Planète Cinéphile

Cette semaine

CANNES QUOTIDIE 2013 : "CERTAINS L'AIMENT CHAUD" (MERCREDI 22)

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Dernière ligne droite de cette 66ème édition cannoise, avec "Only God Forgives" de Nicolas Winding Refn & "Grisgris" de Mahamat-Saleh Haroun, présentés Mercredi en compétition officielle.

 

"Only God Forgives", neuvième long métrage du cinéaste danois Nicolas Winding Refn et retour très attendu sur la Croisette, après "Drive" (Prix De La Mise En Scène, en 2011). À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue.
Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers.
Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics … A chaque fois, Nicolas Winding Refn frappe là où on ne l'attend pas. Et quelle frappe cinématographique ! Oui, car il semble que beaucoup de critiques n'ont vraisembablement pas bien compris le cinéma de Winding Refn (pourquoi vouloir absolument comparé "Drive" à "Only God Forgives", alors que l'on ne l'a jamais fait entre "Bronson" et "Pusher" ?) et, qu'également, ils étaient au sein d'une compétition d'un festival de cinéma. Alors, qu'est-ce que le cinéma, le septième art ? Savoir traduire un propos, une intention, des sentiments non pas à travers un récit écrit (littérature), non pas à travers une technique graphique (dessin-peinture), non pas à travers la composition et l'orchestration de sons et rythmes (musique) mais à travers les outils que sont la caméra et l'enregistrement sonore (incorporant les arts cités précédemment). Sachant également qu'"Only God Forgives" abrite (au moins) deux niveaux de lecture. Et qu'en plus de tout cela, le second niveau de lecture prend le pas sur le premier niveau durant la majeure partie du métrage. Le premier qui est la trame dramatique du film (le scénario qui a fonction de leurre), où la plupart se sont arrêtés, et le second, représentation métaphysique de l'inconscient de Ryan Gosling, enchevétré dans l'imaginaire de Winding Refn (telle une double rose). Réminiscences d'expériences cinématographiques (Gaspard Noé, Jodorowsky) et captivante oeuvre conceptuelle & métaphysique (Ingmar Bergman, David Lynch, Peter Greenaway) à penchant faustien, sublimée par une photographie stricto sensu, où chaque mouvement de caméra (pano et/ou travelling) est justifié (Stanley Kubrick). De vrais partis pris de mis en scène, casting ingéniueux et technique irréprochable. Direction artistique excellente, je pense notamment à la bande originale du film. On remarquera l'importance et la hiérarchisation de la couleur, plus on pénètre dans l'inconscient du personnage principal, plus on sonde les profondeurs de l'enfer Refnien (blanc, jaune, orange, rouge, vert et noir). Enfin, ce n'est pas parce qu'un film est triste ou ultra-violent (surtout quand au fond il parle de punition et de frustration) qu'il s'agit d'un mauvais objet filmique ("Les Affranchis", "Scarface", "Battle Royale" ...) ! Sérieusement, comment se film a t-il pu se faire huer au Festival De Cannes ? - "L'enfer c'est les autres.Palme d'Or potentielle ou Prix de La Mise En Scène (Note : 4.5/5).

 

Troisième venue du cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun à Cannes pour la présentation, en compétition officielle, de son dernier projet en date, intitulé "Grisgris". Inspiré d'une histoire vraie, le film nous raconte le destin de Grigris, 25 ans, qui se rêve en danseur alors que sa jambe paralysée l'exclut de tout. Un défi. Mais son rêve se brise lorsque son oncle tombe gravement malade. Pour le sauver, il décide de travailler pour des trafiquants d'essence … Sans nul doute l'oeuvre la plus spontanée, énergique et authentique de cette sélection 2013 - et accessoirement mon troisième coup de coeur cannois. Véritable force tranquille qui se démarque de la compétition par sa rareté artisanale ainsi que sa pureté scénaristique. Au delà l'intention, on retiendra une très bonne performance de l'ensemble des comédiens, avec une mention toute spéciale à Soulémane Démé. De belles lumières naturelles et couleurs chatoyantes appuyées par un travail d'étalonnage colorimétrique singulier. C'est certainement une perception très personnelle mais ici le temps diégétique et, notamment le fait de laisser couler certaines longueurs (particulièrement en pleine nature), a une fonction d'apaisement de l'âme (quasi médicale) - à contrario de beaucoup d'autres films de la compétition qui s'y sont essayés, sans grands succès. Oeuvre minimaliste et chaleureuse, à la poésie sauvage envoûtante. On ne remerciera jamais assez Thierry Frémaux de nous faire voyager à travers la "Planète Cinéphile" et nous permettre de prendre le "pouls" de cette production cinématographique africaine ... perdue ? "Grisgris", un film éléphant (Note : 4/5).

 

N.B. Je me demanderai toujours comment l'on peut voir autant de films en dix jours alors qu'un seul de ces films demande trois ans de travail de la part d'une équipe constituée d'une centaine de personnes et, au minimum, d'un second visionnage. Gargantuesque !

 

 

Courtesy of Le Festival De Cannes & AFP

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