Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "AMERICAN BLUFF"

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Synopsis :

 

"Entre fiction et réalité, 'American Bluff' nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 70. Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld, et sa belle complice, Sydney Prosser, se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso, de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito. Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn, pourrait bien tous les conduire à leur perte ..."

 

 

Critique :

 

Croches à la charlet', accords de bass, riffs de guitares ... "On n'escroque jamais un escroc", "L'art ne serait-il qu'une affaire de supercherie ?". C'est en ces termes que l'on pourrait résumer les enjeux de "American Bluff" ("American Hustle"), signé David O. Russell. Après "Fighter" et "Happiness Therapy", le cinéaste revient en ce début d'année avec une comédie dramatique sous fond de thriller politique se déroulant dans les seventies. 

 

A l'image (ou plutôt la séquence) du début d'"American Bluff", où le réalisateur nous donne le ton en filmant, en trois-quarts arrière, Christian Bale (méconnaissable) dans une salle de bain, seul face à un miroir, se posant méthodiquement et en temps réel divers postiches sur la tête. Puis, un plan serré sur le peaufinage de sa coupe de cheveux flambant neuve - savoir mentir, c'est tout un art ! La scène d'après, une dispute éclate entre Bale et Cooper dans la chambre du palace. L'intention du film est posée.

 

  On admire l'excellente interprétation des comédiens (Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jeremy Renner & Jennifer Lawrence), car il s'agit avant-tout d'un film sur l'amour des acteurs (l'art de se faire passer pour quelqu'un que l'on n'est pas - l'arnaqueur par excellence ? "Arrête-Moi Si Tu Peux" de Steven Spielberg). L'objet filmique surprend agréablement par la bonne calibration sur la longueur, du rythme des séquences (écriture et montage) et, notamment, ce parti pris de prendre le temps à l'image : de vivre, s'aimer, respirer en compagnie des comédiens - sorte d'emphase qui ravive le côté organique, vivant. Outre une brève allusion avec le récent "Trance" de Danny Boyle, on peut sentir un petit quelque chose de notre Nouvelle Vague mais également de Franck Capra et de John Cassavetes (mêmes si les méthodes de création ne sont pas identiques).


Paradoxalement avec le sujet traité, ce qui intrigue en visionnant le film c'est, à la fois, ce ressenti d'énergie et cette part de vérité dans la mise en scène - il n'y a pas de place pour le faux-semblant devant la caméra de O. Russell. Tel un hustler, le réalisateur s'évertue prodigieusement à tirer profit du moindre des éléments (décors, costumes, accessoires) et talents (acteurs et techniciens) mis à sa disposition, pendant plus de deux heures. Un tour d'illusion étourdissant.

 

J'irai plus loin que Serge Kaganski qui laisse entendre dans cette vidéo que David O. Russell prétend à se faire passer pour un faussaire cinématographique de Martin Scorsese. Or, dans le film, il est question de la reproduction à la perfection des tableaux de peinture - de sorte que l'on ne puisse pas différencier l'original du faux. Je ne partage pas cet avis, tout simplement, parce qu'il n'y a pas de similitudes claires et précises vis-à-vis de Martin Scorsese (Quel film ? Quelle séquence ? Quel dialogue ?). On peut parler d'hommage ou d'influence mais David O. Russell n'a pas chercher à faire un quelconque remake de quoi que ce soit de Martin Scorsese. En réalité, c'est bien plus astucieux que cela, c'est à nous, spectateur (et critique) qu'il nous pose la question : "On croît à ce qu'on veut bien croire." D'ailleurs, il ne s'agit très certainement pas de la vérité lorsque je vous précise tout cela - Dieu seul sait, en l'occurrence ici l'auteur.

 

L'avantage des films de David O. Russell est que l'on ne sait jamais d'avance ce qu'il va se passer le temps d'après (rebondissements scénaristiques et apparitions surprises). Et c'est ce qui en fait l'atout séduction premier, les enjeux sont tout autre comparé à une production hollywoodienne "classique". Du fond et de la forme, la recette miracle du septième art qui se solde généralement par un succès critique et publique. Car mine de rien, il y en a du fond et, au-delà la remise en question de l'art, de la politique, une interrogation se profile à l'issue des deux heures : "Et si les Etats-Unis étaient une nation peuplée de cinglés ?" Du plus haut de l'appareil de l'état (Jeremy Renner) à la ménagère de moins de 50 ans (Jennifer Lawrence), une nouvelle facette de ce pays dévoilée à travers le thème de la folie et que l'on peut relier à une trilogie - après les troubles bipolaires dans "Happiness Therapy" et les drames sociaux & familiaux dans "Fighter" - "Well ... Nobody's Perfect !"

 

Dernier aspect récurrent dans la filmographie de David O. Russell (et que l'on retrouve utilisé de la même façon chez Martin Scorsese ainsi que chez Quentin Tarantino), l'omniprésence de la musique, tel un personnage à part entière. Du Jazz (Duke Ellington) à la pop-folk de l'époque (America), en passant par la Motown (The Temptations) et le disco (Donna Summer), l'éclectisme des choix musicaux participe à la redécouverte nostalgique de cette Amérique historique des seventies. Fantastique.

 

En sortant de la projection, on comprend mieux l'enthousiasme des votants pour le film, lors des derniers Golden Globes (3 récompenses) ainsi que pour les prochains Oscars (10 nominations).

 

Un beau carré d'As, sans l'ombre d'un bluff.

 

Note : (4/5)

 


 

Courtesy of Metropolitan FilmExport

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