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CANNES QUOTIDIE * JEUDI 22




Présentés jeudi au 61e Festival de Cannes, "Adoration" où le Canadien Atom Egoyan explore les identités factices qui naissent sur Internet et "La frontière de l'aube", une tragique histoire d'amour en noir et blanc signée par le Français Philippe Garrel, ont divisé.

Pour la 5e fois en compétition à Cannes où "De beaux lendemains" avait remporté le Grand prix du jury en 1997, Atom Egoyan a montré "Adoration" qui brosse le portrait de Simon (Devon Bostick), un adolescent qui s'invente une biographie: celle d'un fils de terroriste islamiste.

Dans le cadre d'un travail scolaire encouragé par Sabine, son professeur, (Arsinée Khanjian, compagne et égérie du cinéaste depuis vingt ans), Simon prétend que son père a autrefois glissé une bombe dans les bagages de sa mère enceinte, alors que celle-ci prenait l'avion pour Israël.

La fausse révélation fait le tour des forums de discussion sur Internet où émotions, préjugés et haines ordinaires s'expriment alors.

"Il est très difficile et mystérieux de s'approcher d'un autre être humain. Beaucoup de films semblent montrer que c'est d'une facilité extraordinaire mais ce n'est pas le cas", a dit à la presse Egoyan, ajoutant: "C'est parce que cela me semble fascinant que j'en parle dans ce film".

Mensonge des images, conflit des mémoires, complexité des relations humaines à l'âge des nouveaux médias, conflit entre Orient et Occident... les fans du réalisateur seront ravis de voir brassés ses thèmes de prédilection.

 
Agrandir la photoMais on pourra aussi rester indifférent à une intrigue très cérébrale dont les héros, empêtrés dans des raisonnements paradoxaux, tendent à l'abstraction.

Au sortir de la projection de presse, les avis étaient très partagés.

Après Arnaud Desplechin et avant Laurent Cantet, dont "Entre les murs" sera montré samedi, Philippe Garrel, l'un des trois Français en compétition, a lui présenté "La frontière de l'aube", où il dirige à nouveau son fils Louis Garrel, après "Les amants réguliers".

Nouveau venu à Cannes à 60 ans mais deux fois primé d'un Lion d'argent à Venise, cet héritier de Godard, auteur de films à l'hermétisme assumé, a transposé une nouvelle fantastique du romancier Théophile Gautier (1811-1872), "Spirite" où un homme est hanté par le fantôme d'une femme qui s'est suicidée.

Carole (Laura Smet) une jeune actrice mariée depuis six mois, commence une liaison avec un photographe dénommé François (Louis Garrel, fils du cinéaste).

Insatisfaite de la vie, la jeune femme se suicide et son image réapparaît dans un miroir à François, alors qu'il tente de refaire sa vie avec une autre.

"J'aime bien travailler avec Louis parce qu'avant je travaillais avec mon père (l'acteur Maurice Garrel, ndlr) et maintenant à 85 ans, il préfère la vie au cinéma", a expliqué Philippe Garrel à Cannes.

Des violons stridents en guise de bande son, des gros plans languissants sur les visages, des dialogues éloignés de tout naturel plombent "La frontière de l'aube", déjà figé dans un romantisme très littéraire et un Paris intemporel.

Des scènes qui se voulaient dramatiques ont déclenché le rire en projection de presse où le film a divisé, déclenchant des applaudissements nourris, mais aussi les plus fortes huées depuis le début du festival.

 

Courtesy of AFP

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