Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "L'ODYSSEE DE PI"

odyssee de pi

 

 

Synopsis :

 

"Après une enfance passée à Pondichéry en Inde, Pi Patel, 17 ans, embarque avec sa famille pour le Canada où l’attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d'un canot de sauvetage. Seul, ou presque... Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale est aussi du voyage. L’instinct de survie des deux naufragés leur fera vivre une odyssée hors du commun au cours de laquelle Pi devra développer son ingéniosité et faire preuve d’un courage insoupçonné pour survivre à cette aventure incroyable."

 

Sortie (France - 3D) : 19 Décembre 2012

 

 

Critique :

 

Le film commence joliment, niaisement, et il est d'abord très mauvais. Avant de rentrer dans l'action, la vraie, il nous faut supporter un générique interminable et criard ressemblant à un documentaire animalier, et trente minutes de gloubiboulgas superficiellement religieux, semblant monté avec les pieds par un aveugle manchot... C'est ça, le chef-d’œuvre d'Ang Lee ? On voudrait être indulgent, parce qu'on l'aime bien, le monsieur, et parce que la 3D est jolie, et qu'au fond, on est venu pour ça. Pour voir des belles images, la mer, et un tigre. Mais une question se pose : ce film est-il une daube ?

 

Pardon. Le film me coupe. Nuages. Tonnerre. Caméra qui se balance, glisse sur l'eau, se frappe contre des murs dans d'immenses fracas. C'est la scène du naufrage et elle est tragiquement belle. Au milieu de l’esbroufe, Ang Lee va chercher, pour la première fois du film, une véritable poésie, belle à pleurer : un homme, au fond de l'eau, qui regarde, dos à nous, le bateau, portant sa famille entière, sombrer et s'échouer. Le plan est long, magnifique, sans musique, presque contemplatif. On pourrait y entendre le battement d'un coeur, un cri interieur qui résonne à travers l'eau. On ne voit pas le vidage du garçon, juste son corps qui se débat. Et l'océan, l'océan qui l'enveloppe et l'enveloppera encore longtemps. On entend un silence. Une respiration parmi les fracas. On y voit la beauté, tout simplement.

 

Parce qu'il cherche sans arrêt à trouver l'étincelle intimiste, la naïveté perdu d'un cinéma cynique, la poésie surgissant du rien, au milieu de ce concert d'effets numériques, que Ang Lee réussit un film essentiel. Un film qui se débat, se moue, de se défile, sans s'arrêter, pour tenter de nous dire la beauté du monde, du souvenir des choses disparus. Parce que son discours, religieux, social, d'abord maladroit, s'avère d'une grande cohérence, que soudain tout se lie, se rejoint, se tisse en un fil qui nous est perpétuellement tendu, jusqu'à la fin.

 

Parce qu'il se pose là, tout près, de nous, des autres, entre la vie et le rêve, le corps et l'esprit, pour nous redire ces choses si belles, ces choses si belles qui viennent de l'enfance. Ces choses si belles que l'on sait déjà, et que l'on aime redécouvrir, avec Pi et ce tigre, seuls au bord de la mort. Tout ici, de ces reflets magiques qui noient la mer de ciel à ces suricates nombreux errant dans la nature mortelle, ces baleines qui émergent d'un océan de lumière à ces silhouettes d'animaux qui hurlent au crépuscule, sont là pour ne clamer qu'une chose : Dieu existe, celui du cinéma. Naïf, on nous dira. Sans abandonner les soubassements complexes et torturés de son œuvre, de la naïveté, Ang Lee s'en réclame. Et s'en sert pour nous dire que oui, le cinéma, ça peut être ça, parfois. Ça vit, ça respire, ça file et ça se meure, dans un dernier plan sublime d'une jungle qui enfle. Il y a, dans ce tableau du monde tel que le rêve ceux qui croient, quelque chose d'imparfait. Et c'est sans doute ce que lui accorde, définitivement, sa saveur, sa beauté, sa douleur infinie.


 

 

Remerciements à Lilian (http://mon-ptit-blog-cine.over-blog.com)

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