Planète Cinéphile

Cette semaine

L'AUTRE SORTIE DE LA SEMAINE : "TRISTESSE CLUB"

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Nous sommes bien le jour préféré des cinéphiles, et l'heure de découvrir les nouveautés de cette semaine : "Edge Of Tomorrow" de Doug Liman, "Sous Les Jupes Des Filles" de Audrey Dana, "Dom Hemingway" de Richard Shepard, "Bird People" de Pascale Ferran, "The Rover" de David Michôd, "La Mante Religieuse" de Natalie Saracco, "We Are The Best !" de Lukas Moodyson, le documentaire "Polnareff Au Cinéma : Quand L'Écran S'Allume" de Fabrice Laffont, la ressortie du classique "Tout Ce Que Le Ciel Permet" de Douglas Sirk, sans oublier notre coup de coeur de la semaine, "Tristesse Club" de Vincent Mariette - dont nous vous proposons l'interview.


 

Qu’il s’agisse de "Tristesse Club" ou de vos courts métrages précédents, on retrouve toujours des personnages un peu dépressifs, marginaux, qui voudraient être dans le monde mais qui n’y parviennent pas complètement.

 

Vincent Mariette : "Je ne peux que le constater aussi, disons que ça vient naturellement. Pour mon premier court métrage, Le Meilleur ami de l’homme, j’ai dirigé Jules-Édouard Moustic en lui demandant de jouer comme Bill Murray dans les films de Wes Anderson, d’en faire le moins possible. Il fallait le tempérer, l’emmener vers une forme de lenteur et qu’il emmène le film avec lui. Que le personnage dicte, en quelque sorte, le tempo du film, son ton. Il en va de même avec Vincent Macaigne que j’ai dirigé dans un autre court, Les Lézards. Par exemple, Vincent a quelque chose qu’avait Depardieu quand il est en écoute : il bouge imperceptiblement les lèvres et répète ce que dit son partenaire. Je ne sais pas si c’est inné ou de la technique, mais cela rend le personnage très vivant, même s’il n’a rien à dire. Adapter le tempo d’un film aux caractérisations de ses personnages rend peut-être plus criante cette impression d’un monde où ils n’arrivent pas à négocier avec le monde comme il va."

 

Vous mentionnez Wes Anderson et c’est vrai qu’en voyant "Tristesse Club", certains plans ou séquences, comme l’ouverture du film, évoquent son esthétique, la frontalité des cadrages par exemple ...


V.M. : "Je crois que les films de Wes Anderson rejoignent une littérature que j’aime particulièrement, Michael Chabon ou David Foster Wallace par exemple, des récits avec des personnages un peu souffreteux, des histoires de dysfonctionnements familiaux. Ça me plaît beaucoup du point de vue de la forme, même si je reconnais que cela peut parfois donner l’impression de tourner à vide. Chez Wes Anderson, le travail sur le son est fabuleux, il a un certain don pour choisir des voix singulières, souvent feutrées et sa façon de ne pas trop souligner les choses, de les mettre légèrement à distance m’intéresse."


Pourquoi ce titre, "Tristesse Club" ?


V.M. : "Le film parle de mort, de deuil, mais il est aussi léger. Je voulais un titre qui associe ces deux idées. Et puis Tristesse Club me fait penser à un nom de cocktail et, allez savoir pourquoi, ça me plaît bien. Je me suis rendu compte, après coup, que c’était aussi le titre d’une chanson de Houellebecq."

 

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Quelles étaient vos références ou sources visuelles ?


V.M. : "Pour les séquences de jour, ma référence principale était Harry Savides, un formidable chef opérateur qui a travaillé avec Gus Van Sant, sur Zodiac de Fincher ou Birth de Jonathan Glazer. J’aime son image un peu crémeuse, lactée, avec des contours
pas spécialement définis. J’avais aussi en tête l’image très «été indien» d’Harold et Maud. Enfin, je pensais aussi à Margot at the Wedding de Noah Baumbach (dont le chef op est aussi Harry Savides), variation du Genou de Claire et dont l’image automnale me plaisait énormément. Pour les scènes de nuit, c’est le photographe Gregory Crewdson et, pour la séquence avec les jeunes dont vous parliez, on l’a travaillée presque comme du noir et blanc un peu bleuté, à la manière du Twixt de Coppola."

 

À l’exception du trio et de quelques individus croisés, on a le sentiment de traverser une France dépeuplée, déserte. Pourquoi ce choix ?


V.M. : "C’est quelque chose auquel je tiens depuis le début, sans doute pour représenter les errances intérieures des personnages. C’est en tout cas ce que je me suis raconté au moment de l’écriture et du tournage. J’aime les espaces vides. Je croyais que je traiterais mieux mon histoire et mes personnages si je limitais les interactions avec la réalité."

 

Selon vous, que raconte "Tristesse Club" ?


V.M. : "C’est l’histoire d’une famille qui se crée. C’est en tout cas le point de départ. Comment des personnages qui ne se connaissent pas ou très mal, sont censés apprendre à se connaître et au bout du compte font le deuil d’un même homme. Je souhaitais qu’à la fin du film, on puisse leur imaginer un avenir commun. Le début d’une histoire d’amour entre Bruno et Chloé et un lien fraternel renoué entre Bruno et Léon."

 

 

 

Courtesy of Haut & Court (entretien réalisé par Jean-Baptiste Thoret)

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