Planète Cinéphile

Cette semaine

CANNES 2014 : DIRECTOR'S CANNES #6

Director's Cannes

 

 

Je l’avoue avec honte, je n’avais, auparavant, jamais vu de film de Pascale Ferran. C’est depuis que j’ai vu Bird People, que j’en ai honte. Je la connaissais comme étant la réalisatrice du fameux Lady Charteley et de par son statut particulier dans le paysage du cinéma français. Pascale Ferran est en effet un peu le leader syndicaliste des réalisateurs en France, conceptrice de la notion de « cinéma du milieu ». A l’occasion de la remise de ses multiples Césars pour Lady Chaterley en 2008, Pascale Ferran prononce un discours qui restera dans les mémoires. Elle part du constat qu’une fracture s’est créée en France entre un cinéma populaire gavé de de fric et de mauvaise qualité et cinéma d’auteur fauché. Elle propose de mettre en place, avec le soutien du CNC un « cinéma du milieu », du milieu car au budget moyen, s’adressant à un public plus large que les films d’art & essai intellectualistes à la Française, mais aux exigences artistiques affirmées. Ce qui est d’ailleurs amusant avec ce discours, c’est qu’il illustre à son échelle son propos par sa forme : il est lui-même un discours « du milieu » ! Ni trop pesant comme peuvent l’être les revendications des intermittents du spectacle, dont le public s’ennuie alors qu’il porte un message fort, ni trop consensuelle à l’image des banals discours de remerciements.

 

Bird People est donc un « film du milieu ». Là où il trouve un formidable équilibre, c’est qu’il ne s’agit pas de faire se côtoyer des éléments populaires avec des moments d’art & essai, mais bien d’épouser les deux aspects dans un même geste. Les audaces narratives multiples, que ce permet le film et les éléments de genre qu’il emprunte constituent à la fois sa signature d’auteur, une signature d’exigence esthétique et donne au film un aspect ludique incontestable.

 

Je me refuse à vous déflorer l’intrigue ou plutôt les intrigues du film tant la progression du récit est étonnante et joue avec l’inattendu, mais je vous dirais simplement que son thème central, travaillé en profondeur, est la volonté de changer de vie. Grâce à un très subtil travail de psychologie, Pascal Ferran montre que le fonctionnement de l’esprit humain est en vérité profondément incompatible avec la façon dont notre société organise le travail, le foyer, les études ou les transports en commun ... Les humains, c’est pas fait pour ce genre de conneries et le film leur offre une nouvelle vie ! Elle traite avec talent à la fois de l’aspect concret, pratique, de l’étendue des dispositions qu’il faut prendre à l’occasion d’un nouveau départ, mais aussi des sentiments de liberté, de folie et du romantisme qui l’accompagnent. Les choix périlleux de mise en scène sont judicieux et modérés, elle s’amuse à mettre en scène nos fantasme avec en plus un goût pour le temps qu’on prend à observer les petites choses : les gens, la nature, les animaux et au final c’est du cinéma qu’elle nous parle comme étant cette nouvelle vie à laquelle nous aspirons tous.


 


Courtesy of Le Festival de Cannes & Director's Cut

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