et mère de Price, déjà présents dans le premier film. Chacun aura évidemment un rôle important (et même essentiel) à jouer dans un superbe twist final (que je ne spoilerais pas), mais on aurait peut-être aimé un impact plus fort sur l’intrigue, même si les face-à-face entre Taylor-Joy et McAvoy restent des moments suspendus d’une rare intensité.

Mais pour le film en lui-même, est-il à la hauteur de sa mythologie? Les premières minutes sont intenses. L’affrontement entre l’homme incassable et la Horde arrive finalement très rapidement et il se révèle brutal comme on l’avait souhaité. Mais très vite, le rythme se coupe à partir de l’internement des protagonistes. Durant une bonne heure, le film se limitera à des gros plans, parfois tordus, des personnages se faisant face dans différentes ailes de l’asile, s’affrontant verbalement autour de notions intéressantes rendues quelque peu fastidieuses par la mise en scène lente. Lente, oui, mais le film n’est pas ennuyant, loin de là.

Shyamalan touche ici à son sujet de prédilection, à savoir la crise d’identité, de ne pas savoir pourquoi on est là. L’équilibre entre le bien et le mal est ici terriblement mince, symbolisé par la violence de Dunn, le TDA de Crumb (jamais ses personnalités ne sont apparues autant en conflit qu’ici) et la folie de Price, persuadé d’agir pour le bien de tous et dont la seule volonté étant que chacun se libère de ses chaînes et d’épouser ce que l’on est devenu - symbolisé par exemple, par l’admiration d’Elijah pour Hedwig, la personnalité de Crumb représentée par un enfant de neuf ans, un enfant qui découvre le monde et le voit tel qu’il est, sans artifices - Cette trilogie n’est finalement rien de plus qu’une origine-story extrêmement florissante pouvant ouvrir sur un univers étendu intensément riche. A condition de savoir qu’en faire, évidemment.

Car les thématiques sont là, le cadre est idéal et le réalisateur manie sa caméra avec dextérité. Les partis pris de filmer la brutalité de la Bête souvent dans le flou ou hors-champ ne plairont pas à tout le monde, mais Shyamalan n’est pas là pour réaliser des films d’action. Néanmoins, sa fin ouverte, comme expliquée ci-dessus, n’est pas sans nous faire ressentir quelques craintes. Que faire maintenant? Je ne pense pas me tromper en disant que personne ne veut voir M. Night réaliser des copies de Marvel, car est-il finalement encore possible de développer une nouvelle psychologie? Cette trilogie se suffit à elle-même, mais parfois, pour en revenir au tout premier paragraphe, on devrait se demander plus d’une fois si la gourmandise n’est pas un vilain défaut…

 

Note: 4/5

Remerciements à NCo (just_an_ellipsis)

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