Planète Cinéphile

Cette semaine

L'AUTRE SORTIE DE LA SEMAINE : "DIPLOMATIE"

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Retrouvez les nouvelles sorties cinématographiques de ce Mercredi 05 Mars, dans votre cinéma le plus proche, avec "Dans L'Ombre De Mary - La Promesse De Walt Disney" de John Lee Hancock, "N'Importe Qui" de Raphael Frydman, "Vampire Academy" de Mark Waters, "Un Week-End À Paris" de Roger Michell, "Arrête Ou Je Continue" de Sophie Fillières, "Youth" de Tom Shoval, "300 : La Naissance D'Un Empire" de Noam Murro (accessoirement une belle déception, de par l'anecdotisme de son sujet et la piètre qualité de sa forme - effets spéciaux et ralentis compris - très glauque et rien à voir avec le premier "300" de Zack Snyder), le documentaire "Se Battre" de Jean-Pierre Duret & Andréa Santana, la resortie en version restaurée de "M le Maudit" de Fritz Lang, sans oublier "Diplomatie" de Volker Schlöndorff. "Planète Cinéphile" vous propose l'interview du cinéaste à propos de son nouveau drame historique.

 

Qu’est-ce qui vous intéressait dans ce projet ?
Volker Schlöndorff : "La guerre est une situation extrême qui révèle le meilleur et le pire chez l’être humain. Aujourd’hui, un conflit entre la France et l’Allemagne est tellement impensable qu’il me semblait intéressant de rappeler les rapports que nos deux pays ont entretenus dans le passé. Si, par malheur, Paris avait été rasé, je vois mal comment le couple franco-allemand aurait pu émerger et, au-delà, comment l’Europe aurait pu s’en remettre. D’autre part, ce qui m’a également séduit, c’était l’occasion de rendre hommage à Paris. Depuis mes 17 ans, j’ai traîné dans tous les coins de la capitale, dont je connais le moindre pont et monument : je crois bien que durant mes années d’assistanat de Louis Malle et de Jean-Pierre Melville, j’ai davantage sillonné les rues de la ville qu’un taxi ! Autant dire que j’adore Paris et qu’être invité à célébrer la survie de Paris, un demi-siècle plus tard, était un très beau cadeau."

Vous êtes-vous documenté sur la rencontre entre le consul Raoul Nordling et le général Dietrich Von Choltitz ?
V.S. : "La rencontre, telle qu’elle est mise en scène dans le film, n’a pas eu lieu. Toutefois, Nordling et Choltitz se sont rencontrés plusieurs fois, quelques jours avant le 24 août, aussi bien à l’hôtel Meurice que dans les bureaux de la Kommandantur, pour négocier un échange de prisonniers politiques entre Allemands et Résistants. Et cela a très bien fonctionné. D’autre part, entre le 20 et le 24 août, les deux hommes ont négocié une sorte de cessez-le-feu. Les Résistants de Paris avaient réussi à s’emparer notamment de la préfecture de police, mais craignaient un assaut des Allemands car ces derniers avaient encore des troupes en France. Le consul et le général ont donc négocié une trêve pour que les Allemands puissent traverser Paris sans tomber dans des embuscades et que les Résistants puissent regrouper leurs forces. A cette occasion ils ont aussi parlé de la beauté de Paris et du danger de sa destruction imminente. Il existe les autobiographies, écrites dans les années 1950, de Nordling et de Choltitz. Comme ce sont des témoignages individuels, où chacun essaie d’embellir son rôle ou de se blanchir dans le cas du général, il faut les considérer avec beaucoup de précaution."

Quelle part la fiction occupe-t-elle dans le film ?
V.S. : "La part de fiction est considérable, et c’est d’ailleurs cela qui m’a intéressé. Ce qui est sûr et que Cyril Gély a utilisé comme point de départ : Les deux hommes se connaissaient et ont parlé du sort de la ville de Paris. C’est pourquoi les Alliés se sont servis du consul Nordling pour porter au général une lettre, sans doute rédigée par le général Leclerc, comportant une proposition adressée à von Choltitz de se rendre et de rendre la ville intacte. Comme dans le film, Choltitz aurait refusé cet ultimatum. A partir de ces quelques faits historiques, nous avons bâti une intrigue et essayé d’imaginer l’état d’esprit du général allemand. La chambre avec un double fond et l’escalier secret par lequel la maîtresse de Napoléon III aurait eu accès à l’hôtel sont de pures inventions. J’aimais bien ce côté théâtre de boulevard, avec l’humour dans les dialogues aussi. Le huis-clos souligne la fiction. Nous ne faisons pas dans l’authentique. Toutefois, et contrairement au théâtre, dans un film il faut une perspective de récit, c’est-à-dire savoir qui nous raconte cette histoire et pourquoi. Cela ne pouvait être que le Consul. D’où l’idée de commencer par lui, traversant Paris la nuit, hanté par les images de la destruction de Varsovie et en proie à la question: comment dissuader le général de mettre en œuvre l’ordre sinistre que Hitler avait donné la veille. Et notre perspective de narration devient celle du consul qui boucle d’ailleurs le récit lorsqu’il s’en va avec le concierge, ayant trahi le général pour sauver Paris. Sans regret. Si l’enjeu est Paris, tous les coups sont permis."

Comment avez-vous dirigé André Dussolier et Niels Arestrup ?
V.S. : "Sans aucun a priori psychologique. Comme un happening. Le consul était mon complice pour m’aider à faire sortir le général de ses réserves. Le général réagit à sa manière, imprévisible ; Niels alterne des scènes de vrai désespoir et des moments d’esbroufe où le général a recours au grand jeu d’acteur flamboyant. Comme si on passait d’un style documentaire à celui d’un opéra, avec des ruptures de ton qui correspondent à celles du film, ponctuant le rythme. Par ailleurs, j’ai tourné avec deux caméras mobiles et perches pour capter la sonorité extraordinaire de la voix de mes comédiens."

Quelle est la place de Paris dans le film ?
V.S. : "Loin d’être l’arrière-plan de l’histoire, Paris en est le troisième personnage. Il fallait donc que la ville soit présente à tout moment, que l’on passe de la nuit profonde au petit matin, ou encore de l’éclairage pleins feux de l’hôtel Meurice à la semi-pénombre lorsqu’intervient la panne de courant. Paris est présent, de nuit comme de jour, par la lumière, mais aussi par les «coulisses sonores». Toutefois la ville reste «au dehors», car dès qu’on quitte le huis clos, le drame perd en intensité. Il s’agit de souligner le sentiment d’enfermement, en pratiquant de brèves échappées, puis de revenir au huis clos. Quand le général prend sa décision ultime, point d’orgue du film, nous sommes sur les toits de Paris : nous découvrons alors la beauté du Louvre, la majesté du Grand Palais, ou encore le Sacré Coeur et l’Opéra à l’horizon. C’est alors qu’on révèle le troisième personnage dans toute sa splendeur, qu’on sent la force de la présence de ce troisième personnage, qui est aussi le vrai sujet du film : la ville de Paris. Avec le directeur de la photo, Michel Amathieu, et le chef-décorateur, Jacques Rouxel, on a cherché à faire intervenir Paris dans l’intrigue : j’ai même pensé à utiliser des murs transparents, derrière lesquels la ville pourrait se profiler. Finalement, en s’inspirant de photos et de tableaux, on a opté pour des variations de lumière, souvent heurtées, à l’intérieur de la suite. C’était important pour donner le sentiment du temps qui s’écoule et de l’échéance qui se rapproche : lorsqu’on est de nouveau en plein jour, on sait que les Alliés sont là." 

 

 

 

Courtesy of Gaumont Distribution

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