Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "TRANCE"

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Le mois dernier, j’ai eu l’honneur d’être invité dans les locaux de Pathé France pour découvrir en projection presse le nouveau chef-d’oeuvre de Danny Boyle, intitulé "Trance". Après les cultissimes "Petits Meutres Entre Amis" & "Trainspotting" (écrits par le même scénariste John Hodge), après le multi-oscarisé "Slumdog Millionaire" et son récent "127 Heures", le cinéaste anglais s’intéresse cette fois à l’histoire de Simon (interprété par James McAvoy) commissaire-priseur, expert dans les œuvres d’art, qui se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck (incarné à l’image par Vincent Cassel) engage alors une spécialiste de l’hypnose (la comédienne Rosario Dawson) pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon.

 

Confortablement assis dans le fauteuil, les lumières s’éteignent, le projecteur s’allume et la "Trance" débute sans prévenir, sans fondu - ni effets techniques, plongeant le spectateur que vous serez, d’emblée de jeu dans le feu de l’action – à ce niveau, l’œuvre conceptuelle fonctionne à merveille. Paradoxalement chers amis, je dois bien vous avouer que j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans la première partie du film (correspondant à la première demi-heure) – je pense au côté trop cliché du film noire ainsi qu’à la présence d’une musique très forte, très rythmé qui nous fait prendre conscience de l’effet pour l’effet – et on se dit pourquoi, Danny Boyle cherche t-il à dissimuler quelque chose ? Où veut-il en venir ? Et puis, progressivement, le fil narratif se déroule, laissant le spectateur déambulé dans les couloirs d’un labyrinthe psychothérapeutique (digne de "Sueurs Froides" hitchcockiennes) et dont la quête passe par un subversif thriller amoureux qui réussi à tenir en haleine le spectateur jusqu’au générique de fin.

 

Plus manipulateur et subtile que le récent "Effets Secondaires", "Trance" est un film riche par sa complexité scénaristique mais également ses intentions qui révèlent une profusion de niveaux analytiques, le tout servi dans un style moderne et … so british. Vous l’aurez compris, je n’aurai pas assez du temps qui m’est imparti pour revenir sur l’ensemble des aspects qui font la quintessence de ce grand film qu’est "Trance". Seulement, vous dire que l’on prend un malin plaisir à apprécier, par exemple : l’exquise esquisse exotique de Rosario Dawson, le duel masculin qui oppose à l’image James McAvoy & Vincent Cassel, l’exploration de la thématique de la sauvagerie humaine, pour en revenir à "Effets Secondaires", la critique d’une industrie pharmaceutique au profit d’une médecine alternative (l’hypnose) ou encore la multiplicité des genres cinématographiques, véritable cadeau cinéphilique.

 

Tout en proposant une remise au goût du jour du film noire, l’intrigue de ce thriller romantico-psychologique s’ouvre également à une réflexion sur l’histoire de l’art et, en l’occurrence ici, de la peinture, avec la disparition d'un tableau de grande valeur. Ce tableau, peint par l'Espagnol Francisco de Goya, s'intitule "Le Vol Des Sorcières". Un choix justifié par le fait que la peinture représente un homme qui se cache sous une couverture, alors que des êtres vêtus de chapeaux pointus le survolent en soutenant une silhouette nue. Pour Danny Boyle, l'homme représente clairement ici le personnage de Simon, et le vol des sorcières illustre la sensation de contrôle surnaturel qui plane sur le film.

 

Techniquement on reste bluffé par l’énorme travail, à la fois du montage image, par son efficacité lors de la mise en abîme des nombreux points de vue de l’esprit adoptés durant les séances d’hypnose (le moi et le surmoi de James McAvoy) ainsi que du mixage sonore qui arrive ingénieusement à mettre en relief son diégétique et extra-diégétique, réflexion qui nous fait prendre conscience que le premier des 5 sens humain à être solliciter est bel et bien l’ouïe. On saluera également le très beau travail du chef opérateur Anthony Dod Mantle tant sur la lumière (qui partage un goût prononcé pour l’harmonie et la vivacité des couleurs), que sur le cadre lui-même (avec les nombreux décadrés propres à l’univers de Boyle, l’utilisation de flous, les zooms, la profondeur de champs, l’image dans l’image), pour vous donner une idée d’ordre stylistique on navigue entre un "My Blueberry Nights" éclairé par Darius Khondji et un "Orange Mécanique" cadré par Stanley Kubrick. Bien plus que des comparaisons, "Trance" fait preuve d’une authenticité cinématographique indescriptible par des mots mais que vous vous devez d’expérimenter en vous rendant dans votre salle obscure la plus proche. On ressort véritablement bouleversé de cette séance thérapeutique du Professeur Boyle (qui devrait au passage être remboursé par la sécu’), avec, croyez-moi, l’impression que le film ait duré plus d’1h30 !

 

Pour information, la prochaine expérience de "Trance" collective débutera près de chez vous à partir du 8 Mai prochain … Et si vous aussi, vous vous laissiez hypnotisé ?!

 

 

 

Courtesy of Pathé France

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