Planète Cinéphile

Cette semaine

L'AUTRE SORTIE DE LA SEMAINE : "CASSE-TETE CHINOIS"

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Déjà Mercredi, l'heure de retrouver notre sélection des nouvelles sorties hebdomadaires ! Au programme, le nouveau Disney de Noël, intitulé "La Reine Des Neiges". Film d'animation que nous avons eu la chance de découvrir le mois dernier, en présence de la réalisatrice Jennifer Lee et du producteur Peter Del Vecho qui sont revenus sur le processus de création du dessin animé. Une fois n'est pas coutume, un très bon Disney qui plaît aux petits comme aux grands (il faut quand même être difficile pour ne pas aimé un 'Walt Disney' !), à la différence qu'il s'adresse davantage aux filles qu'aux garçons. De belles idées de mises en scènes, interprétées par des personnages attachants que l'on retrouve dans des situations souvent très amusantes, le tout en musique et en chanson. Pour le coup, il s'agit d'une comédie musicale animée dans la pure tradition Disney, comme on les aime : "La Petite Sirène", "Aladdin Et Le Roi Des Voleurs", "La Princesse Et La Grenouille" ... On vous recommande vraiment "La Reine Des Neiges" pour ces fêtes de fin d'année, car pour une fois, le sujet du film correspond parfaitement avec la date de sa sortie en salle. (Note : 4/5 mais comme je suis un garçon, je mets : 3,5/5).

 

Autres sorties de la semaine à ne pas louper, "Zulu" de Jérôme Salle, "Le Cinquième Pouvoir" de Bill Condon, "La Jalousie" de Philippe Garrel, "Carrie, La Vengeance" de Kimberly Peirce, "Rêves d'Or" de Diego Quemada-Diez, "Henri" de Yolande Moreau, le documentaire "Twenty Feet From Stardom" de Morgan Neville, la resortie en salle de "Elephant" de Gus Van Sant ainsi que "Casse-Tête Chinois", dont nous vous proposons l'interview de son réalisateur et scénariste, Cédric Klapisch.

 

Quand s’est déclenchée l’envie concrète de faire cette suite ?


Cédric Klapisch : "En allant avec Bruno Levy, mon producteur, présenter MA PART DU GÂTEAU au Festival de Tribeca à New York. Ça s’est passé de la même façon que pour LES POUPÉES RUSSES. L’envie de tourner à Saint- Pétersbourg a donné des idées d’histoires, puis un film. Là, de la même façon, c’est l’envie de tourner à New York qui a motivé ce troisième film. J’ai dit à Bruno à quel point à chaque fois que je revenais à New York j’avais une envie irrépressible de tourner dans cette ville. Le soir même nous sommes allés diner dans Chinatown et j’ai fait l’asso- ciation d’idées CASSE-TÊTE CHINOIS, Chinatown, New York ... et d’une certaine façon ça s’est décidé ce soir-là. New York, c’est la ville la plus métissée, la plus mélangée du monde ... Tous les continents sont à New York, toutes les races, tous les cultes. Beaucoup plus qu’à Londres, Shanghaï ou Pékin qui sont déjà des villes très cosmopolites. Ces trois films, que j’appelle maintenant la «trilogie des voyages de Xavier», racontent comment les gens de cette génération ont eu une vie marquée par la culture du voyage. Aujourd’hui ça se vérifie, les jeunes issus d’Erasmus sont vraiment devenus «citoyens du monde». Ces trois films racontent la génération des gens qui ont grandi en parallèle avec la formation de l’Europe et l’idée de la mondialisation. Du coup New York qui est la capitale mondiale des migrateurs était un choix justifié. C’est le côté «Hub» qui est inspirant à New York."

 

Comme Xavier tu es parti à New York pour écrire "Casse-Tête Chinois". Pourquoi ?


C.K. : "Il y a plein de justifications. Aujourd’hui quand je commence un film, je sais qu’un choix de film, c’est aussi un choix de vie. Pendant deux ans ce projet va me fabriquer un quotidien particulier ... Au point où j’en étais, après PARIS et MA PART DU GÂTEAU, j’avais besoin d’aller ailleurs. Aussi pour me confronter à l’idée de faire du cinéma différemment. Aller au États-Unis, c’était une sorte de challenge, une manière de remettre en question ma façon de faire du cinéma. Et ça a été le cas — beaucoup plus que je ne pensais — car les règles de tournage américaines imposent des façons de travailler qui m’ont donné l’impression de faire mon premier film. Là-bas j’ai eu l’impression d’apprendre un nouveau métier. Donc aller à New York c’était la somme de tous ces désirs. Mais c’était aussi inconsciemment un retour aux sources. Puisque à la manière de Xavier dans L’AUBERGE ESPAGNOLE j’ai été cet étudiant étranger à New York où j’ai fait mes études. New York c’est la ville où j’ai appris à faire du cinéma. Les premières images que j’ai filmées c’est à New York. La première fois où j’ai réfléchi à quel scénario écrire, quelle histoire raconter, c’est à New York ... C’est la ville où j’ai appris ma façon de faire du cinéma. Il y avait une sorte de logique à revenir à mon point de départ et à y faire ce troisième volet des voyages de Xavier."

 

Tu avais un parti pris de départ pour filmer New York ? 


C.K. :  "Je savais que, comme dans CHACUN CHERCHE SON CHAT, il fallait filmer à échelle humaine, au niveau de la rue, et éviter le côté touristique. Je n’avais donc rien à faire à Time Square, par exemple ! J’avais aussi un discours sur la couleur et les cadrages compliqués inspiré par le photographe Alex Webb de l’agence Magnum. C’est pour moi un des grands reporters photographes, un coloriste qui m’a donné des codes visuels sur l’utilisation des couleurs, de la lumière, sur le cadrage, le fait de parler du chaos en complexifiant la composition. Pour moi c’est un maître absolu dans l’art de décrire la vie comme un gros bordel tout en composant ses images de façons extrêmement sophistiquée. Je voulais utiliser ça visuellement parce que pour moi New York raconte le combat de l’ordre et du chaos qui ressemble étrangement aux problèmes de Xavier. Quand on a parlé de l’esthétique du film avec Natasha Braier (la directrice photo du film) on s’est beaucoup inspiré de ça en définissant aussi des codes couleurs assez précis pour marquer l’évolution de la narration."

Tournage casse-tête chinois

 

As-tu revu "L’Auberge Espagnole" et "Les Poupées Russes" avant le tournage de "Casse-Tête Chinois" ?

C.K. : "J’ai revu L’AUBERGE ESPAGNOLE pendant que j’écrivais le scénario. Ça a été très utile parce que moi, en général, je ne revois jamais mes films. Et là pour la première fois je voyais un de mes films comme un spectateur. Du coup j’avais du recul, je ne l’ai pas vu comme une sorte d’album de photos de famille. J’ai vu que c’était plus drôle que je ne le pensais, et du coup j’ai compris ce que les gens avaient aimé dans ce film ... J’ai bien aimé la légèreté proposée par le film, la créativité, le côté pétillant. Je me suis dit qu’il ne fallait pas avoir peur d’aller à nouveau vers ça. Après, comme je l’ai raconté ... le chemin de l’écriture ne m’a pas forcément mené au même endroit. À cause de l’âge. Je me suis rendu compte en écrivant CASSE-TÊTE CHINOIS que c’est l’histoire d’un mec de 40 ans! Xavier n’est plus le chien fou ou l’ado immature qu’il était à 25 ans, il est plus profond, plus responsable ... il y a un côté moins foutraque. Donc c’était intéressant de revoir L’AUBERGE ESPAGNOLE pour finalement ne pas beaucoup suivre cet exemple. Certes il y a des échos, des correspondances affirmées, mais c’est juste pour montrer que Xavier a changé. Quand il débarque à New York chez Isabelle et qu’il dort sur le canapé, c’est pour dire : 'non ce n’est pas pareil de dormir chez des amis sur un canapé à 40 ans et à 25'. C’était ça qui était intéressant : pourquoi la vie nous amène ailleurs ? Pourquoi ce film-là m’amène ailleurs ?"

 

L’attente est énorme. On l’a vu lors de la présentation du film en ouverture du Festival d’Angoulême avec les 4000 personnes qui faisaient la queue pour découvrir l'avant-première du film.


C.K. : "C’était dingue! Ça a été super fort ... Et c’était beau parce que ce n’était pas moi, ni même les acteurs qu’ils voulaient voir : c’était Xavier, Isabelle et Martine ! Il y a maintenant comme une réalité de la fiction. Si j’ai réussi une chose dans ces trois films c’est ça ; d’avoir fabriqué cette réalité : Xavier est devenu un de leurs amis. C’est fort parce qu’on est entré dans la vie des gens. On partage tous ce goût du feuilleton, comme pour cet engouement pour les séries actuelles : 'T’as pas vu la saison 5 ??? Je te dis rien faut que tu vois ce que devient machine ...'. C’est génial d’avoir rendez-vous avec des personnages. Mais cette attente-là pour CASSE-TÊTE, je la sépare de moi parce que je n’en suis presque plus responsable. C’est quelque chose qui se passe entre le public et les acteurs, ou plutôt les personnages. C’est pour ça que cette avant-première à Angoulême était très émouvante: pour l’envie des gens de voir la suite. Et avoir ce contact physique avec le public, c’est une des choses les plus émouvantes quand on est réalisateur."

 

La question à laquelle tu ne vas pas échapper est bien évidemment : «Y aura-t-il une suite à "Casse-Tête Chinois" ?»


C.K. : "A priori je dis non, je présente beaucoup le film comme étant la fin d’une trilogie. Je pense que ce serait une erreur d’en faire un quatrième. Après c’est tellement impossible de savoir qui je serai dans 10 ans ... Et peut-être que j’aurai une super idée pour faire une suite ... Qui sait ce qui se passera dans 10 ans ?"

 

 

Synopsis : "Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy (Kelly Reilly), Isabelle (Cécile de France) et Martine (Audrey Tautou) quinze ans après L'AUBERGE ESPAGNOLE et dix ans après LES POUPÉES RUSSES. La vie de Xavier ne s'est pas forcement rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l'entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier y cherche sa place en tant que fils, en tant que père... en tant qu'homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l'instar de New York et de l'époque actuelle, à défaut d'être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d'écrivain ..."


Sortie (France) : 04 Décembre 2013

 

 

 

Courtesy of The Walt Disney Company France & StudioCanal

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