Planète Cinéphile

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#CRITIQUE #MADAMECLAUDE

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À l’automne 1968, Fernande Grudet, dite Madame Claude, a 35 ans dont déjà onze dévolus au proxénétisme. Son « entreprise » est née quasiment en même temps que l’arrivée du Général de Gaulle à l’Elysée -ceci n’expliquant pas cela ! De son appartement de la rue de Marignan, Madame Claude a la bonne idée d’adapter son activité au mode de vie des structures urbaines, celui-ci passant désormais par le téléphone. En effet, la France compte, à la fin des années 1950, 1,7 million de lignes. Cela parait peu, mais l’extension du nombre d’abonnés semble inéluctable (3 millions en 1968, 7 millions en 1975, etc.) et, surtout, les premiers détenteurs d’un combiné appartiennent aux classes aisées. Au gré de ses rencontres et relations, Madame Claude crée donc un réseau tentaculaire et invisible où une « passe » (elle détestait le mot, le trouvant « vulgaire ») devient simple comme un coup de fil. Les call-girls sont nées.

 

Ce système est si efficace qu’il permet à la maquerelle de régner sur le « marché », supplantant sa concurrente, Madame Billy, patronne de L’Etoile Kleber, maison close du XVIe arrondissement de Paris qui accueillit du beau monde de 1943 à 1978. Claude marchera d’ailleurs dans le sillage creusé par sa prédécesseure en prêtant ses services aux Renseignements généraux, et plus particulièrement au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, ancêtre de la DGSE). Hommes d’affaires, diplomates, voire chefs d’État bénéficient ou pâtissent, c’est selon, des prestations fournies par l’entremetteuse. Et les filles de Madame Claude peuvent vite devenir des cadeaux empoisonnés quand les clients se retrouvent sur des photos compromettantes - quand ils ne disparaissent pas ou meurent mystérieusement, surpris dans leur intimité par des barbouzes. C’est dans ce contexte opaque qu’arrive l’affaire Markovic dans laquelle Madame Claude n’a jamais été officiellement impliquée, mais qui y a sans doute joué un (petit) rôle -peut-être même malgré elle...

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L’avantage de Claude était de bénéficier de protections en haut lieu. Elle a même un nom de code aux services secrets: Violette, à qui elle livre des confidences faites sur l’oreiller qui se retrouvent dans des dossiers classés « secret défense ». L’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée en 1974 change la donne. Elle a beau avoir le soutien officieux du Ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski, qui voyait en la proxénète une source d’informations, le gouvernement a décidé de mener une lutte sans merci contre la prostitution. Ce n’est pourtant pas pour proxénétisme que Claude sera principalement inquiétée en 1976, mais pour fraude fiscale. On lui réclame 11 millions de francs. Après un exil aux États-Unis, elle revient en France en 1985, persuadée à tort qu’elle ne risquait plus rien. Elle écope de quatre mois de prison. Elle tombera pour proxénétisme aggravé en 1992, arrêtée par la commissaire divisionnaire Martine Monteil. Verdict: six mois de prison ferme et 1 million de francs d’amende. A partir de 2000, Madame Claude redevient définitivement Fernande Grudet, retraitée à Nice où elle finit ses jours en 2015.

Initialement programmé pour une sortie dans les salles obscures (Wild Bunch), ce biopic/drame de 112 minutes, réalisé par Sylvie Verheyde ("Stella", "Sex Doll"), vaut le coup d'oeil - de par son casting de premier choix - et l'interprétation remarquable de Karole Rocher, pour incarner un personnage à la fois dure et héroique. Une reconstitution historique ambitieuse pourtant crédible à l'image mais qui pèche parfois dans son approche narrative, esquivant l'insanité équivoque d'une femme dans la prostitution de luxe face aux stratagèmes politiques et diplomatiques français de l'époque. Un objet filmique à la croisée des genres, mélange d'un "Casino" de Scorsese et d'un "Apollonide: Souvenirs de la maison close" de Bonello. Actuellement disponible sur Netflix.

NOTE: ★★★☆☆  3/5

Courtesy of Netflix France

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