Planète Cinéphile

Cette semaine

FOUNDATION




C’est un projet titanesque que viennent d’annoncer Bob Shaye et Michael Lynne, les deux fondateurs des studios "New Line". La structure a été absorbée il y a six mois par la Warner, qui a taillé dans les effectifs et mis à la porte les deux hommes. Qui ont rebondi en fondant au début du mois une nouvelle structure nommée "Unique Features".

Et leur première production est un coup de tonnerre. "Fondation", d’Isaac Asimov, pas moins. Pour ceux qui ne l’auraient pas lu, disons qu’il s’agit de "LA" vache sacrée de la science-fiction, qui décrit la décadence et la renaissance d’une civilisation galactique grâce à une nouvelle science de prédiction de l’histoire, à mi-chemin entre la sociologie, l’économie, les statistiques et la psychologie. Cette « psychohistoire » et son père Hari Seldon, sont le fil rouge d’un récit qui court sur plusieurs générations et affiche une galerie d’innombrables personnages. Le tout pour une œuvre fondamentalement politique.

Les fans doivent-ils avoir peur d’un tel projet ? Pour commencer, les adaptations d’Asimov au cinéma ("I, Robot" avec Will Smith, potable mais infidèle et "L’homme bicentenaire" avec Robin Williams) ne sont pas rentrées dans les annales.

Ensuite, en matière de bouquin totalement inadaptable, "Fondation" (réédité dans une nouvelle traduction chez Denoël/Lunes d'Encre) se pose là. Jugez plutôt. Une trame complexe (avant d’être une trilogie, "Fondation" a été publiée en huit parties dans un magazine de science-fiction). Des sauts de génération. Aucun personnage récurrent. Aucun véritable héros, puisque le postulat de la psycho-histoire est que l’humanité est gouvernée par des lois et que les individus y sont des quantités négligeables, sans influence sur le cours de l’Histoire statistiques qui s'appliquent à coup sûr à partir du moment où la population étudiée est 1) - suffisament large et 2) - peu ou pas au courant de l'existence de la psychohistoire et d'un "Plan". Elle est incapable de prévoir les comportements individuels mais donne des probabilités et permet de modéliser un mouvement d'ensemble de l'humanité.

Pas de sabre laser ou très peu. Dans "Fondation", on fait tomber des gouvernements par la science, le commerce, la religion ou la politique, mais pas par les armes. Ce n’est pas par hasard que des scripts de "Fondation" tournent dans Hollywood depuis des années. Le projet était d’ailleurs entre les mains de la Fox depuis quelques temps, et le Français Jean-Jacques Annaud ("La Guerre du Feu", "L’Ours", "L’Amant") s’y serait intéressé, sans suite. Aujourd’hui, Shaye euphémise : « ce n’est pas un script qu’on peut boucler en six mois ». Tu l’as dit, Bobby.

Ya-t-il une raison d’espérer ? Oui, une. Shaye est, malgré quelques casseroles cinématographiques, l’un des hommes qui a permis la concrétisation d’une autre arlésienne du cinéma : "le Seigneur des Anneaux", qui a eu le succès que l’on connaît. Un homme qui aime le risque et le défi. Reste à trouver le bon script et le bon réalisateur. Pour l’instant, leur ambition est d’adapter le premier livre. Si le résultat et les recettes sont à la hauteur, c’est toute la trilogie (et ses moins bonnes suites) qui devraient y passer. Et la science-fiction qui pourrait regagner ses lettres de noblesse sur grand-écran.

Des frissons de peur ou d’enthousiasme ? "Voir Trantor et mourir" ou "Plutôt mourir" ? Et qui verriez-vous pour incarner les Salvor Hardin, Hari Seldon, Magnifico, Bayta Darell, ou le Mulet ?



Courtesy of Laurent Suply & le blog du Figaro

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