Planète Cinéphile

Cette semaine

RÉFLEXIONS CINÉPHILES, "CINÉMA & POLITIQUE"

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(Avant-ProposCe qui m'a décidé à partager cette réflexion vient au départ de cette affaire publique que je n'oserai qualifier, au sujet du comédien français Gérard Depardieu, éminent artiste dans l'histoire du cinéma français et à la carrière plus qu'honorable, qui se voit être la cible médiatique d'antipatriotisme designé. Alors que d'autres sujets culturels hautement plus décisifs sont actuellement examinés par le Parlement (comme par exemple, l’augmentation des taux de TVA applicables aux biens culturels, en particulier au cinéma et aux droits d’auteurs), il semblait bon de rétablir quelques vérités sur le rapport entre cinéma et politique.

 

Avouons-le, comment aborder, traiter d’un tel sujet, aussi complexe soit-il, en un article ? L’idée de confronter politique et cinéma, additionner cinéma et politique - Force est de se rendre à l’évidence, la tâche s’annonce ardue, voir impossible. Encore faudrait-il des semaines, des années même, pour prendre le temps de réfléchir sérieusement, se documenter minutieusement et répondre objectivement à une telle intrigue. A l’évidence non, cette publication n’en a pas la prétention. Reste donc à constater librement l’actualité et, plus que jamais, à nous poser les bonnes questions.

 

Géographiquement, culturellement et historiquement, il existe une corrélation entre cinéma et politique. "Les films ont en effet, dès leur apparition, volontairement ou fortuitement, accompagné, représenté ou commenté l’histoire contemporaine. Ils ont aussi été de véritables enjeux de pouvoir pour les grands groupes économiques aussi bien que pour les gouvernements. Les politiques culturelles se sont ainsi toujours préoccupées d’un cinéma par essence prescripteur de représentations du monde, même s'il n’a que rarement revendiqué ce statut.(Cf."Politique & Cinéma" par Franck Bousquet / Politique-Cinema.net)

 

Cependant, la neutralité politique de l'artiste est-elle la solution ? Oui car à priori, la conception du cinéma n'a pas nature à être politicienne, que seulement divertissante. C'est à dire que l'art a plus la fonction d'éveil des sens que de la réflexion. Comment peut-on situer le cinéma par rapport à la politique ? Ne dit-on pas que l'art transcende la réalité, la situant par conséquent au-dessus de toute action ancrée dans le réel manifeste. L'artiste doit être neutre pour pouvoir se dégager de toutes contraintes, quelle qu'elles soient, de façon à critiquer objectivement toutes sortes de choses et révèler aux yeux du monde leur beauté, aux travers nos sens. Mais, de plus en plus grâce à l'évolution technique, le septième art est amené à allier au sein d'une oeuvre, la beauté évoquée par l'art à la vérité recherchée par la pensée et la réalité produite par la politique. Désormais, tout porte à croire que le cinéma c’est de la politique et que la politique c’est du cinéma. En était-ce le but premier ?

 

(Extrait N°1) - "Par exemple, on voit un film et on se dit « tiens j'avais pas compris ça comme ça ; je m'étais jamais rendu compte de ça », etc. Autrement dit, on voit quelque chose dans un film et cela nous paraît suffisamment juste pour susciter une sorte de tremblement, de doute par rapport à notre perception commune de la réalité. Pourquoi la question du rapport entre réalité et vérité se pose-t-elle au cinéma ? En philosophie, la définition classique de la vérité, c'est en gros la vérité comme adéquation du discours à la chose. Pourquoi est-ce que cette définition de la vérité comme adéquation du discours à la chose ne fonctionne pas au cinéma ? Parce que le cinéma, ce n'est ni des mots ni des choses, mais des images. (...) L'étude du cinéma politique doit nous aider à comprendre de manière nouvelle ce rapport entre vérité et réalité qui ne relève ni du rapport classique d'adéquation entre le discours et la chose, ni de l'affirmation postmoderne d'un monde d'illusions et de fantasmes. Dans le cinéma comme art du faux, la présence d'un cinéma politique présente cette possibilité d'une figure esthétique qui s'adresse au « réel », à construire, au nom d'une « vérité », à produire. Le point de vue phénoménologique consistant à rendre justice au réel se double du point de vue politique cherchant à donner une vision plus juste du réel." (Cf."Philosophies du cinéma politique" par Jean-Yves Heurtebise / Sens-Public.org)

 

(Extrait N°2) - "On a longtemps considéré qu’il allait de soi d’appliquer au cinéma des concepts politiques, que le cinéma était transitif à la politique, et que par conséquent les films pouvaient se départager en progressistes et réactionnaires —traduisez “de gauche” ou “de droite”. Entre les deux, le déchet centriste, neutralité douteuse ou pur divertissement (toujours, en définitive, “objectivement” du côté de la réaction). C’est la thèse classique telle qu’elle fut énoncée et pratiquée activement dans l’après-guerre, par la critique de gauche à l’origine, mais finalement adoptée massivement, comme un effet naturel de la division politique du monde en deux “blocs”. On entérinait ainsi la réduction (étatique) du cinéma à un instrument de propagande privilégié. (...) Mais toute intervention de l’art dans la situation politique est précieuse pour la politique elle-même. Car il peut y tisser, par sa pensée propre, des connexions insoupçonnées, qui font briller des bribes de vérités aussi irréductibles à une traduction en termes politiques que l’acte politique est irréductible à une action artistique." (Cf."Le cinéma et la politique" par Denis Levy / Artcinema.org)

 

Enfants de don quichotte

 

La politique actuelle, plus que le septième art, s'esquisse telle une fresque en trompe-l'oeil, véritable débâcle démocratique moderne. Il semblerait même que les débat d'idées et d'enjeux démocratiques se retrouveraient plus dans l'expression diffusée artistiquement. Ce n'est pas que l'art, ici septième du nom, ne soit au-dessus de la politique, mais cette dernière doit prendre acte de ce que le cinéma lui transmet comme message. Seulement voilà, ce ne fut pas exactement de cette manière que la politique, par le biais de ces dirigeants, conceptualisa la chose. A votre avis, combien de fois le cinéma est arrivé à influencer la politique, allant même jusqu'à la moraliser ? Au final, bien plus de fois que l'on ne peut le croire - citons quelques titres de films évocateurs:

- "À propos de Nice" de Jean Vigo & Boris Kaufman, dressant une critique de la ville et dénoncant entre autres les inégalités sociales ainsi qu'une certaine forme de voyeurisme.

- "Le Dictateur" de Charlie Chaplin, contribuant à mobiliser l'opinion publique nord-américaine en faveur des démocraties européennes.

- "La Bataille d'Alger" de Gillo Pontercovo, à propos de la bataille d'Alger ayant opposé, durant la guerre d'Algérie, l'armée française aux indépendantistes du Front de libération nationale.

- "Indigènes" de Rachib Bouchareb, sur la question de la reconnaissance par la France de ses 80 000 anciens combattants sous l'Empire français.

- "The Road To Guantanamo" de Michael Winterbottom & Mat Whitecross, à propos de la tristement célèbre prison de Guantanamo, réputée pour ses maltraitances et ses emprisonnements arbitraires.

- "Enfants de Don Quichotte (Acte 1)" de Ronan Dénécé, Jean-Baptiste Legrand & Augustin Legrandsoutenant et défendant toute opération tendant à prévenir ou lutter contre les faits de nature à affecter et compromettre le bien-être social et humain.

- "Johnny Mad Dog" de Jean-Stéphane Sauvaire, sur la descente aux enfers d'un petit commando d'enfants-soldats au milieu de conflits africains.

- "Green Zone" de Paul Greengrass, affirmant l’abscence d’armes de destruction massive et remettant en question la guerre en Irak.

 

La liste des films s'avèrant longue, nous en oublions très certainement, notamment concernant la défense de l'environnement.

 

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Poursuivons le raisonnement et allons plus loin dans le constat (et il ne s'agit malheureusement pas d'un raccourci). A vouloir n'en faire qu'à sa tête et se suffire à elle-même, la politique aussi bien nationale qu'internationale est aujourd'hui confrontée à des échecs cinglants. 

 

Le meilleur du plus mauvais des exemples (climax, s'il en est), la fusillade perprétée dans un cinéma de Denvers, suivie cinq mois plus tard par la tuerie de Newton, l'une des plus sanglantes dans l'histoire des Etats-Unis. Entre temps, d'autres drames du même genre ont éclatés au travers les cinquantes états que forment le pays (par exemple, les tueries au Temple Sikh d'Oak Creek ou encore celle du centre commercial de la banlieue de Portland). N'y a t-il pas un problème juridique, politique ? Il s'agit effectivement de légiférer sur la question, l'une des plus importantes que rencontre actuellement la société américaine et qui a pourtant été soulevé de nombreuses fois par le septième art. En 2002, "Bowling For Columbine", documentaire réalisé par Michael Moore sur la tragédie de Columbine ainsi que sur la violence des armes à feu, Prix Spécial du 55ème Anniversaire du Festival De Cannes et Oscar du Meilleur Film Documentaire en 2003. Toutefois, vis à vis du politique, rien ne change. Un an plus tard, Le réalisateur Gus Van Sant s'inspire du court métrage d'Alan Clarke, daté de 1989, et remet la problèmatique au devant de la scène, en sortant "Elephant long métrage retraçant chronologiquement la tuerie de Columbine. Malgré la prestigieuse récompense de Palme d'Or du 56ème Festival De Cannesaucunes propositions politiques concrètes n'aboutissent, aucun changement ne voit le jour pour la société nord américaine.

 

C'était il y a dix ans et l'Amérique pleure encore maintenant de nouvelles victimes. Le pire étant que l'on préfère systématiquement rejetter et/ou associer la faute sur d'autres domaines artistiques tels que la musique, le cinéma, le jeu vidéo  ou les trois à la fois ! Pour faire bref, le cercle vicieux qui, bien entendu, n'évolue pas dans le bon sens. Alors, aujourd'hui, que doit-on penser des larmes du président américain Barack Obama ? S'il vous plaît, évitons tout sarcasme, ne répondez pas à "du cinéma". A présent, le sujet est clairement posé (après plus de dix ans). Peut-être reste t-il un espoir que la politique future soit plus attentive aux intentions artistiques, particulièrement cinématographiques pour les raisons que nous venons d'évoquer, et également moins égocentrique dans son débat démocratique ?

 

On ne le répètera jamais assez: "La photo, c'est la vérité. Et le cinéma, c'est 24 fois la vérité par seconde", Jean-Luc Godard.

 

Courtesy of Artcinema.org, Sens-Public.org & Politique-Cinema.net

 

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