Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "MANIAC"

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Synopsis :

 

"Dans les rues qu'on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d'une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l'aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée - celle qui le pousse à traquer pour tuer."

 

Sortie (France) : 02 Janvier 2013

 

 

Critique :

 

En cette période de vague de remake qui n’est pas prête de s’arrêter en 2013 ("Evil Dead", "Massacre à la tronçonneuse" …) certains se sont démarqués par leur médiocrité ("The Omen", "The Fog") tandis que d’autres nous proposaient une relecture de l’original des plus intéressantes et c’est le cas pour les films d'Alexandre Aja.

De "Piranha 3D" en passant par "La Colline A Des Yeux", le réalisateur a compris que remake ne veut pas dire copié-collé mais plutôt insuffler quelque chose de nouveau qui manquait à l’œuvre originale.

C’est donc le cas ici avec ce remake de "Maniac" où l’action ne se passe plus dans un New-York poisseux des années 80 mais dans un centre de Los Angeles méconnu qui, à la nuit tombée, se vide pour laisser place aux créatures des bas-fonds de la Cité des Anges.

Pourquoi  New York ? Lors de sa masterclass à laquelle j’ai pu assister, Alexandre Aja précise que le New York actuel qu’il qualifie avec humour de "Disneyland" n’avait plus lieu d’être dans "Maniac" : trop propret pour cacher un tel serial killer.

Autre nouveauté pour le film, la vue en subjectif qui nous met dorénavant à la place d’un serial killer pour le meilleur et surtout pour le pire. Volonté de vraiment se démarquer de l’original, le tueur baraqué du film des années 80 laisse sa place au fluet Elijah Wood qui nous avait déjà fait part de ses talents de détraqué dans "Sin City".

Voilà pour les grands changements avec l’original pour la suite, je vais me contenter de ne parler que du remake n’ayant pas vu le premier film (honte à moi je sais je vous ai dit je n’aime pas la concurrence…). Allez, on commence !

"Maniac" est avant tout un film qui, dès la première scène d’ouverture choc nous met directement dans l’ambiance. Une ambiance poisseuse, malsaine amplifiée par la vue à la 1ère personne qui ne nous offre aucune échappatoire. On assiste impuissant aux meurtres aussi sanglants qu’immoraux tels des témoins captifs des yeux d’Elijah Wood.

Le film gagne donc en puissance avec cette caméra subjective qui film tout sans nous épargner les moindres détails (vomi dans les toilettes, malaises du tueur presque psychédélique …).  Les meurtres quant à eux sont vraiment criants de réalisme avec un mélange de bons vieux maquillages et d’images de synthèse le résultat est bluffant et nauséeux un peu à l’image du personnage lui-même. Car en effet, avec cette caméra intrusive on se surprend à éprouver de l’empathie pour ce tueur impitoyable. L’enfance de Frank est introduite par des bribes de souvenirs où on apprend que sa mère a créée un monstre détruit par la peur. Cette peur viscérale chez lui d’être abandonné ou mal-aimé ainsi que l’amour physique qui lui est impossible d’assouvir puisque dès que l’occasion se présente, c’est un autre besoin qu’il doit contenter, une soif de sang qui le rend à la fois malheureux et en même temps plus proche de cette mère indigne dont il ne cessera de chercher avec désespoir son amour maternelle.

Grâce à ces flashs et à cette caméra, on arrive à ressentir la détresse de ce personnage prisonnier de son amour qui au final, n’est jamais partagé. La scène finale est magnifique, révélant les craintes de Frank qui se transformera en ce qu’il a toujours chéri.

Pour revenir aux scènes de scalps, elles parviennent à nous horrifier à la fois par les effusions de sang omniprésentes mais aussi par l’impossibilité de détourner les yeux ou de fixer autre chose, on est littéralement à la place de Frank, obligé de subir jusqu’au bout ce fétichisme macabre.

Pour moi, la scène qui représente le mieux le film est celle où Frank est filmé dormant à côté de ses mannequins à la chevelure scalpée. On suit alors le monologue du tueur qui se parle à lui-même pris par cette folie qui lui fait croire que ses mannequins sont de chair et d’os. La solitude du serial killer est bercée par une espèce de mélancolie qu’on retrouve dans la musique sublime du film. Des notes de romantisme musicales qui contrastent avec la bestialité et l’inhumain.

Enfin, pour les acteurs, on ne peut que saluer la prestance d’Elijah Wood qui, même si on le voit très peu, nous hypnotise avec sa voix mi-ange, mi-démon. Cette voix envoûtante qui va nous guider tout au long de sa chasse sanglante.

Le personnage de Nora Arnezeder apporte une touche de féminité même si son jeu est loin d’égaliser notre Frodon. On ne partagera que très peu sa détresse, le but du film étant de délaisser les victimes pour s’occuper uniquement du point de vu du bourreau.

"Maniac"est donc un bon remake qui colle à la peau. Poisseux, dérangeant, on reste quand même attaché, malgré nous, à ce personnage de tueur grâce à une vue subjective bien maitrisée et nerveuse.

Se démarquant de l’original, ce remake a réussi à trouver sa propre voie dans les rues malfamées d’un Los Angeles à l’abandon. Un film qui devrait vous faire réagir soit par répulsion soit par une attraction malsaine voulue par le réalisateur. Une nouvelle réussite pour Alexandre Aja qui, même à la production, confirme sa maîtrise du remake. Un dernier conseil, si vous vous promenez dans la rue mesdemoiselles, cachez vos cheveux Frank n’est jamais bien loin …

 

 

 

Remerciements à "Votre dévoué Freddy" (Le Cinéma de Freddy)

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