Planète Cinéphile

Cette semaine

MR 73

Petite critique que je mets en ligne avec ma consoeur Claire Desplat (http://clairedesplat.over-blog.com/) sur le film "MR 73" d'Olivier Marchal.

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A propos de "MR 73" d'Olivier Marchal, Une vie chasse l'autre ...

par Nicolas CABELLIC (réalisateur) - Film vu le : 12/03/08 à 19h40.

 

1 - Quel est votre sentiment dominant à la sortie de la salle ?

Je suis sorti de la projection de "MR 73" enthousiaste. Cependant, j'ai relevé des petites imperfections (à mon goût), des petites choses d'ordre technique qui m'ont traquassées (voir ci-dessous). Quoi qu'il en soit, "MR 73" est un bon film policier français, référencé (cf. Melville, Duvivier) et réalisé par un officionados : "Olivier Marchal", celui qui a su réssuciter dans les années 2000 le polar français, qui faut le rappeler est un genre qui a longtemps été, avec la comédie, le genre dominant du cinéma populaire français.

2 - Avez-vous été déçus après une si longue attente ? Ou, au contraire le film répond-il à votre attente de cinéphile ?

Non, je ne peux pas dire que j'ai été déçu à la sortie de la projection du film. Je dirai que j'attendais un film un peu plus pêchu niveau action et peut-être un peu différent des deux premiers (cf. "Gangsters" & "36, Quai des orfèvres"), mais ce film répond à mon attente de cinéphile et clôt majestueusement la trilogie de Marchal. Non, ce qui pourrait être désormais intéressant de connaître serait "l'après trilogie policière" de Marchal.

3 - Avez-vous été choqué par le thème du film et le fait que l'histoire soit inspirée par la propre histoire d'Olivier Marchal?

Non, il n'y a pas de quoi être choquer par le thème du film, et je dirai même que c'est tout à son honneur. Rendez-vous compte ! Un film inspiré de faits réels et, qui plus est vécu par le réalisateur. A côté, le dernier Fincher (cf. "Zodiac") n'a qu'à bien se tenir lol Plus sérieusement, le thème est d'autant plus important et intime qu'il permet de donner du crédit au film et à ce pourquoi Olivier Marchal fait du cinéma, à savoir : "dénoncer une société corrompue et pourrie".

4 - Vos impressions sur le jeu des acteurs ? Et sur la mise en scène d'Olivier Marchal ?

Il y a un très bon jeu d'acteur. Je dirai même que c'est le point fort du film. Daniel Auteuil (Schneider) excelle dans son rôle de flic à la fois paumé et droit, vivant dans une noirceur poétique, adepte du stoïcisme; Une performance qui lui vaudra, j'en suis persuadé, des récompenses digne de ce nom (oui, je suis voyant lol). Pareillement, Philippe Nahon, sobre et puissant à la fois mérite d'être féliciter pour son travail sur le rôle de Subra. Le jeu des acteurs colle vraiment bien à la peau des personnages du film, mention spéciale à Francis Renaud, Guy Lecluyse, Olivia Bonami et Catherine Marchal.

Pour ce qui est de la mise en scène et de la réalisation, il y a beaucoup de points positifs. Techniquement, j'ai beaucoup aimé l'image de Denis Rouden qui sait joué avec les humeurs des scènes, oscillant entre un noir et blanc classique et une couleur "révélatrice". Par contre, je dois noter que les cadrages étaient parfois douteux; On avait l'impression que la caméra était arrivée là par pur hasard, je ne sentais pas l'intention du réalisateur.

En fait, les gros bémols viennent de l'intrigue, plus précisément du scénario. Je pense qu'il y a trop d'enjeux qui finissent trop rapidement en sac à noeud, notamment à la fin. Le scénario est certes fin, les dialogues à point, mais l'intrigue aurait pu être moins saugrenue. Je n'ai pas particulièrement aimé "l'après climax", la brochette de morts en un minimum de temps; On a l'impression qu'il veut vite se débarasser de ces protagonistes pour accéder à la fin. En plus, le montage n'arrange rien. Il y a beaucoup trop de générosité dans la temporalité des séquences, laissant des longueurs qui ne nourrissent pas l'intrigue et qui, en plus, prêtent à certaines confusions.

Je repense notamment à la scène, vers la fin, où Schneider arrive à la morgue avec Mari Angéli (cf. Catherine Marchal); Kovalski arrive, empêchant à nos deux compères de faire les prélévements nécessaire à l'enquête, ça se fout sur la gueule, les trois-quarts quittent la pièce, et après, on voit Mari Angéli seule à l'image, raccordé en cinq plans qui n'ont rien à avoir les uns avec les autres, pendant au moins 30 secondes - J'avouerai que là, un fondu placé à la fin d'un des plan nous (spectateurs) auraient largement rendus service !

Sinon pour ce qui est du travail au niveau du son diégétique, c'est remarquable. La musique (extradiégétique) de Bruno Coulais, un peu trop présente à mon goût, est saisissante et me rappelait parfois la quête des "Rivières Pourpres" (cf. Mathieu Kassovitz). Enfin, le dernier point qui m'a le plus intrigué dans ce film est la dualité, précisément, la confrontation des Hommes et des idées. D'une part, sur le fond (l'intrigue) mais, d'autre part, sur la forme (la stylisation et les choix artistiques). Il y a bon nombre d'exemples : les voitures ultra luxueuse et modernes/ bus old school et la voiture de Daniel Auteuil, le présent de l'intrigue/ la nostalgie de l'arme "MR 73", Marseille/ l'arrière-pays, la vérité/ le mensonge, la vie/ la mort et la morale/ la religion. Est-ce peut-être en ce point que réside toute l'énigme du film ?

5 - Donnez une note sur 20 au film.

Je mettrai 13/20 pour le film "MR 73" (mais non, je ne suis pas dur). C'est une note convenable, sans pour autant être "excellente" car je ne pense pas que ce soit le film le plus remarquable du réalisateur (qui reste pour ma part et à ce jour : "36 quai des Orfèvres"); Comme peut l'être "Angel-A" pour Luc Besson, disons que "MR 73" est le film le plus personnel d'Olivier Marchal, plus encore que son premier long-métrage : "Gangsters" (2002). C'est un fait, au cinéma, les films les plus personnels ne sont jamais les meilleurs (à méditer !)

 

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