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CRITIQUE: "TERMINATOR: DARK FATE"

CRITIQUE: "TERMINATOR: DARK FATE"

Peu de temps après la sortie du sixième opus de la saga "TERMINATOR", le film peine à faire intelligemment parler de lui et ressort surtout pour deux points : le gigantesque four qu’il est en train de subir et tout ce que Tim Miller, qui assume l’échec de son film, balance sur James Cameron concernant les gros conflits entre les deux hommes ayant émaillé la production de "DARK FATE". Avec le recul, cela n’est guère surprenant. Mais opérons d’abord un petit retour en arrière sur ce réalisateur de génie devenu au fil des années l’ombre de lui-même.

James Cameron est probablement l’un des réalisateurs les plus connus du monde, souvent mit au même niveau que d’illustres cinéastes comme Steven Spielberg, John Carpenter (avec lequel il a travaillé aux effets spéciaux sur "NEW YORK 1997"), Martin Scorsese et bien d’autres. Après la réalisation de "PIRANHA 2: LES TUEURS VOLANTS" (ce film existe) qu’il a renié après de multiples conflits avec le producteur Ovidio Assonitis et l’écriture du scénario du mauvais "RAMBO 2: LA MISSION", Cameron est rapidement sorti de l’ombre en 1984 avec "TERMINATOR", premier du nom. Hybride de science-fiction, d’anticipation et même de slasher, consacrant Schwarzenegger comme immense star d’action et lui permettant de débarquer à Hollywood par la grande porte.

Par la suite, Cameron enchaina les succès tout en sachant habillement se mettre à dos moult personnes. Les techniciens d’"ALIENS, LE RETOUR", Ed Harris pour "ABYSS"… Sur la production de "POINT BREAK" et "STRANGE DAYS" de Kathryn Bigelow, sa troisième épouse, il maintient son aura de succès par le toujours génial "TERMINATOR 2: LE JUGEMENT DERNIER" puis "TRUE LIES" (qui est quand même le remake de "LA TOTALE !" de Claude Zidi). Cameron est devenu un pionnier des effets spéciaux, sachant se renouveler film après film avant d’entreprendre ce qui deviendra son plus grand succès: "TITANIC". Après moult galères de tournage (notamment par la reconstruction à la quasi-identique du paquebot), Cameron gagna onze Oscars et son record ne tomba … qu’après son film suivant, "AVATAR", en 2009 (donc douze ans plus tard), qui n’est, soyons honnête, qu’une vitrine technologique sans âme ou encore un générateur de fonds d’écran.

Vous l’aurez compris, Cameron, à ce moment, ça explose la classe et la réussite. Mais ce serait finalement bien ingrat de ne se concentrer que sur ses succès. Car là où l’Homme savait se montrer révolutionnaire, aujourd’hui est une autre paire de manche. Dans les années 90, il ne put mener à bien son projet de film "SPIDER-MAN" avec Schwarzy, est-ce cela qui le pousse à faire montre d’une telle aigreur envers les films du MCU, lui qui espérait en 2018, après avoir craché sur "WONDER WOMAN", que la saga Marvel finirait par lasser le public ? Alors qu’un an plus tard, celui-ci ne s’est pas gêné pour féliciter un "ENDGAME" ayant pulvérisé ses propres scores ? Tellement hypocrite de la part d’un homme qui n’a « rien fait » depuis "AVATAR" (qui est lui-même sorti douze ans après "TITANIC") et qui a pour projet, d’une part, de lancer quatre autres films sur les grands Schtroumpfs de Pandora ainsi que de continuer sa propre vision de Terminator après avoir jeté à la poubelle les trois films sortis après "TERMINATOR 2".

CRITIQUE: "TERMINATOR: DARK FATE"

Donc, "TERMINATOR: DARK FATE". Loin de moi l’idée de ressortir que « c’était mieux avant » car les trois films précédant avaient tout de même quelques arguments à faire valoir. "TERMINATOR 3" et sa conclusion pessimiste, "TERMINATOR 4" qui avait tenté de se concentrer, enfin, sur les fameuses guerres contre les machines et "TERMINATOR 5", malgré son manque de finesse, avait essayé une histoire à twist pas non plus désagréable à suivre. Rien de véritablement honteux, même si on peut douter aujourd’hui que le public rêve encore de robots tueurs voyageant dans le temps quand de multiples entreprises de robotique s’évertuent jour après jour à transformer ces créatures métalliques en véritables êtres de métal réfléchissant de plus en plus par eux-mêmes.

Revenons vers "DARK FATE". Cette fois, papa Cameron vient mettre son grain de sel et, malgré qu’il ait apparemment de lui-même engagé Tim Miller ("DEADPOOL"), cela semble davantage pour avoir un réalisateur dynamique à tenir en laisse plutôt que pour chercher une quelconque originalité… Pour "DARK FATE", on supprime les trois épisodes précédents, la série TV de Sarah Connor et on essaye de chercher une miteuse continuité au "JUGEMENT DERNIER". Le casting indique la présence de Edward Furlong qui semble reprendre son rôle de John Connor. Mais même pas le temps de se dire que c’est chouette que celui-ci, bizarrement rajeuni, se fait exécuter par Schwarzy dans le plus grand des calmes avant même d’avoir bu son diabolo grenadine. Et hop, on enchaîne, on n’a pas le temps. Comme dans toute la saga, le gentil du futur arrive en s’explosant (ici contre un pont) alors que le méchant arrive tout en badasserie, accroupi et totalement tranquille. Sauf que non, la gentille (interprété par Mackenzie Davis, très loin de son rôle de jeune fille timide de l’épisode "SAN JUNIPERO" de la série "BLACK MIRROR" (que je vous conseilles absolument, étant une histoire d’amour absolument essentielle à voir)) explose la classe alors que le T-1000 de service (ou REV-9 pour faire genre on change de nom) fait pouffer de rire par le charisme d’huître que dégage Gabriel Luna (vu dans "MARVEL: LES AGENTS DU SHIELD" en tant que Ghost Rider… comme quoi on peut critiquer Marvel, mais si on peut leur piquer un acteur..). Alors oui, on nous raconte qu’il s’agit d’un nouveau type de Terminator, plus « charmant », plus humain pour mieux se fondre dans le décor… Mais non. Votre acteur ne dégage rien, ne cherchez pas d’excuse.

Ces deux charmants personnages vont rapidement se taper dessus pour Natalia Ramos (vue nulle part si vous n’êtes pas abonnés au Novelas Mexicaine) qui sera donc la John Connor (et non pas Sarah, car elle ne sera la mère de personne, c’est bien elle qui doit sauver le monde) de service à protéger envers et contre tous d’un destin qu’elle ne connaît pas. Au début, ça envoie fort bien. La longue scène d’action, allant de l’usine à l’autoroute avec perte et fracas est littéralement enivrante, nous faisant retrouver l’impressionnante scène d’ouverture du premier "DEADPOOL" dans son rythme et sa lisibilité. Mais son final sera l’élément déclencheur de ce qui vous sortira du film: une Linda Hamilton méconnaissable débarquera, fera la gueule, détruira le T-1000, se tournera vers nos héros en leur balançant un « je reviendrais » sans aucun sens avant de descendre achever son ennemi et … de se plaindre en remontant que sa voiture, qu’elle avait laissée toutes portes ouvertes, se soit fait voler par les gentils. Et cette référence forcée ne sera pas la seule.

A partir de là, vous connaitrez la marche du film: les gentils vont fuir, se raconter comment le futur c’est trop dark et que Natalia Ramos est l’avenir du monde, le méchant va les retrouver et faire de la bagarre avec eux, par un coup du sort (ou de chance) les gentils arriveront à s’échapper sous le regard béat du pas gentil, parviendrons à se cacher, se raconteront à nouveau des histoires pour faire avancer ce pauvre scénario, se feront retrouver et ainsi de suite. Ce n’est pas faute de chercher à changer le lieu du combat, on aura droit à tout: voiture, usine, avion, drone, hélicoptère, sous l’eau, en tombant… Rien ne fonctionne et ce ne sont pas les pauvres ressorts qui nous aideront à les suivre.

CRITIQUE: "TERMINATOR: DARK FATE"

Un tatouage comme marche à suivre pour nous emmener vers un Schwarzy en chemise à carreau qui va vainement tenter de relancer un intérêt en expliquant comment le meurtre de John l’a atteint et qu’il a trouvé le goût de vivre et développer sa conscience en s’occupant d’une femme battue et de son enfant. C’est beau, mais terriblement pathos. Avec le sauvetage de la femme battue et le remplacement de John par une femme, on a juste l’impression, comme c’est beaucoup le cas dans le cinéma aujourd’hui en faisant moult remakes féminins, que le film se la joue bienpensant en ayant l’indécence de ne pas prendre son sujet au sérieux. Un T-800 gentil, il n’y a pas besoin de partir dans des explications sans fin, les quatre films précédant y sont arrivés, pourquoi chercher à ridiculiser ce personnage emblématique ici ? Mais pas le temps d’y réfléchir, le méchant revient, faut refaire la bagarre et courir pour nos vies.

Dur d’y trouver un intérêt, le scénario avance dans le vide en multipliant les incohérences et les situations invraisemblables (non pas qu’un robot venu du futur le soit, mais le film ne prend même pas la peine de s’occuper de notre suspension consentie de l’incrédulité). Vu comme une suite de "TERMINATOR 2", impossible de ne pas voir en ce film un énorme doigt adressé même aux deux premiers épisodes. En tuant John Connor dès le début, le film crée de lui-même le plus grand paradoxe temporel de la saga que la soi-disant création de Légion ne pourra pas effacer. La saga s’auto tire une nouvelle balle dans le pied. Déjà en tuant Sarah Connor entre "TERMINATOR 2 et 3" avant de sortir une série de nulle part réécrivant l’histoire après le 2 et en se compliquant la vie avec de multiples retournements de situations dans "GENISYS".

Rien ne se justifie jamais dans ce film, ni les réactions complètement WTF des personnages secondaires qui ne posent JAMAIS de question, ni les facilités complètement aberrantes du scénario, ni les ridicules emprunts aux anciens "TERMINATOR". Un T-1000 qui prend l’apparence d’un flic, qui tue (probablement) salement le père pour savoir où est la fille cible et qui poursuit les héroïnes dans un mélange de tractopelle et chasse-neige (j’en oublie le nom) pour remplacer le camion… "DARK FATE" est un film de flemmard, ni plus ni moins. Et un film complètement stupide.

Je ne m’étalerai plus très longtemps. Juste le temps de parler de la pauvre technique du film, révélant avec le temps des CGI douteux que Miller tente vainement de masquer en apposant beaucoup trop de dynamismes aux scènes d’action (celle dans l’avion en devient illisible). Ce film m’énerve, il n’y a pas d’autre mots. On a beau dire qu’en allant voir un "TERMINATOR", on ne va que voir un film d’action, on ne peut s’empêcher d’en sortir frustré d’une mauvaise œuvre crachant sur son héritage avec tant de dédain.

"TERMINATOR DARK FATE" est un mauvais film. James Cameron n’est plus que l’ombre du réalisateur/producteur qu’il fut. Tim Miller a tout intérêt à se défaire rapidement de la laisse qu’il a autour du cou. Faire revenir Linda Hamilton pour cette purge est d’une tristesse sans nom… Le premier Terminator était un incroyable divertissement bien plus intelligent qu’il n’y parait et le deuxième, même si objectivement moins profond, avait le mérite de proposer un mélange de personnages intéressants et d’effets saisissants. Mais "DARK FATE" annihile tout ça. "TERMINATOR" est mort avec ce sixième opus. Du moins, on l’espère…

NOTE: ★☆☆☆☆ 1/5

Remerciements à NCo (just_an_ellipsis) & Twentieth Century Fox France

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