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RÉTROSPECTIVE: JOSEF VON STERNBERG, L’AMÉRICAIN

RÉTROSPECTIVE: JOSEF VON STERNBERG, L’AMÉRICAIN

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé dévoile les premiers films de l’œuvre sulfureuse et luxuriante de Josef von Sternberg. Du 25 septembre au 18 octobre 2019, les spectateurs pourront découvrir ses films muets d’une rare intensité.

Josef von Sternberg est sans doute le plus esthète, dandy et fétichiste des cinéastes classiques hollywoodiens. Avec "L’Ange bleu" en 1930, il découvre celle qui sera sa muse : Marlene Dietrich, icône féminine, figure de la séduction fatale et de la passion dévorante. Mais avant d’être le « Pygmalion de Marlene Dietrich », le cinéaste réalise une poignée de chefs-d'œuvre du cinéma muet. Ce sont ces films, peu connus du public, que la Fondation Jérôme Seydoux-Pathéé a choisi de mettre en lumière dans une rétrospective inédite.

Loin d’être seulement l’immigré autrichien sévère que l’on a bien voulu décrire, Josef von Sternberg fait ses premiers pas dans les studios de Fort Lee où il travaille avec les réalisateurs Emile Chautard et Maurice Tourneur. C’est en 1925 qu’il réalise son premier film, "The Salvation Hunters". Déjà, le cinéaste a pour ambition de dépasser les conventions du drame cinématographique en imaginant un poème visuel dans lequel les ombres remplacent les éclairages plats des films de l’époque. Sur l’écran, des visages en relief, un fond romantique et de sobres silhouettes bougeant en rythme. Josef von Sternberg manie déjà à la perfection la grammaire cinématographique muette et impose son style dès sa première œuvre. Charlie Chaplin applaudit son travail. Il l’invite à écrire un scénario pour Mary Pickford et produit son film suivant, le seul pour lequel il n’est ni acteur, ni réalisateur, "A Woman of The Sea". Le premier film est abandonné et le second sera finalement détruit.

La carrière de Sternberg, émaillée de faux départs, éclaire une histoire méconnue du cinéma. Elle naît dans le berceau cosmopolite de New York, se poursuit vers l’Ouest, croise la création de la MGM et le montage de la "Symphonie nuptiale" ("The Wedding March", 1928) d’Erich von Stroheim et s’assoit enfin à la Paramount avec l’immense succès des "Nuits de Chicago" ("Underworld", 1927).

RÉTROSPECTIVE: JOSEF VON STERNBERG, L’AMÉRICAIN

Josef von Sternberg donne aux récits populaires et aux passions humaines le panache du mythe. Il baigne ses drames d’une lumière contrastée et vaporeuse, dans un univers de voiles et de fumées. Des gangsters des "Nuits de Chicago" aux marins des "Damnés de l’Océan" ("Docks of New York", 1928), les personnages de Sternberg incarnent la marginalité, l’érotisme et la violence.

Comme il le fera avec Marlene Dietrich dans "L’Ange bleu", Sternberg croque les personnages de ses premiers films au crayon noir. Il leur donne le panache et fait devenir ses acteurs de véritables stars comme Georges Bancroft ou Evelyn Brent. C’est lui qui imposera définitivement Emil Jannings, couronné du premier Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans "The Last Command". Ses lumières sculptent les drames sans ornement, avec un réalisme qui rappelle les visions cruelles de l’Ash Can School, des "Rapaces" ("Greed", 1924) d'Erich von Stroheim ou de la « Nouvelle Objectivité » de Pabst.

Les cinq films qui restent de sa carrière "avant Marlene" (dont un fragment retrouvé il y a quelques années) sont de véritables chefs-d’œuvre du septième art maniés par un réalisateur qui affirmait, dans le carton inaugural de son premier film, vouloir « filmer une pensée ».

Théo Esparon

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