Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "LE MAGASIN DES SUICIDES"

Le magasin des suicides

 

 

Synopsis :


"Imaginez une ville où les gens n’ont plus goût à rien, au point que la boutique la plus florissante est celle où on vend poisons et cordes pour se pendre. Mais la patronne vient d’accoucher d’un enfant qui est la joie de vivre incarnée. Au magasin des suicides, le ver est dans le fruit …"


Sortie (France – 3D) : 26 Septembre 2012



Critique :


C'est sur la voix de Trenet chantonnant "Y'a d'la joie" que le film commence. Et, c'est dès cet instant très drôle. Suit une plongée vertigineuse dans la ville glauque où se déroule l'action. On y voit les regards vides des passants et leur visage figé. On y sent la mauvaise odeur du désespoir traversant l'épais filé de pollution. Les voitures enfermées dans la prison des embouteillages, et les piétons qui attendent que le feu devienne rouge pour traverser ... Et trépasser. Puis, entre très vite le tout premier personnage : un petit pigeon grisouille et plein de cernes. Silencieux. Triste. Perturbé dans son vol par les cadavres qui tombent, les bruits incessants des voitures qui klaxonnent, et des revolvers qui tirent. Le film est à peine entamé que la question, déjà, se pose : "si même les pigeons ne roucoulent plus la vie, se laissent mourir désespérément du haut des lampadaires éteints, alors que faire ?"


La réponse ne tarde pas : "tout ténèbres possèdent leur petite lueur, caché dans un coin sombre de notre champs de vision, et cette lueur pour nos prochains regrettés, c'est le Magasin des Suicides, entreprise familiale, marchant du tonnerre, vendant tous les jours plus de milles produits, tous plus inventifs et innovants les uns les autres". Car le but de la boutique est clair : "chez le magasin des suicides, on est mort ou remboursé". Elle est tenue par Mishima, charismatique vendeur dont le produit préféré est le "Seppuku", vulgairement appelé par les contemporains "Hara-Kiri", une épée tranchante qui vous pénètre comme dans du beurre; sa femme Lucrèce qui s'occupe de la caisse et leurs gosses : Vincent et Marylin, comme Van Gogh et Monroe (Deux suicidés célèbres), chargés de suivre les clients jusqu'à la fin de leur chemin pour voir si au cas où un produit ne fonctionnerait pas. On a oublié personne ? Si, Alan. Le cadet et la honte de la famille : la joie de vivre incarnée. La voix douce, le teint éclairé par les rares lueurs de l'optimisme banni. Il n'a qu'un seul objectif : "faire ressurgir la vie dans ce monde quasi-mort".


Le pitch est énorme. Il est signé Teulé, dont le génial livre du même nom avait le goût des plus beaux délices amers. Si la friandise passée sous pellicule conserve moins bien son éclat intensément noir, il émerge, de ce petit magasin devenu film, de savoureux gags visuels que seul l'animation permet. Tant pis si le cinéaste semble avoir oublié les plus beaux gags du bouquin d'origine (où est l'hilarante et touchante séquence du Death Kiss ?! La pomme d'Alan Turing ?), de même que sa sombre poésie du désespoir, car les graphismes inspirés sont à tomber et c'est bien là la définition de l'adaptation livre/film : passer le seuil de l'image tout en faisant travailler encore (et même plus) l'imagination du spectateur. De ce côté là, le pari est gagné : la pollution, les clairs obscurs au feutre noir, les visages minés des clients du magasin et en guise de point d'orgue soulignant le proverbe "Minuit, l'heure du suicide", qu'on ne vous racontera pas - tout est esthétiquement magnifique.


Le reste est plaisant, mais plus discutable. Le roman, sous ses airs de farce impertinente, se révélait être une bien plus profonde réflexion sur le mal-être des gens, la solitude de l'adolescence, le désespoir. Le long-métrage, de son côté, ne garde que les deux trois lignes du postulat de départ, en transforme la fin et rajoute de nombreuses chansons plus ou moins réussies (mais souvent répétitives). Le fond est donc quasiment absent et certains regretteront sans doute l'apparente superficialité des personnages et le côté lisse de l'intrigue, mince, s'il en est. Mais si Leconte utilise ce principe d'épuration narrative et émotionnelle, ce n'est pas, comme on pourrait le croire, pour se rapprocher à tout prix d'un côté cartoon (axé sur les capacités physiques et uniquement cela des personnages), mais pour faciliter l'immersion dans ce qui se veut être ni plus ni moins, qu'un conte. Simple, mais pas facile : certains confondent. Et modeste. Où la légèreté se noie dans le cynisme, à la finalité bien-pensante, mais savoureuse car assumée. Voilà. Pas d'autres prétentions pour ce magasin là. Si ce n'est que célébrer la beauté de la vie entre les images magnifiques de cette constante fête des morts. C'est tout, rien de plus et c'est déjà pas mal.

 

 

 

Remerciements à Lilian (http://mon-ptit-blog-cine.over-blog.com)

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