Planète Cinéphile

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PIERRE SCHOENDOERFFER (1928-2012)

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"Pierre Schoendoerffer de l'Institut de France, écrivain metteur en scène, documentariste, vice-président de l'Académie des Beaux-Arts, section cinéma et audiovisuel, est mort ce matin à l'hôpital militaire Percy" (Famille Schoendoerffer, Mercredi 14 Mars 2012 - Paris).


Pierre Schoendoerffer est d'origine alsacienne, mais il est né à Chamalières dans le Puy-de-Dôme, le 15 mai 1928. Pensionnaire au lycée technique d'Annecy pendant la guerre, il lit Herman Melville, Joseph Conrad ou Jack London mais la lecture de Fortune carrée de Joseph Kessel lui redonne courage en lui indiquant le chemin de « la vraie vie ». Tout à son rêve de devenir marin, lui qui n'a jamais vu la mer, il embarque sur un chalutier à voile. Voulant être cinéaste, mais sans relations dans ce milieu (« C'est un château de Kafka », répêtait-il sans cesse), il apprend en lisant dans la presse un article consacré à la mort d'un caméraman de l'armée, l'existence du service cinématographique de l'armée. Il s'engage, effectue un stage au Fort d'Ivry et part en Indochine en 1952, pays qui le fascine et dont il étudie la civilisation. Il est envoyé au Cambodge, devient caporal-chef. Demandant à remplacer un de ses camarades qui avait été tué, il filme les horreurs et la misère des combats. À Diên Biên Phu, il est caporal-chef. Il a 24 ans. Quand il est fait prisonnier à l'issue de la bataille de Diên Biên Phu, qui marquera la fin de la domination française sur l'Indochine, le cinéaste soviétique Roman Karmen — qui reconstitue la bataille pour la propagande de l'URSS — lui épargne le pire. Le Việt Minh lui confisque toutes les pellicules qu'il avait filmées du conflit. Son orientation vers le documentaire est un corollaire de cette privation. Au Maroc et pendant la guerre d'Algérie, il est journaliste. Joseph Kessel, son idole littéraire qu'il a rencontré à Hong-Kong après sa libération, qui lui permet de réaliser un film documentaire tiré d'un de ses propres livres, La Passe du diable, en 1958, documentaire sur le jeu de bouzkachi, pratiqué en AfghanistanEn 1958 et 1959, il rencontre Georges de Beauregard, à qui l'on devra aussi les premiers films de Jean-Luc Godard. Celui-ci s'attache au jeune aventurier et lui donne l'occasion de réaliser ses premiers longs métrages : Ramuntcho et Pêcheur d'Islande (adaptations des romans éponymes de Pierre Loti). Le succès n'est pas au rendez vous. Sa carrière est au point mort.


Beauregard, aristocrate du cinéma français, permet à Schoendoerffer d’adapter un récit qu'il avait écrit en 1963 en pensant déjà à son adaptation cinématographique, La 317e Section, film de fiction quasi documentaire sur la guerre d'Indochine. Le tournage est pénible pour l'équipe, lâchée dans la jungle. « J'ai imposé à tout le monde la vie militaire, dira le cinéaste. Un film sur la guerre ne peut pas se faire dans le confort. Tous les matins, nous nous levions à 5 heures et nous partions en expédition à travers la jungle. Nous étions ravitaillés par avion toutes les semaines. La pellicule était expédiée à Paris dans les mêmes conditions. De là-bas, on nous répondait télégraphiquement 'Bon' ou 'Pas bon'. » Cela donnera un des plus grands films de guerre de l'histoire de cinéma. Une œuvre sans équivalent, et surtout pas dans le cinéma hollywoodien. Il obtient le Prix du scénario au Festival de Cannes 1965.


En 1967, il réalise au Vietnam avec Dominique Merlin un film documentaire avec l'armée américaine, La Section Anderson, qui reçoit l'Oscar du meilleur documentaire 1968 et de nombreuses distinctions internationales. Pierre Schœndœrffer écrit, en 1976, le roman Le Crabe-tambour, qui obtient le grand prix du roman de l'Académie française. Il l'adapte pour le Cinéma. Pour réaliser le film Le Crabe-tambour, il tourne pendant sept semaines sur un navire de guerre, l'escorteur d'escadre Jauréguiberry, pendant l'hiver dans l'Atlantique nord. Sorti en novembre 1977, il reçoit trois Césars en 1978 (meilleur acteur, meilleur acteur dans un second rôle, meilleure photographie) et est nommé pour le meilleur film et le meilleur réalisateur. En 2003, il écrit L’Aile du papillonEn 2007, il se rend en Afghanistan, un demi-siècle après avoir découvert le pays aux côtés de Joseph Kessel, invité par le 1er régiment de chasseurs parachutistes (1er RCP), dont il est soldat de 1re classe d'honneur.

 

Le cinéaste et romancier Pierre Schoendoerffer est mort tôt dans la matinée de Mercredi 14 Mars 2012, à l'âge de 83 ans, des suites d'une opération à l'hôpital Percy, à Clamart (92).

 

 

 

Courtesy of AFP, Le Figaro.fr & 1000 Grands Hommes

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