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CANNES QUOTIDIE * SAMEDI 24




La 61e édition du Festival de Cannes touche à sa fin avec les deux derniers films en compétition samedi: "Rendez-vous à Palerme" de l'Allemand Wim Wenders et le troisième film français en compétition, "Entre les murs" de Laurent Cantet. Le palmarès avec la 61e Palme d'or seront annoncé dimanche par un jury, présidé par Sean Penn avant la projection du film de clôture "What just happened" de Barry Levinson.

"Rendez-vous à Palerme" ("The Palermo shooting") de l'Allemand Wim Wenders avec Dennis Hopper, Campino, Inga Busch, Giovanna Mezzogiorno, Lou Reed (2h04, Allemagne). Photographe de renommée mondiale, Finn mène une vie trépidante que beaucoup lui envient. Le casque vissé sur les oreilles, la musique lui tient fidèlement compagnie. Mais quand sa vie se dérègle soudain, Finn décide de tout abandonner. Son périple le mène de Düsseldorf à Palerme: c'est là qu'il croise la route d'un mystérieux tueur qui ne le lâche plus d'une semelle.

"Entre les murs" du Français Laurent Cantet avec François Begaudeau (2h08, France): François est un jeune professeur de français dans un collège difficile. Il n'hésite pas à affronter ses élèves dans de stimulantes joutes verbales. Mais l'apprentissage de la démocratie peut parfois comporter des risques.

Vendredi, le Festival a sauté à pieds joints dans le subconscient du scénariste américain Charlie Kaufman, dont le premier film comme réalisateur, "Synecdoche, New York", est entré en compétition avec "Il Divo" de Paolo Sorrentino et "My Magic" d'Eric Khoo.

Kaufman, 49 ans, est le scénariste le plus novateur et audacieux de ces dernières années. Il a notamment écrit "Dans la peau de John Malkovich" et "Adaptation" pour Spike Jonze (qui produit "Synecdoche, New York") ainsi que "Human Nature" et "Eternal sunshine of the spotless mind" pour Michel Gondry.

Des scénarios aussi labyrinthiques que les replis d'un cerveau, qui l'ont établi comme le maître des mises en abîme introspectives et des jeux de miroir entre la réalité et la fiction. "Synecdoche, New York", écrit par Kaufman, fonctionne sur ces mécanismes (une synecdoque est une figure de style qui consiste à prendre la partie pour le tout, ou l'inverse). Caden Cotard, metteur en scène qui baigne dans un milieu d'intellos, est taraudé par des angoisses de maladie et de mort. Sa femme le quitte et emmène leur petite fille et Caden (Philip Seymour Hoffman, excellent) entame une liaison qui tourne court avec la jeune Hazel.
 
Il décide de monter une oeuvre-somme à l'ambition inégalée: il installe une maquette de ville dans un entrepôt et recrée la vraie vie en pièce de théâtre, avec des acteurs qui jouent son rôle et celui des gens de son entourage. Peu à peu, cette vie alternative prend de plus en plus de place et la frontière avec la réalité se brouille.

"Synecdoche, New York", dont le scénario façon poupées russes peut dérouter, est une réflexion mélancolique et émouvante sur la peur de la mort, la quête de sens dans une vie, la solitude, l'égotisme et le rapport aux autres.

Malgré des longueurs, le film séduit par son humour absurde et ses ambitions psychanalytiques et existentielles. Caden y est un alter ego de Kaufman mais chacun peut s'y reconnaître. "Je n'écris pas de films remplis de plusieurs Charlie Kaufman! Même si un personnage porte ce nom (comme dans "Adaptation", ndlr), ce n'est pas moi", a prévenu Kaufman en conférence de presse.

Après l'excellent "Gomorra" qui mettait à nu la mafia, l'Italie a offert l'un des films les plus incisifs et les plus appréciés du festival avec "Il Divo", féroce portrait de l'homme de pouvoir controversé Giulio Andreotti signé par Paolo Sorrentino, en compétition à Cannes pour la troisième fois.

Incontournable figure de la Démocratie chrétienne pendant un demi-siècle, sénateur à vie et ex-chef du gouvernement, Andreotti a été maintes fois accusé de collusions avec la mafia, mais quasiment toujours disculpé.

Férocement drôle, vif et réalisé avec brio, "Il Divo" dépeint Andreotti comme un Machiavel moderne, un cynique aux allures de caïman impassible, et à travers lui dresse un portrait au vitriol de la classe politique italienne.

"Je m'en suis tenu aux faits, aux minutes des procès. Je n'ai pas émis d'opinion personnelle. J'ai essayé d'être aussi objectif que possible", a affirmé Sorrentino.

Enfin "My Magic" du Singapourien Eric Khoo, présent en 2005 à la Semaine de la critique avec "Be with me", raconte la descente aux enfers (scène de torture incluse) d'un magicien alcoolique qui veut retrouver grâce aux yeux de son fils. Mais, "ce monde est cruel" fait dire Khoo à son héros. La rédemption aura lieu, au prix de sa vie.



Courtesy of AFP

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