Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "NOÉ"

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Synopsis :

 

"Oscar® du meilleur acteur, Russell Crowe est Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde ... n’est que le commencement."

 

Sortie (France) : 09 Avril 2014

 

 

Critique :

 

Avant toute chose : "Noé" n'est pas le plus mauvais film de Darren Aronofsky, il s'agit de son premier film de commande hollywoodien. Nuance.

 

Et on le constate tout d'abord, par sa promotion massive et internationale : Berlin, Mexico, New-York, Londres, Paris ... Même le Vatican a été sollicité par Russell Crowe pour découvrir le film, c'est dire ! "Noé" ne s'impose pas de lui-même, comme nous l'a si bien habitué l'auteur new-yorkais avec ces précédents longs métrages. Non, il s'agit d'une sensationnelle machine de paix (ou à sous), servie par un brillant casting sous un déluge d'effets spéciaux, propulsée par la Paramount et que l'équipe du film se doit de présenter à travers les quatre coins de la planète. Il est bien loin le temps du bouche à oreille révélant le jeune étudiant Aronofsky, passant d'un underground (limite expérimental) "Pi", à de plus consistants "Requiem For A Dream" & "The Fountain", en finissant par les succès critiques et publics de "The Wrestler" et "Black Swan".

 

Les fans de la première heure étant prévenus, "Noé" n'est pas totalement dénué d'intérêts, loin de là. Les interprétations de l'ensemble du casting sont jubilatoires et transcendantes, aussi bien dans l'austérité que dans la simplicité du jeu de Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson, Ray Winstone & Anthony Hopkins - peut-être l'unique intérêt de ces 138 minutes de grands spectacles, aux fausses allures de péplum. La trame dramatique du film épouse fidèlement la version BD dont est adaptée le long métrage. Ce qui se révèle aussi intéressant lors de la projection, c'est la découverte du traitement que Darren Aronofsky va proposer aux spectateurs d'un texte Biblique remixé à la sauce 'film de commande' - une expérience cinématographique en soit. La réitérera t-il ? Plutôt mystique que véritablement religieux dans l'approche de son sujet, "Noé" offre une vision humaine, moderne et singulière de la Bible - à l'image des "Vigies", anges déchus empêtrés dans la roche.

 

Passons le débat religieux (et ses nombreuses polémiques), qui n'est pas de notre domaine, et intéressons-nous aux choix de mise en scène et de production.

 

Le grand regret du film : l'Arche de Noé. Oui, car on parle bien de ce fameux navire titanesque construit sur l'ordre de Dieu. La structure sacrée et légendaire par excellence, genre à côté le Phare d'Alexandrie c'est du pipeau. En elle-même d'abord, on ne la voit pas - on me demanderait de la représenter sur un papier que je ne saurai pas. On sait simplement qu'elle est fabriquée en bois. C'est vrai qu'après tout, on peut s'en passer, c'est d'une banalité tellement affligeante ... Que diable Darren, vous qui avez une approche des chiffres et de la géométrie dans votre cinéma, montrez-nous l'architecture de cette Arche, l'espace, ces formes, sa conception, l'agencement des extérieur et des intérieurs ! En plus, comme tout est filmé en clair-obscur, avec très peu d'exposition en lumière naturelle et les séquences très découpées au niveau du montage, on ne voit absolument rien de ce qui aurait du être l'un des personnages principaux du film. Revoyez "Mon Oncle" de Jacques Tati !

 

Ajoutons à cela l'ensemble des espèces animales de la Terre, car oui l'Arche de Noé, à la base, a été conçue comme un refuge ex situ servant à sauver d'une part "Noé" & sa famille (ses trois fils ainsi que leurs épouses) et, d'autre part, toutes les espèces animales d'un déluge. Sans exagérations, aucunes, il doit y avoir une bonne demi-douzaine de plan d'attroupements de bêtes affolées avant l'embarquement dont on ne saurait reconnaître les spécimens et, par ailleurs pas terriblement bien conçus en images de synthèse (s'apparentant aux animaux dans "Je Suis Une Légende"). Et puis ... Fin. Bon, vite fait ensuite, dans la nuit, on aperçoit des crinières de je-ne-sais-quoi et on entend quelques cris. C'est-à-dire que les bêtes sont là mais on ne nous les montre pas, on ne sait absolument rien de comment s'est déroulé la cohabitation entre Noé, sa famille et l'intégralité des espèces animales de la planète. Sur ce point c'est totalement bâclé alors qu'il y avait matière à faire. Je sais bien que malheureusement, la plupart des "réalisateurs" se foutent pas mal de la filmographie de leurs confrères, mais pas vous Darren, je n'ose le croire ! Laissez-moi quand même vous rappeler que l'an dernier, on a eu le droit à une certaine "Odyssée de Pi", signée Ang Lee (qui était d'ailleurs venu présenté son film à Paris, lui) et qui au passage a remporté un petit Oscar du meilleur réalisateur (et des meilleurs effets spéciaux) pour la prouesse technique d'avoir su nous convaincre, à l'image, d'une cohabitation Homme/Animal dans une chaloupe. Si vous voulez, on le voit ensemble, j'ai le Blu-Ray en 3D à la maison. Tiens, d'ailleurs, on pourrait se demander pourquoi "Noé" n'ait pas été conçu en 3D ?

 

Mes bien chers frères, mes bien chères soeurs, on est finalement assez loin du miracle promis car tout cela manque cruellement d'âme. Peut-être était-ce une volonté de la part de Darren Aronofsky de vouloir coller au plus près du personnage de Noé ? Dans tous les cas, le projet n'est pas à la hauteur de l'audace dont il aurait du faire preuve. Bien que "Noé" soit globalement un objet filmique (ou industriel) abouti, cette sixième oeuvre ne se révèle pas indispensable à la filmographie du cinéaste. À découvrir, cependant, pour les plus curieux et cinéphiles d'entre vous.

 

Note :   (2.5/5)


 

 

Courtesy of Paramount Pictures France

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