Planète Cinéphile

Cette semaine

CANNES 2014 : DIRECTOR'S CANNES #2

Director's Cannes

 

 

Avec La Chambre Bleue, Mathieu Amalric s’essaye à une nouvelle esthétique. Après la caméra à l’épaule naturaliste de Tournée, il adopte le tempo classieux de l’inquiétante étrangeté. Adapté d’un roman de George Simenon, La Chambre Bleue met en parallèle l’interrogatoire de Julien et le récit sur lequel il porte : une banale histoire d’adultère, qui a tourné au drame. La Chambre Bleue est donc l’histoire d’un crime et la mise en scène du mensonge qui l’entoure. La gestion de cette plurivocité est la première réussite de ce film. Le spectateur passe son temps à douter, à chercher qui dit vrai de l’image ou du mot, à se demander si le personnage, dont on a le point de vue, est totalement fou ou si c’est le juge qui l’interroge, qui voit le mal partout. Cette inquiétude constante était la première gageure de réussite.


Après une première partie totalement ratée faite d’un interrogatoire de police caricatural (effectué par Serge "aussi piètre acteur que réalisateur" Bozon) et d’une séquence à vocation sans doute poétique, mais qui fait penser à une pub Jean-Paul Gauthier ou au Gilfriend Experience de Soderbergh – ce qui est encore pire ; après cette première partie, donc, le film trouve son rythme avec l’arrivée en scène du juge, interprété par Laurent Poitroneaux, seul personnage secondaire véritablement bien interprété. On s’interroge encore sur la misérable performance de Léa Ducker, peut-être dû à la direction d’acteur, mais on veut pas le savoir. Par ailleurs, même si le charisme et la justesse opèrent encore, on attend qu’un jour Mathieu Amalric renouvelle un minimum ses techniques de comédien. Les scènes d’interrogatoire, puis les scènes de tribunal sont les vraies grandes réussites de ce film, scènes de tension constante et criantes de vérité, malheureusement les unes parasitées par des séquences trop glamour pour être réussies, les autres trop cutées pour qu’on en profite.


On peut donc attribuer au moins deux mérites à Mathieu Amalric. Tout d’abord celui d’avoir réalisé le film le plus court du festival, ce qui fait un bien fou, quand on voit que la moyenne en Compétition doit être à 2h20 … Mais aussi, plus sérieusement, celui d’avoir réussi à créer une véritable atmosphère de thriller, à la fois solide et singulière. Si ce petit film était un test, il est au moins réussi sur ce point : s’il veut faire un jour un grand film de genre, Amalric pourra miser sur ses talents de metteur en scène, mais devra se concentrer sur les scènes de dialogues purs, plutôt que de les édulcorer de séquences clipesques, ralentis, gros plan, etc.


N.B. : Se débarrasser aussi des champs/contre-champs pleine face, parce que ça c’est vraiment atroce.



 

Courtesy of Le Festival de Cannes & Director's Cut

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