Planète Cinéphile

Cette semaine

"SAUVONS LE CINEMA ARCEL"

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Il y a un peu plus d'une semaine, "Planète Cinéphile" apprenait la décision de fermeture du cinéma l'Arcel de Corbeil-Essonnes, en région parisienne. C'est notamment grâce à ses deux employées, Mesdemoiselles Marion Lebeault et Nolwenn Caplier, que l'appel pour la sauvegarde de l'un des plus anciens cinémas de France s'est fait entendre. Depuis, de nombreux médias et sites internet ont relayés l'affaire qui ne cesse de prendre de l'ampleur au niveau régional. Lors du conseil municipal de Vendredi dernier, Monsieur Bechter, président de l'agglomération "Seine-Essonne" et maire de Corbeil-Essonnes, a ouvert l'assemblée en assurant à la collectivité que l'existence du cinéma serait poursuivie (voir vidéo). Même si la bonne direction semble prise, rien n'est encore définitivement joué ! Retour sur une lutte de jeunes passionnées pour la préservation de la diffusion du septième art.

 

Depuis quand travaillez-vous à l'Arcel ? Quelles sont vos fonctions au sein de ce cinéma ?

 

Marion Lebeault : "Je travaille à l'Arcel depuis sept ans. Lorsque je suis arrivée, je passais le panier dans les salles et je plaçais les gens. Au fur et à mesure, je me suis intéressée au côté administratif, à savoir : la programmation, les comptes, l'affichage. J'ai ensuite passé un CAP d'opératrice projectionniste, métier que j'exerce actuellement."

 

Nolwenn Caplier : "Je travaille également depuis sept ans à l'Arcel, où j'ai débuté comme ouvreuse, placeuse. Contrairement à Marion, je n'ai pas passé de CAP. Du coup, je m'occupe des caisses et on travaille ensemble sur la partie administrative. A nous deux, on fait tourner le cinéma."

 

Comment avez-vous appris la fermeture de l'Arcel et quelles ont été vos premières réactions ?

 

Marion : "On l'a appris de la bouche de nos gérants après la dernière séance du Vendredi 18 Février, en nous précisant surtout d'en parler à personne. Nous étions tristes forcèment. Il est vrai que d'apprendre la fermeture de façon aussi brutale, on ne s'y attendait pas !"

 

Nolwenn : "Sur le coup, nous étions déprimées. Le Samedi qui a suivi, nous avons dû assurer les séances en évitant de pleurer devant les clients. J'ai ouvert le cinéma, j'avais les larmes aux yeux. Entre les séances, nous craquions l'une après l'autre ..."

 

Marion : "Le lendemain, nous en avons parlé à nos proches et à la vue de notre détresse, ils nous ont motivés pour faire une pétition. Après les avoir écoutés, on a décidé d'imprimer la pétition papier directement depuis le cinéma. Un ami webmaster a ensuite lancé la pétition en ligne. Nolwenn s'est chargée de prévenir toutes les personnes qui pouvaient nous aider à diffuser le message ou simplement signer l'appel. En début de semaine, nous avons commencé à nous déplacer sur les marchés de la ville, de façon à s'adresser directement à la population locale."


   

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A Corbeil-Essonnes, actuellement, on tombe en pleine campagne des cantonales ...

 

Marion : "Oui, le passage le plus délicat est sûrement de n'être rattaché à aucun parti politique, nous voulons juste nous faire porte-parole de notre clientèle. Plus simplement, la culture est un droit et étant passionnées de septième art, nous nous battons pour défendre ce droit."

 

Nolwenn : "On précise bien cela toutes les deux. Nous ne voulons aucune récupération politique de ce mouvement, on agit en tant que citoyenne et plus précisément en tant que cinéphile."

 

Selon vous, quelles sont les causes qui ont amené à cette prise de décision de la part des propriétaires ?

 

Nolwenn : "L' Arcel n'est pas rentable. La société, propriétaire du cinéma, est gérante de trois autres cinémas dans lesquels elle puiserait pour faire fonctionner l'Arcel, à perte. L'agglomération quant à elle est propriétaire des murs. Tous deux ont déjà essayé de faire passer diverses négociations qui n'ont jamais abouties. Après si l'exploitation de l'Arcel n'est pas rentable, c'est clairement par manque de moyens."

 

Marion : "L'Arcel va être un cinéma qui va devenir centenaire en 2013 et qui, comme une vieille personne, demande de l'entretien. Il faut donc s'en occuper, il faut un minimum d'investissement pour le faire tourner et le rénover."


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Quelles sont les solutions envisagées pour la sauvegarde de ce patrimoine culturel ?

 

Marion : "En premier lieu, il nous faudrait un accord avec l'agglomération au niveau du loyer, étant donné que celui-ci reste élevé par rapport à l'exploitation. En second lieu, nous devons passer au numérique puisqu'il permet d'accéder plus facilement à des copies introuvables. En dernier lieu, on cherche tout bêtement à obtenir un budget publicité et marketing puisque l'on se limite à nos propres moyens de communication. Nous avons d'ailleurs créé nous-même une liste de diffusion via internet (site officiel, facebook, newsletter). Sur mon temps de pause, je démarche régulièrement des écoles et centres de loisirs pour promouvoir notre cinéma. Ils représentent 50% de nos recettes."

 

Concernant la programmation, certains reprochent le manque de films en VOST ou d'oeuvres originales. Dans l'avenir, envisageriez-vous un changement ?

 

Nolwenn : "L'Arcel est déjà classé "Art et essai", mais comme on le sait, le conseil général distribue une subvention qui est proportionnelle au risque que prend la salle à  diffuser ces films. Après, ce n'est pas si évident, il faut trouver le juste milieu. Par exemple, les Cinoches de Ris-Orangis ont une bonne clientèle d'habitués et on ne veut pas leur faire de tort."

 

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Vous ne pourriez pas être complémentaires par exemple ?

 

Nolwenn : "On y a songé ... "

 

Marion : "Concrètement, j'ai contacté l'association Cinessonne qui est intéressée par notre cas et qui prendra position publiquement d'ici quelques jours. En attendant, il est vrai que cette association représente la plupart des salles "Art et essai" en Essonne et permet à ces adhérents d'avoir une carte qui offre le cinéma à 3 euros. Adhérer à cette association serait un plus pour l'Arcel, sachant qu'elle est à l'initiative de beaucoup de festivals et d'évènements dans le département. Pour le moment, on participe seulement au Ciné-Collège qui organise des projections annuelles pour les établissements d'enseignement à un tarif très compétitif de 2 euros par élève."

 

Nolwenn : "On a également réfléchi à la mise en place d'un Ciné-Club qui organiserait des sessions spéciales, par exemple autour de cycles tels que : Tarantino, Star Wars, Gabin, etc. Diffuser des classiques populaires !"

 

Quels sont les moyens mis à la disposition de chacun pour sauver l'Arcel ?

 

Marion : "On demande juste à en parler, faire circuler la pétition, la diffuser un maximum : à la famille, aux amis, aux collègues de travail ... Toutes les personnes qui se sentent concernées par l'avenir de ce cinéma et plus largement par l'avenir de la culture, car au final il s'agit d'une politique d'ensemble."

 

Chèrs internautes et amis cinéphiles, il vous reste trois semaines pour agir ! Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire : http://cinearcel.kroniquent.com/


 

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Propos recueillis par Nicolas CABELLIC / Photos : Nicolas CABELLIC

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