Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "GRAVITY"

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Synopsis :

"Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Le silence assourdissant autour d'eux leur indique qu'ils ont perdu tout contact avec la Terre - et la moindre chance d'être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d'autant plus qu'à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d'oxygène qu'il leur reste. Mais c'est peut-être en s'enfonçant plus loin encore dans l'immensité terrifiante de l'espace qu'ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre …"

 

Sortie (France - IMAX 3D) : 23 Octobre 2013

 

 

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a) Prélude :

 

Une claque ?! Non, pas vraiment. Disons plutôt un uppercut suivi d'un crochet du droit qui vous terrasse au sol. (Ding-Ding) "KO !" C'est en ces termes que l'on pourrait décrire l'expérience que vous procure le nouveau long métrage d'Alfonso Cuarón.  

 


b) Introduction à la critique :

 

Chèr(e) cinéphile, vous le savez plus que quiconque sur notre planète - nous étions parmis les seuls à attendre le film depuis plus de deux ans - "Gravity" fait parti de l'un de ces rares objets filmiques qui marquent l'histoire du cinéma, une expérience visuelle ET sonore à vivre pour ce quoi il a été conçu, c'est à dire le cinéma. Et, aujourd'hui on peut le dire : le résultat est à la hauteur de l'attente. Le film de l'année ?

 

Mais (car il y a un "Mais"), l'imaginaire et l'attente engendrant une certaine idéalisation du projet, une légère déception quant au fond et à la forme. On n'y revient un peu plus bas.

 

 

c)- Anecdote (je dois vous la raconter, c'est aussi ça le cinéma !)

 

Avant-première, Pathé Wepler (Paris) - Nous sommes le Mardi 24 Septembre 2013, il est 20h23. La séance s'apprête à débuter, je discute avec mon voisin de droite, Joel (qui s'occupe de la traduction et du sous-titrage de la version française du film). Et soudain, stupéfaction ("Quoi ?"; "Comment !"), Gaspard Noé est dans la salle (vrais reconnaissent vrais). Pire, il s'assoit le rang au-dessus de moi, l'hallu' ! Imaginez un instant l'abracadabrante pression durant la projection (rires). Surtout lorsque l'on sait de quoi est capable le lascar derrière une caméra et l'admiration qu'on lui doit. Une projection en Dolby ATMOS, d'ores et déjà, à marquer d'une pierre blanche. Les lumières s'éteignent, restons concentré et ne lâchons rien.

 



 

d)- Critique

 

"Gravity", septième long métrage co-écrit, co-produit et réalisé par Alfonso Cuarón. Film le plus attendu de l'année 2013 avec "Man Of Steel" de Zack Snyder (le distributeur Warner Bros. fait décidément très fort). 5 années de fabrication, 105 Millions de dollars de budget (qui en a déjà rapporté 300 Millions à travers le monde), durée 90 minutes.

 

Voilà pour un premier cernement de l'ambitieux projet. A ma sortie de projection, je tweetais ( @planetecine) à propos du film :

 

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"Gravity" est ce que j'appelerai un survival concept. D'une part, l'histoire, qui tient sur deux lignes, suit deux protagonistes dérivant dans l'espace et devant lutter pour survivre et d'autre part, en terme de réalisation pure, il s'agit d'un exercice de style dont nous détaillerons les specifités plus tard. La trame scénaristique du film est somme toute assez classique pour ce genre de film, construite en progression continue avec des rebondissements et assortie d'un climax attendu. Ce qu'il faut saluer c'est d'abord le casting et la génialissime performance des acteurs, George Clooney et Sandra Bullock. Celle qui va formidablement incarner la survie et tenir en haleine, avec habileté et charme le spectateur durant 1h30. Le tout magistralement mis en scène par Alfonso Cuarón, qui nous embarque à bord de l'un des thrillers SF les plus opressants et ultra-réalistes qui soient. 

 

Zoomons, sur l'un des aspects les plus intéressants dans le travail du cinéma d'auteur, des cinéastes mondiaux : l'évolution du travail de l'artiste à travers son oeuvre. Au-delà le style, et comme vous le savez très certainement, il y a des redondances thématiques et artistiques qui forgent la marque de fabrique d'un auteur. Pour la filmographie d'Alfonso Cuarón, la plus évidente (en plus de la prédominance des thèmes de la survie et l'amour quasi contemplatif pour la femme) s'avère être la technique du plan séquence : "scène (unité de lieu et de temps) filmée en un seul plan qui est restituée telle quelle dans le film, c'est-à-dire sans montage (ou interruption de point de vue avec plan de coupe, fondu, volet et champ-contrechamp)". Je ne pense pas me tromper en affirmant que même si Cuarón commence à envisager l'utilisation du plan séquence dans ses premiers films, et notamment "Y Tu Mamá También" ("Harry Potter Et Le Prisonnier d'Azkaban" étant un film de commande), la véritable origine de l'allitération visuelle du cinéaste remonte au court métrage, réalisé dans le cadre du long métrage collectif, intitulé "Paris, je t'aime". J'en fais allusion ici, car j'ai eu la chance d'y faire de la figuration (garçon de café) et d'assister, par la même occasion, au tournage. Tournage qui a entièrement été réalisé en steadicam, et qui dure le temps du plan séquence : un court séquence en quelque sorte. 

 

 

 

 

Quelques mois plus tard (en réalité plus d'un an), Alfonso Cuarón signe, selon moi, son véritable chef-d'oeuvre - so far : "Les Fils De L'Homme". Immense film d'anticipation et drame, où le plan séquence sert d'une part, à magnifier la réalité de la narration et le propos du film et, d'autre part, bouleversera à jamais la technique cinématographique. Des expériences du plan séquence plus que concluantes, dans la lignée des inventions de prises de vues dignes de Stanley Kubrick. En effet, les diverses propositions du plan séquence (vécues telles des surprises par le spectateur), exposées par le réalisateur mexicain dans "Les Fils De L'Homme", étaient d'autant plus époustouflantes, qu'elles n'étaient ni attendues, ni annoncées. Je me souviens encore découvrir, bouche bée, sur grand écran, l'extrait ci-dessous.

 

 

 

 

Avec "Gravity", Alfonso Cuarón enfonce les clous et s'affirme comme le plus ingénieux des réalisateurs du plan séquence de toute l'histoire du cinéma. La caméra est transcendantale. Contrairement à son précédent long métrage, ce que l'on peut reprocher, c'est la façon dont le film nous a été vendu. Ce côté très (trop) commercial (blockbuster ?) et prévisible (nombreux extraits en ligne), qui gâchent l'effet escompté mais qui va sans nul doute asseoir la célébrité du cinéaste et, bien évidemment, lui permettre de glaner au passage quelques prestigieux prix (et c'est tant mieux !). Mais, n'oublions pas que la part du mystère est essentielle au cinéma. Aussi, je souhaiterai faire remarquer que beaucoup font référence, à défault, à "2001, l'odyssée de l'espace" (lien au space opera) alors qu'il serait plus judicieux de le comparer à "Shining" (le traitement de l'angoisse et l'atmosphère qui y règne). Ceci étant dit, l'espace tout comme le palace Overlook est un personnage à part entière du film. La séquence qui suit me rappelle un certain petit Danny livré seul, face à lui-même ... 

 

 


 

Deux autres aspects techniques essentiels à évoquer, le travail incroyable des effets spéciaux et du son. Pour résumer en une phrase, il y a encore quelques années de cela rien de ce que l'on voit dans "Gravity" n'aurait pu être techniquement possible. La grande réussite du film  c'est d'avoir su faire passer des émotions par le biais de la technologie actuelle. L'intégralité des effets spéciaux ont été réalisés en studios (Pinewood, Shepperton Studios), à partir d'un cube géant, avec des systèmes de harnais et de poulies pour reconstituer l'effet d'apesanteur. Puis, les prises de vues réelles ont été retravaillées en images de synthèse, notamment l'expression des visages dans les casques. Autre point fort du film, la bande son : le sound design et le mixage du film. Nous l'avions déjà évoqué sur le site, lors d'une interview vidéo de Skip Lievsay. La problématique étant : comment retranscrire le silence spatiale au cinéma ? La projection à laquelle j'ai eu l'honneur d'assister comprenait la dernière technologie hybride de reproduction du son surround ATMOS, mise au point par les laboratoires Dolby - que je vous conseille grandement d'expérimenter (il n'y a que deux salles qui le propose en France : Paris 'Wepler' & Bordeaux 'Mégarama'). En parlant de verticalité et d'horizontalité du son, la BO du film, composée par Steven Price, est très ancrée au film et rajoute une dimension sonore épique, donnant encore plus de relief à l'image (notamment lors de fortissimo, rythmé en point d'orgue - cf. "A Day In The Life", The Beatles).


Mais alors, malgré toutes ces qualités, pourquoi une note de 4,5 et pas 5/5 ?

 

Un chef-d'oeuvre dans tout ce qu'il y a de SF : OK. Des plans séquences inédits : OK. Des effets spéciaux bluffants : OK. Une bande son, un sound design & un mixage sonore soigné et hors du commun : OK. En revanche, je suis beaucoup plus réservé sur le rendu de la 3D. Je ne suis pas du tout d'accord avec ceux qui proclament que la 3D est la vraie réussite du film et que nous avons affaire à une révolution en la matière. Il est, certes, vrai qu'il s'agit objectivement d'une immersion dans l'espace, combinée à l'IMAX, comme jamais vu auparavant mais ... ça s'arrête là. Il n'y a aucunes prises de risques, d'inventivité propre à l'art cinématographique dans l'utilisation qu'en fait le cinéaste. Pour tout vous avouer, j'ai été déçu par la 3D à plusieurs reprises, car c'était l'un des points sur lequel j'en attendais énormément (la combinaison du plan séquence et du relief, le tout repensé et retravaillé en images de synthèse et en IMAX). Effectivement, à aucun moment on ne voit de personnages ou d'objets sortir de l'écran pour arriver sur le spectateur par exemple (très brièvement, des débris lors d'explosions). Alfonso Cuarón en avait la possibilité à maintes reprises (lors du premier plan séquence, j'ai cru un instant que l'un des astronautes allait sortir de l'écran, qu'une trame narrative, de l'action, hors de l'écran allaient jaillir) mais à aucun moment il ne saisit l'opportunité de jouer avec la gravité en 3D et de vraiment s'en délecter. Je pense devoir mettre cela sur le coût de la production. Profitons d'ailleurs de l'occasion pour clarifier la situation sur mon idée des films en 3D. Pour m'être refait en salle et en Blu-ray 3D les gros titres des films en relief (années 2000-2010), mon TOP 5 est le suivant :


1- "Avatar", de James Cameron (indétronable ... jusqu'à quand ?),

2- "Hugo Cabret", de Martin Scorsese (Méliès et l'imaginaire en relief),

3- "L'Extravagant Voyage Du Jeune Et Prodigieux T.S. Spivet", de Jean-Pierre Jeunet (usage le plus astucieux avec les petites histoires qui font l'histoire du film),

4- "L'Odyssée De Pi", de Ang Lee (approche plus artistique, par touches),

5- "Le Hobbit : Un Voyage Inattendu", de Peter Jackson (recherche technique et pertinence de l'utilisation en 48/IPS).

 

C'est à dire que la 3D de "Gravity", je n'arrive tout simplement pas à la caser dans mon ... TOP 5 ! L'une des raisons étant peut-être que le film n'a pas été tourné nativement en 3D (en Arri Alexa) mais reconstitué en postproduction. A démesure cinématographique, démesure critique. Premier quart de point en moins. L'autre quart de point revenant à des défaults de transpositions réalistes (minimes), comme par exemple les reflets des casques qui devraient logiquement être recouverts d'une couche spécifique (ne laissant pas découvrir les visages des astronautes).

 

 


 

Je ne sais pas si beaucoup en ont parlé ailleurs, mais ce qui marque le plus en ayant vu le film c'est bien évidemment l'espoir, la puissance de l'espoir qui peut règner en chacun d'entre nous. La foi, non pas religieuse, mais la très forte confiance que peut générer l'être humain lorsque celui-ci doit faire face à sa propre survie. Ryan Stone est la magie de l'esprit, et par sa foi, elle triomphe de tout. Il y a quelque chose, à la fois, de très scientifique (à la limite de l'observation documentaire), psychologique (l'étude des comportements) et profondément providentiel (hallucination divine) dans "Gravity". Aussi, l'une des belles intentions du film est de prendre du recul et montrer au spectateur la totalité de la planète sur laquelle on vit, la Terre. Non seulement en tant que planète, les images du corps céleste orbitant depuis l'espace sont magnifiques mais également en tant que lieu abritant la Vie : gorgée d'eau (planète bleue), d'oxygène, de nature, d'animaux, de musique (on entend une sorte de samba à un moment il me semble) ... Bref, un ressenti (hymne ?) qui nous fait prendre conscience de l'existence de quelque chose de tellement unique, qui laisse penser que finalement le paradis est probablement bien sur Terre.

 

Note : (4,5/5)

 

 

 

Courtesy of Warner Bros. France, 20th Century Fox France, Wild Bunch Distribution, La Fabrique De Films & UIP

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