Planète Cinéphile

Cette semaine

PLANETE CRITIQUE : "GAMINES"



Synopsis :

"J'aime pas qu'on me plaigne. Je préfère rigoler. Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : " Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça. J'ai une photo. "
J'ai aussi deux soeurs, et une mère italienne ... Mais attention ... Interdit de parler de " lui " devant " elle "... Ça déclencherait une éruption volcanique. Car le volcan, il paraît, n'est pas encore éteint.
Je crois que c'est un peu à cause de ma figure. La même que lui. Quand ils me voient rigoler, dans la famille, ils disent : " C'est son portrait craché. "

Sortie (France) : 16 Décembre 2009


Critique :

Produit par Robert Guédiguian et Blanche Guichou, la réalisatrice Éléonore Faucher (à qui l'on doit l'honorable "Brodeuses") nous propose son second projet sous forme de comédie douce-amère basée sur le roman autobiographique de la comédienne Sylvie Testud. Raconté à la première personne du singulier et constitué sur le procédé du flashback, le récit débute au présent narratif de Sybille (pourquoi pas Sylvie d'ailleurs ?), s'évasant à l'enfance de la protagoniste. A cet égard, on notera que la frontière présent / passé reste trouble, tenant sur un fil et créant un dysfonctionnement logique dans les débuts du film. Puis, au trois-quart du long métrage, le procédé scénaristique concernant le double schéma temporel se casse un long moment pour laisser place au présent (la rencontre avec Antoine, le père), provoquant un déséquilibre, une destructuration certaine dans la continuité du récit raconté. On déplore juste que cela perturbe la compréhension de l'histoire.

Comme pour son précédent film, "Gamines" nous transporte d'emblée dans une histoire intimiste, un univers visuel singulier, une vague nostalgique qui ne laisse pas indifférent. On appréciera la beauté du travail formel de l'image (lumière, flou, mouvement), mais l'on regrettera le partis-pris de la réalisatrice (ancienne chef-opératrice) de filmer abondamment en plan rapproché-épaules, gros plan, voir très gros plan. Alors effectivement, cet équivalent audiovisuel colle parfaitement au sujet, plus précisément au thème de la vérité cachée, nous permettant de s'immiscer dans la psychologie des personnages. Seulement, à la longue, cela engendre une trop grande frustation de liberté dans le champ des possibles, à en devenir irritant pour le spectateur.

On décernera une mention spéciale aux trois jeunes actrices (Zoé Duthion, Roxane Monnier et Louise Herrero) qui s'expriment d'un naturel bluffant et touchant devant la caméra d'Éléonore Faucher. "Gamines" nous rappelera des références cinématographiques aussi diverses que "Volver" (Pedro Almodovar), "A nos Amours" (Maurice Pialat), "Dimanche d'Août" (Luciano Emmer), le néoréalisme, ou encore "Un ange à ma table" (Jane Campion).

Ce que vous venez de lire n'est qu'un simple avis de spectateur. Le seul moyen de vous faire votre propre idée du film, reste d'aller le voir.

Nicolas CABELLIC

 

 


Courtesy of TFM Distribution

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