Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANÈTE CRITIQUE : "PALO ALTO"

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Synopsis :

 

"Piégés dans le confort de leur banlieue chic, Teddy, April, Fred et Emily, adolescents livrés à eux-mêmes, cherchent leur place dans le monde. Ils ont soif de sensations fortes et testent leurs limites. L’alcool, les drogues et le sexe trompent leur ennui. Ils errent sans but dans les rues ombragées de Palo Alto incapables de voir clair dans le tourbillon confus de leurs émotions. Sauront-ils éviter les dangers du monde réel ?"

 

Sortie (France) : 11 Juin 2014

 

 

Critique :

 

"Palo Alto" est une riche enclave de Californie du Nord (Silicon Valley), située dans le comté de Santa Clara au sud de la péninsule de San Francisco. "Palo Alto" est également le premier long métrage de Gia Coppola, fille de Gian-Carlo Coppola, nièce de Sofia Coppola et petite fille de Francis Ford Coppola. L'arbre généalogique étant établi, intéressons-nous de plus près à ce projet cinématographique, librement adapté d'un recueil de nouvelles du même nom, signé du comédien James Franco (Michel Lafon, 2011).

 

Pour la petite histoire, ce dernier n'envisageait pas de porter sur grand écran ses récits. Un scénario original fut alors tiré du roman par Gia Coppola, sur les conseils de James Franco : "Contente-toi d'écrire les scènes, n'essaie pas de rédiger les dialogues tout de suite, tu les ajouteras après". À bien des égards, le scénario et le travail de l'adaptation cinématographique de "Palo Alto" est l'intérêt premier de ce film. À commencer par la vision féminine d'anecdotes masculines.

 

  Car comme toutes premières oeuvres qui se respectent, il y a des défaults - minimes, je l'accorde. Notamment, dans la justesse ou facilités de certains cadrages (découpage technique, story-board ?), de ralentis pas forcèment justifiés et de rythmes syncopés (montage). Toujours à propos de la forme, on note de troublantes ressemblances, avec une bonne partie de la filmographie de Tante Sofia - notamment "Virgin Suicides", "Somewhere" & plus récemment "The Bling Ring". La prédominance intimiste de l'oeuvre, le dispositif de création, la lumière et le cadre, etc. On remarque ainsi l'importance du premier plan, sinon essentiel dans la filmographie Coppola et qui résume à lui seul l'intention du film. Rappelons-nous, par exemple, du premier plan de "Somewhere" (une Ferrari qui fait des tours de circuit) et celui de "Palo Alto" (une voiture arrêtée sur un parking avec des jeunes à l'intérieur), deux plans séquences fixes, de durées et de contextes différents mais qui ont en commun de nous annoncer la tonalité et condenser le propos du film. Un propos qui se confirme très rapidement par l'absence à l'image, d'adultes ou plutôt de la non représentation de l'éducation censée être inculqué aux jeunes par les parents et, qui explique d'ailleurs les "dérives" sociales de ces adolescents, de ces familles. Une critique acerbe en faveur de cette jeunesse livrée à elle-même, vivant au beau milieu de ces banlieues dortoires, situées dans ces infinies agglomérations étasuniennes.

 

"Palo Alto" s'inscrit dans la lignée de ces teen movie indépendants/undergrounds, ponctués par certaines fulgurances - qui ne sont pas sans rappeler les univers formels d'un Gus Van Sant ("Elephant", "Last Days"), d'un Larry Clark ("Kids", "Ken Park"), d'un David Lynch ("Twin Peaks", "Mulholland Drive") ou même d'un Michel Gondry ("Eternal Sunshine Of The Spotless Mind", "La Science Des Rêves"). À la différence près, qu'il s'agit ici d'un parti pris radicalement féminin, à commencer par le personnage principal de April (Emma Roberts). 

 

Dans le dossier de presse, référence est faite à "Outsiders" de papi Francis, et force est de constater que le casting de "Palo Alto" repère effectivement ce qui pourrait s'avérer être les Matt Dillon et Tom Cruise de demain - en l'occurrence Nat Wolff, Jack Kilmer, Zoe Levin et Emma Roberts. Une agréable surprise donc, et un coup de coeur pour l'interprète principale, qui n'est pas s'en rappeler la sympathique frimousse d'une cinéphile qui a déjà participé à la rédaction de critiques sur "Planète Cinéphile", on pense à une certaine Bobine Sélective. Ne voyez aucun lien avec le buzz fait autour du film ...

 

"Palo Alto", il est vrai, s'apparente à du Sofia Coppola et l'on ne peux pas faire comme si ce rapprochement n'avait pas lieu d'être, puisqu'il s'agit de la tante de l'auteur. Aussi, la démarche artistique de Gia Coppola déroute, dans le fait qu'elle affirme toujours expérimenter alors qu'elle est censée être déjà passée par la réalisation de courts métrages - la recherche d'une "patte" est davantage appropriée au format court qu'au long, à moins de parler d'un autre type d'Art (expérimental ou plastique, ce qu'il ne semble pas être le cas). Ceci étant dit, "Palo Alto" est une oeuvre tout à fait honnête et cohérente, tant dans ces choix de mise en scène que dans son propos. Mention spéciale pour la bande son du film créée par Richard Beggs ("Apocalypse Now", "Lost In Translation"), et en particulier la bande originale, sorte d'extase auditive, composée par Dev' Hynes (A.k.a. "Blood Orange") & Robert Schwartzman. Puis, si vous aimez les histoires relatives à la Californian' Way Of Life, les thématiques autour de l'adolescence, l'amour du cinéma de la famille Coppola et les interprétations de James Franco, "Palo Alto" se révèlera en quelque sorte incontournable.

 

Note : (3/5)

 

 

 

Courtesy of Pathé Distribution

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